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Le grand invité Afrique

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    Sénégal: un accord avec le FMI basé sur «un cadrage macroéconomique, des politiques économiques et des réformes»

    02/09/2026
    Au Sénégal, après deux ans d’âpres négociations, le Fonds monétaire international et Dakar ont trouvé un accord sur un prêt de 2,2 milliards de dollars pour appuyer le pays, qui se débat avec une dette vertigineuse de plus de 130% du PIB.  Alors que la huitième mission du FMI depuis l’élection de Bassirou Diomaye Faye et la révélation en septembre 2024 des dettes cachées par l’administration précédente s’est achevée mardi 1ᵉʳ septembre, Majdi Debbich, le représentant du FMI au Sénégal, décrypte ce nouvel accord de coopération.
    RFI : Le Fonds monétaire international s'est mis d'accord avec le Sénégal pour l'obtention d'un nouveau prêt d'un montant de 2,2 milliards de dollars. Ce prêt, c'est une bonne nouvelle pour le Sénégal. Et pourquoi ?
    Majdi Debbich : Effectivement, c'est une excellente nouvelle. Cela fait deux ans que nous travaillons avec les autorités sénégalaises, d'abord sur la question du fameux « misreporting » de la dette cachée. En octobre 2025, les autorités sénégalaises ont demandé au FMI un nouveau programme. Aujourd'hui, c'est une étape importante, une première étape dans tout le process qui, in fine, doit conduire à la validation par notre conseil d'administration de ce nouveau programme.
    Vous parlez de première étape. Ça veut dire que le Sénégal va devoir attendre encore plusieurs mois avant que les premiers décaissements tombent sur ses comptes ?
    Généralement, vous avez donc dans nos process un certain nombre de mois qui s'écoulent entre un accord au niveau des services et la présentation au conseil d'administration du nouveau programme. Puisque les autorités doivent réaliser un certain nombre de mesures avant que l'on puisse présenter ce dossier au conseil d'administration. Généralement, pour vous donner une estimation, sur des programmes typiques, on est sur 2 à 3 mois.
    Donc, dans le cas du Sénégal, on peut imaginer des premiers décaissements à partir du mois de décembre.
    Ça reste dans le domaine du possible.
    Le Sénégal a bénéficié pour la dernière fois d'un financement du FMI fin 2023, il y a près de trois ans. Ces 20 derniers mois, les discussions étaient difficiles, voire quasi inexistantes. Concrètement, qu'est-ce qui a changé pour qu'un accord puisse être trouvé ?
    Les discussions ont été très intenses et nous avons un dialogue très étroit avec les autorités depuis la révélation de la dette cachée. Vous avez eu plusieurs étapes réalisées par les autorités sénégalaises pour traiter cette question de la dette cachée. Nous les avons accompagnées. Avec les autorités, on a convenu d'un package de réformes qui doit être mis en place pour que ce type de situation ne se répète pas. Les discussions sur le nouveau programme ont commencé il y a moins d'un an, donc c'est plus l'aboutissement d'un processus que vraiment un déblocage à court terme.
    On a quand même le sentiment que les choses se sont accélérées. Qu'est-ce qui s'est passé ? Le départ d'Ousmane Sonko de la Primature a-t-il aidé ?
    Je ne commenterai pas les développements politiques du Sénégal. En revanche, ce que je peux vous dire, c'est qu'on arrive à la fin d'un process. Des développements récents, notamment en matière de réformes menées par les autorités, y ont certainement contribué. Pour vous donner un exemple, la consolidation de toutes les fonctions liées à la gestion de la dette au sein d'un même ministère et d'une même direction générale a grandement contribué à ce qu'on ait plus de visibilité sur l'endettement du pays.
    Il y a eu des gages donnés par le Sénégal et lesquels ?
    Je ne parlerai pas de gages, mais disons qu'on s'est mis d'accord avec les autorités. D'abord sur un cadrage macroéconomique, sur un diagnostic de la situation, sur leurs besoins de financement à moyen terme, sur les politiques économiques et les grandes réformes qu'ils doivent mener dans le cadre du traitement de la question du « misreporting » ou des dettes cachées. On a d'autres mesures correctives importantes qui ont été mises en place et qui continueront à se mettre en place, notamment dans le cadre du programme.
    La dette cachée du Sénégal, c'est la plus importante de l'histoire du FMI. Est-ce que ce n'est pas un drôle de signal que le Fonds monétaire international envoie en accordant un nouveau prêt au Sénégal, alors que le pays a dissimulé ou échoué à déclarer une importante partie de sa dette, au moins 11 milliards de dollars ?
    Non, je pense que c'est le contraire. Nous travaillons très étroitement avec les autorités depuis deux ans. On salue la décision qui a été la leur, qui a été une décision difficile en septembre 2024, de révéler cette dette cachée. Et au cours des deux années passées, pour rappel, on a eu trois vagues d'audit : l'Inspection générale des finances, la Cour des comptes et ensuite un inventaire réalisé par le cabinet d'audit Mazars. Donc, je pense que les autorités ont montré qu'elles souhaitent tourner la page de cet épisode et être davantage transparentes. Ensuite, c'est un pays qui connaît une situation économique et financière difficile.
    La dette du Sénégal n'est plus soutenable ?
    Alors, il est évident, et je pense que c'est un diagnostic partagé avec les autorités, que le fardeau de la dette sénégalaise est considérable. On parle d'un niveau qui avoisine les 130 % du PIB, avec des dépenses d'intérêts qui représentent un quart des recettes fiscales. Ce sont autant de dépenses qui ne sont pas consacrées à des dépenses sociales ou à des investissements qui sont générateurs de croissance et d'emplois. Les autorités ont annoncé qu'elles souhaitent traiter cette dette avec leurs créanciers. Nous en prenons acte, notamment dans le cadre du programme que nous allons accompagner.
    Les autorités ont annoncé leur intention de solliciter un traitement de la dette afin de rétablir sa viabilité. Ça veut dire quoi concrètement ? Défaut de paiement et restructuration ?
    Ça veut dire que les autorités, effectivement, reconnaissent que le niveau d'endettement qui est celui aujourd'hui du Sénégal est un fardeau qui pèse sur le budget et qu'il est nécessaire de traiter cette dette afin de pouvoir dégager des marges de manœuvre pour des dépenses prioritaires plus importantes.
     
    À lire aussiLe FMI et le Sénégal reprennent leur coopération, un prêt de 2,2 milliards de dollars en vue pour Dakar
  • Le grand invité Afrique

    RDC: le Front commun pour le Congo «campe sur ces exigences» et «exige des mesures de décrispation» du chef de l'État

    01/09/2026
    « Un dialogue national oui, mais avec tout le monde et à l'extérieur de la RDC ». Voilà en substance la position du Front commun pour le Congo (FCC) de l'ancien président Joseph Kabila, qui vit en exil depuis qu'il a été condamné à mort pour trahison à Kinshasa il y a un an. Jeudi dernier, dans une adresse à la nation, le président Tshisekedi a proposé un dialogue national ouvert à l'opposition, mais à l'exclusion des rebelles du M23 et de « ceux qui agissent au service du Rwanda ». De passage à Paris, Marie-Ange Mushobekwa, porte-parole du FCC, est l'invitée de RFI. 
    RFI : Dans son adresse à la Nation du 27 août, Félix Tshisekedi a dit que seraient exclus de ce dialogue national ceux qui agissent au service d'une puissance étrangère, en l'occurrence le Rwanda. Et visiblement, il pensait très fort à Joseph Kabila, non ?
    Marie-Ange Mushobekwa : Non, il ne l'a pas cité. Il a parlé de l'AFC/M23. Il vous souviendra que le président Joseph Kabila avait dit clairement qu'il n'a jamais fait partie du M23 et que, s'il en faisait partie, la situation serait différente sur le terrain, étant donné qu'il a dirigé la République démocratique du Congo pendant 18 ans, militaire de son état. Il l'a dit et répété plusieurs fois : il ne fait pas partie du M23 et il n'a pas pris les armes contre la République. Et dernièrement, à travers un communiqué, son cabinet a réitéré sa position. Donc, je pense que vous faites une mauvaise analyse. Le président Tshisekedi, en tout cas dans son discours, n'a pas cité le nom du président Joseph Kabila. Il a parlé de l'AFC/M23 dont le président Kabila ne fait pas partie et je continue à l'affirmer jusqu'aujourd'hui.
    L'une des raisons de l'échec des rebelles du M23 à poursuivre leur offensive vers Kinshasa, c'est le soutien des États-Unis à Félix Tshisekedi. On l'a vu en janvier dernier lors du retrait de l'armée rwandaise et des rebelles du M23 de la ville d'Uvira au Sud-Kivu. Est-ce que vous n'avez pas intérêt, au niveau du FCC, à en tirer les conséquences stratégiques que le M23 n'arrivera jamais à renverser le régime de Félix Tshisekedi tant que Donald Trump sera à la Maison-Blanche ?
    Mais quel rapport entre le FCC et l'AFC/M23 ? Il n'y a pas de rapport. Quelles conséquences devons-nous en tirer ? Il n'y a aucun lien entre le FCC et l'AFC/M23. Et il n'y a aucune conséquence que nous devrions retirer de cette situation. Nous, nous menons un combat politique, démocratique et républicain. Nous résidons à Kinshasa, même si certains de nos camarades, Aubin Minaku, Emmanuel Shadary, Dunia Kilanga et autres sont détenus illégalement.
    Vous-même, vous résidez à Kinshasa.
    Moi-même, je réside à Kinshasa et je souligne que, le 21 décembre 2025, mes enfants ont été séquestrés, torturés dans la parcelle d'un directeur de l'ANR parce que c’étaient les enfants de Marie-Ange Mushobekwa, ils avaient 18 et 17 ans. Le pouvoir a organisé un procès inique où on a condamné les policiers qui ont reçu l'ordre du directeur de l'ANR de torturer mes enfants. Mais lui, il a été acquitté. Mais j'ai décidé de rester à Kinshasa, aux côtés de plusieurs camarades du FCC qui ont décidé de poursuivre la lutte à Kinshasa. Le FCC est une plateforme politique, républicaine et démocratique. Nous n'avons aucun lien avec l'AFC et le M23.
    Pour l'instant, la coalition C64, dans laquelle se trouvent notamment Moïse Katumbi et Martin Fayulu, ne veut pas aller au dialogue national que Felix Tshisekedi a proposé jeudi dernier. Mais si jamais des accommodements sont trouvés, si jamais cette opposition accepte de s'asseoir avec le pouvoir, est-ce que vous, le FCC, vous ne risquez pas de vous retrouver très isolé ?
    Je doute fort que la coalition C64 irait participer à ce dialogue parce qu'elle s'est exprimée clairement, qu'elle n'ira pas. Nous, FCC, nous n'irons pas. Même si les autres décidaient d'y aller sans nous, nous resterons campés sur nos exigences. Nous exigeons que le président Felix Tshisekedi prenne des mesures de décrispation politique, comme il l'a promis. Nous exigeons une médiation neutre et indépendante avec l'appui de l'Union africaine ou de l'ONU. Nous exigeons un dialogue inclusif qui accepte que toutes les parties au conflit puissent s'exprimer. Ce dialogue doit se tenir dans un pays tiers. Il ne peut pas se tenir en République démocratique du Congo pour des raisons de sécurité. Toutes les personnalités politiques qui sont en exil ne pourront participer au dialogue que si celui-ci se tient dans un pays étranger. Et pour nous, le FCC, le mandat du président Felix Tshisekedi prend fin le 31 décembre 2028. Il devra organiser les élections et passer la main à son successeur qui sera choisi par le peuple congolais. S'il tente par la force de changer la Constitution, de s'octroyer un troisième mandat, le FCC a déjà dit clairement qu'il participera, aux côtés des groupes laïcs catholiques, à toutes les manifestations pacifiques, mains nues qui vont empêcher l'Union sacrée et le régime en place de changer la Constitution.
     
    À lire aussiRDC : que doit-on attendre de ce nouveau dialogue national inclusif ?
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    Niger: «les Russes ont sauvé la mise, ou en tout cas permis de circonscrire cette tentative de putsch»

    31/08/2026
    Au Niger, le régime du général Tiani a été rudement secoué samedi 29 août par la rébellion de plusieurs unités militaires qui ont tenu l'aéroport de Niamey et ont tenté de s'emparer du palais présidentiel. Finalement, le coup a échoué et le régime issu du putsch de juillet 2023 reste en place. Mais la junte du général Tiani n'est-elle pas fragilisée et ne devient-elle pas redevable aux paramilitaires russes d'Africa Corps ? Éléments de réponse avec Yvan Guichaoua, chercheur senior au Bonn International Center for Conflicts Studies, centre international de Bonn pour les études de conflits.
    Vous penchez plutôt pour le mouvement d'humeur ou pour la tentative de coup d'État ?
    Compte tenu du déroulement des événements et du fait qu’ont été ciblés le palais présidentiel, la télévision nationale et l'aéroport, on pense quand même plutôt à une tentative de coup d'État qu'à une mutinerie qui aurait escaladé.
    Alors pourquoi les insurgés ont-ils échoué à s'emparer du palais présidentiel et de la radiotélévision nationale comme ils le souhaitaient ?
    Visiblement, il y avait un rapport de force militaire qui leur était défavorable. Le palais présidentiel est bien défendu. La garde présidentielle, qui est l'unité la plus loyale au général Tiani, est bien dotée. Donc s'en prendre à elle était visiblement un trop gros poisson pour les putschistes, et ils se sont cassé les dents sur la résistance de la garde présidentielle.
    Dans le cas de la télévision, c'était un petit peu plus ambigu. Il n'était pas évident que ce soit la garde présidentielle qui la défendait. On a parlé plutôt de la Garde républicaine. Et là, il y a eu un petit flou pour savoir, en cours de journée, de quel côté penchait la garde républicaine. Parce qu'on a vécu toute une journée de rumeurs sur le basculement ou non de certains corps d'armée en faveur des putschistes. Et il est évident que dans ces circonstances-là, il y a beaucoup d'hésitants. En 2023, au moment de la chute de Bazoum, c'était déjà un petit peu ce qui s'était passé. L'affaire ne s’était pas jouée en quelques minutes, ça avait pris deux ou trois jours, et on voyait des corps d'armée se rallier du côté des putschistes, sans doute par pragmatisme et opportunisme, en se disant « On mise sur le cheval qui a le plus de chances de gagner ».
    Samedi soir, les fidèles du général Tiani ont réussi à reprendre la base militaire 101 sur l'aéroport international de Niamey. Est-ce que l'aide des Russes d'Africa Corps a pu être déterminante ?
    Il semble bien que ça ait été le cas. D'ailleurs, il y a eu des déclarations officielles de l'ambassadeur russe au Niger disant qu'il avait été sollicité, que l'aide d'Africa Corps a été sollicitée et que cette aide a été fournie. Quelle forme a pris cette aide ? On ne le sait pas de sources officielles en provenance du régime. On le sait de la part d'observateurs, de sources sécuritaires mais pas forcément déclarées et qui cherchent à préserver leur anonymat. Mais il y a visiblement eu un usage assez intense de drones kamikazes qui auraient décidé les officiers et les soldats rebelles à se rendre parce que ça causait beaucoup trop de dommages dans leurs rangs. Donc il ne me semble pas totalement exagéré de dire que les Russes ont sauvé la mise, ou en tout cas permis de circonscrire cette rébellion, cette tentative de putsch.
    C'est la première fois depuis son arrivée au pouvoir, il y a trois ans, que le général Tiani est confronté à une insurrection dans sa propre armée. Est-ce un signe de fragilité ou pas ?
    À court terme, il obtient une victoire. On ne peut pas le nier. Il a réussi à préserver son régime et à neutraliser les soldats rebelles.
    À plus long terme, même à moyen terme, on voit bien que ça va quand même compliquer un petit peu son affaire pour différentes raisons.
     D'une part, l'implication des Russes et leur rôle décisif dans la reprise de la base rendent le régime dépendant des Russes. Tiani a désormais une dette vis-à-vis des Russes. Et, par la suite, on voit bien que c'est la garde présidentielle, c'est-à-dire les soldats loyaux à Tiani qui ont été à la manœuvre, qui ont opéré de manière finalement assez autonome, assez indépendante, main dans la main avec les Russes, sans qu'on sache trop ce que le reste de l'état-major de l'armée pensait.
     On n'a pas encore de grande clarté sur la décision de lancer l'assaut contre la base 101, mais toute la journée de samedi, il y a eu des rumeurs selon lesquelles tous les hauts gradés n'étaient pas forcément d'accord avec l'idée d'éliminer ces jeunes soldats qui avaient manifesté leur mécontentement.
    Donc, une conséquence probable de la situation, c'est qu'il va y avoir quand même du colmatage à faire dans les rangs pour retrouver un petit peu de cohésion. Alors, d'un côté, on pourrait dire qu'il y a un signal qui est envoyé contre quiconque chercherait à contester le régime et que ça va être certainement un petit peu dissuasif.
     De l'autre, on a une sorte de clivage un peu plus net qui s'établit entre la garde présidentielle, les Russes d'un côté, le reste de l'armée de l'autre, et le général Tiani manifeste quand même beaucoup de paranoïa vis-à-vis des interférences étrangères, des risques de déstabilisation. On peut imaginer que cette paranoïa va être encore accentuée et qu'il y aura ce qu'on appelle de plus en plus de coup-proofing, c'est-à-dire de dispositions prises pour la protection du régime. Et comme on est dans un monde à ressources finies, tout ce qui sera mis au service de la protection du régime ne sera pas mis au service de la protection du territoire et de la lutte contre les mouvements jihadistes et contre les rebelles qui se multiplient dans l'est du pays. Donc ça fait beaucoup de défis pour le Niger dans les semaines et mois à venir.
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    «La chanson contribue à l'apaisement des cœurs, à sensibiliser», pour l'artiste Ismaël Lô

    28/08/2026
    Il fête ses 70 ans ce dimanche. Depuis près d’un demi-siècle, Ismaël Lô fait voyager sa musique bien au-delà du Sénégal, avec des chansons comme « Tajabone » ou « Jammu Africa ». Il revient avec nous sur son parcours, ses chansons et cette envie de continuer à créer. Il répondait aux questions de Clothilde Hazard.
    RFI : Ismaël Lô, vous fêtez vos 70 ans ce dimanche, quand vous regardez votre carrière, aujourd'hui, une carrière de près de 50 ans. Quel sentiment avez-vous ?
    Ismaël Lô : Un sentiment de satisfaction et de rendre grâce aussi à Allah qui m'a donné cette possibilité d'exister, de continuer à aimer ce que je fais, c'est à dire évoluer dans le domaine de la musique.
    Est ce qu'il y a un souvenir qui vous revient en premier quand vous regardez votre parcours ?
    Ce qui me vient en premier, c’est mon premier passage à la télévision, le premier jour, j’avais un trac fou. J'étais au studio de la RTS avec Maguette Wade, un animateur de la télévision sénégalaise et l'émission s'appelait Télé Variétés, c'était mon premier passage à la télévision. J'étais juste passé en tant qu'artiste et j’avais très peur à l'époque de passer à la télévision. C'est la musique qui est venue à moi. Parce que, au départ, moi je me fixais comme objectif d’avoir une carrière similaire à mon père qui était un douanier. Je pensais que je serai médecin ou quelque chose dans ce genre. Et finalement, je me suis donné à la musique.
    Et au début de votre carrière internationale, quand vous êtes allé à la rencontre du public en dehors du Sénégal, qu’avez-vous avez ressenti vous en souvenez-vous ?
    Là, je me plonge vraiment, vraiment très loin à ma première sortie en France, en Europe. J’avais la volonté de rencontrer des gens, de voir le voisin de palier, dire bonjour.
    Mais ce n’était pas la même culture. Et ça m'a bouleversé, parce que les gens couraient de gauche à droite. C’était limite, ton voisin tu lui dis bonjour, il ne te répond même pas. En France, on court beaucoup. Et donc j'ai commencé à apprendre à vivre différemment, me dire que si je ne connais pas quelqu’un, je ne lui dis pas bonjour. J'ai tout de suite eu envie de retourner chez moi, parce que là-bas, il y a l'hospitalité, les gens sont ouverts, il y a de l'ambiance. J’ai composé une chanson qui signifiait « j'ai envie de retourner chez moi », Xalat.
    Et sur la naissance de ce tube mondial Tajabone. Avez-vous une anecdote ?
    Tajabone, c'est le début de l'année musulmane. Je me rappelle quand nous étions petits, dans le quartier, c'était la fête. Après le couscous, le dîner le soir, on se déguisait. En général, si je me rappelle bien, les hommes se déguisaient en femme, les femmes en homme. Ce sont des choses qui m'ont marqué et donc qui m'ont poussé à écrire une chanson sur ce jour mémorable. Mais aujourd'hui, ce titre me fascine et me dépasse. Parce que la chanson Tajabone est mondialement connue.
    Y-a-t-il d'autres morceaux dont vous êtes fier avec le recul ?
    Je suis fier de toutes mes chansons. C’est comme si vous me demandiez si je suis plus fier de tel ou tel enfant. Mes compositions sont comme mes enfants. Et donc c'est vrai qu’il y a des enfants qui ont plus de chance que d'autres, mais ça reste quand même mes enfants. Tajabone est sortie du lot, Dibi Dibi Rek est sortie du lot, Diamond Africa est sortie du lot.
    Comment l'expliquez-vous qu’elles soient sorties du lot ?
    Mais c'est ça, c’est divin. Je ne peux pas l'expliquer. C'est difficile à expliquer parce que quand tu écris, tu écris pour toi d'abord et pour le public après, c'est un partage.
    Vous avez aussi souvent utilisé vos chansons pour parler de paix, de tolérance, de justice et de l'Afrique. Pensez-vous que vous avez réussi à faire passer un message ou à faire bouger des choses.
    Mais bien sûr, c'est ça mon idéal, c'est ça qui me pousse à écrire. Aujourd'hui, si tu écris, il faut écrire quelque chose avec du sens, qui peut amener les gens à être tolérants, à vivre d'amour et de partage, pas de haine, et que les armes se taisent pour que les enfants puissent grandir dans le bonheur et dans la joie. La chanson contribue à l'apaisement des cœurs, à sensibiliser. Ça vient naturellement. À partir de ce moment-là, tu peaufines, tu réarranges, tu dis non, c'est mieux de dire ça. Ma passion pour la musique est spontanée.
    Et à 70 ans. Quels sont vos projets aujourd'hui ?
    Je ne sais pas. En tout cas, vous insistez sur mes 70 ans. Quand on me dit que j’ai 70 ans, je dis ah bon, j'ai 70 ans. Dans ma tête, j'ai 35 ans ou 25 ans. Je continue à écrire de nouvelles chansons. J'ai toujours cet amour, cette envie de continuer à écrire de nouvelles chansons, écrire et de sortir un nouvel album, Inch'Allah.
    Dans combien de temps on pourra écouter votre album ?
    Inch'Allah bientôt. Moi je dis toujours bientôt.
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    Référendum en RDC: «On ne peut pas être démocrate et refuser une loi qui accorde la parole au peuple»

    27/08/2026
    En RDC, la proposition de loi sur l’organisation du référendum reste au cœur de la bataille politique autour de l’avenir de la Constitution. Adopté par le Parlement, le texte a été déclaré conforme par la Cour constitutionnelle, mais avec des réserves portant sur treize articles. Félix Tshisekedi a depuis demandé une nouvelle délibération. L’opposition y voit toujours une voie vers un changement de Constitution et redoute une remise en cause de la limitation des mandats présidentiels. Son auteur, le député de la majorité, Paul-Gaspard Ngondankoy, défend au contraire un texte destiné, dit-il, « à encadrer l’exercice de la souveraineté populaire ». Il est interrogé par Patient Ligodi. 
    Pourquoi la RDC avait-elle besoin aujourd'hui d'une loi sur l'organisation du référendum ? Quel problème vouliez-vous régler avec ce texte ?
    Tout simplement parce que ça fait 20 ans maintenant, depuis la promulgation de la Constitution en 2006, que le pays ne s'est pas encore doté de cette loi, alors que l'alinéa 3 de l'article 5 prévoit que le Parlement adopte une loi fixant les conditions d'organisation du référendum. Et, comme je suis devenu député national seulement en 2023, c’était pour moi le moment qui était le plus indiqué pour régler cette question qui m'intéresse depuis des années : qu'on puisse avoir une loi qui organise ce mécanisme démocratique.
    Vous avez cité l'article 5, alinéa 3 de la Constitution de votre pays, et votre texte ne se limite pourtant pas à organiser les consultations sur le transfert de la capitale, les questions territoriales ou la révision de la Constitution, comme prévu dans la loi fondamentale. Vous avez aussi prévu un mécanisme permettant d'aller jusqu'à l'adoption d'une nouvelle Constitution. Pourquoi avoir introduit cette possibilité ?
    D'abord, c'est une fausse interprétation de la Constitution de considérer que les matières du référendum sont limitativement énumérées dans la Constitution. La Constitution cite à titre indicatif les matières sur lesquelles il faut absolument consulter le peuple. Mais il n'existe aucune disposition dans la Constitution qui dit qu'il s'agit d'une énumération limitative. D'ailleurs, l'article 5 de la Constitution affirme le pouvoir souverain du peuple. Cet article permet que le peuple puisse exercer son pouvoir sur toutes les matières, parce que le pouvoir lui appartient.
    Il y a quand même lieu de vous rappeler que cet article, à son alinéa premier, dit que tout pouvoir émane du peuple, en commençant donc par les pouvoirs constituants, c'est-à-dire le pouvoir d'établir une constitution pour le pays. Et c'est lui qui a le pouvoir d'établir mais aussi le pouvoir de modifier, de réviser, sans aucune limite. Et on sait qu'en droit constitutionnel, le pouvoir constituant est initial, autonome, insubordonné, inconditionné. Et donc, il n'y a aucune limite à la souveraineté du peuple en cette matière-là.
    Mais s'il n'y a aucune limite, pourquoi le constituant a prévu des matières bien précises, comme justement les consultations sur le transfert de la capitale, les questions territoriales ou la révision de la Constitution ?
    Ça, c'est à l'occasion de l'examen de ces questions-là dans les articles définis dans la Constitution. Ce n'est pas une liste. À l'article 2 de la Constitution, en parlant de la capitale, le constituant a dit que, oui, la capitale, c'est Kinshasa. Mais si vous voulez la transférer à un autre lieu de la République, il faut le consulter. De même, à l'article 214, lorsque le constituant réglemente la question des traités et accords internationaux, il a dit que, lorsqu'il s'agit des traités qui portent cession, qui portent adjonction, qui portent échange et territoire, il faut absolument que le peuple soit consulté. De même, à l'article 218 concernant la révision de la Constitution, c'est-à-dire la modification des matières qui sont autorisées au pouvoir constituant dérivé, le constituant a dit que, lorsqu'il s'agit de réviser ces articles-là, il faut le consulter. Il s'agit là des dispositions qui sont tout à fait éparses dans la Constitution. Vous ne trouverez aucune disposition de la Constitution qui vous dit que ces matières-là sont limitativement énumérées.
    Certains opposants vous disent de garder une loi sur l'organisation du référendum comme les textes que vous avez proposés, mais de retirer tout ce qui permettrait de changer la Constitution et notamment de remettre en cause la limitation du nombre et la durée du mandat présidentiel.
    Quand ils demandent cela, il faut qu'ils aillent au bout de leur logique. Ça veut dire qu'ils doivent accepter à ce moment-là, qu'on dise que le peuple n'est plus souverain.
    La Constitution de 2006 a été soumise à référendum. Donc, la souveraineté du peuple a été déjà manifestée par le vote de ces textes de la Constitution.
    Oui, pour le vote de la Constitution. Mais la loi ici, c'est de la compétence du Parlement. Et ce que nous faisons justement, ce n'est pas organiser un référendum constituant. Et c'est là où se trouve le problème. Nous, nous  adoptons un cadre général qui prévoit les règles pour pouvoir consulter le peuple. Et le jour où il s'agira de consulter le peuple en matière de changement de Constitution, c'est ce même peuple souverain qui s'est prononcé en 2005, qui se prononcera également à ce moment-là. Donc, on ne peut pas être démocrate et refuser de prévoir une loi qui accorde la parole au peuple. C'est paradoxal.
    Je ne pose pas la question au professeur de droit. Je demande votre position politique comme député de la majorité : souhaitez-vous que Félix Tshisekedi puisse être candidat à la présidence après 2028 ?
    En tout cas, le président de la République lui-même s'est déjà prononcé. Il a dit qu'il n'est pas demandeur d'un troisième mandat. Mais si le peuple lui demande, il ne dira pas non. Si le peuple lui demande, nous poserons la question au chef de l'État, s'il accepte.
    Mais vous, Paul-Gaspar, êtes-vous favorable ou opposé à cette possibilité ?
    Moi, je suis député de la majorité. Le jour où le chef de l'État se prononcera clairement sur le sujet à la demande de la population, je me rallierai.
Sobre Le grand invité Afrique
Du lundi au samedi, Christophe Boisbouvier reçoit un acteur de l'actualité africaine, chef d'État ou rebelle, footballeur ou avocate... Le grand invité Afrique, c'est parfois polémique, mais ce n'est jamais langue de bois.
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