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    Afrique du Sud: «Le gouvernement n'a pas la volonté d'arrêter cette montée de xénophobie»

    30/06/2026
    En Afrique du Sud, ce 30 juin est l’échéance de l'ultimatum lancé par les militants anti-immigration aux populations étrangères (principalement les ressortissants subsahariens et asiatiques en situation irrégulière) pour quitter le pays. De nombreux groupes anti-immigration illégale ont annoncé des marches dans les grandes villes sud-africaines. Des manifestations que redoutent les autorités. L'Ivoirien Marc Gbaffou, fondateur et ancien président du Forum de la diaspora africaine, a résidé durant deux décennies en Afrique du Sud – qu’il a été contraint de quitter en 2019 – pays qu’il dit aimer. Il dénonce le laxisme des autorités sud-africaines sur cette question, un manque d'action qui selon lui favorise la montée de la xénophobie dans le pays. Il répond aux questions de Polycarpe Essomba.
    RFI :  Pourquoi cette question de l'immigration suscite-t-elle autant de tensions et régulièrement en Afrique du Sud ? 
    Marc Gbaffou : Depuis pratiquement 2008, la diaspora africaine n'a pas cessé d'interpeller le gouvernement là-dessus. On a besoin en Afrique du Sud de voter une loi contre la xénophobie, pour arrêter ces pratiques-là. Il n'y a pas cette loi jusqu'aujourd'hui. C'est comme si on encourageait parce que si on n'encourageait pas, on aurait pris des dispositions pour arrêter ces attaques.
    Craignez-vous, vous qui avez vécu en Afrique du Sud, qui avez expérimenté par vous-même ces tensions, redoutez-vous qu'aujourd'hui la situation soit complètement hors de contrôle ?
    Mais chaque année c'est la même chose, la situation n'est pas maîtrisée. Vous pouvez vous même écouter le discours que tiennent les membres du gouvernement, les élus dans les différentes villes. Quand vous écoutez ces discours-là, vous vous dites si les élus peuvent tenir ces discours-là, c'est qu'ils n'ont pas la volonté d'arrêter la xénophobie. En fait, c'est comme si le gouvernement soufflait sur le froid et le chaud.
    Donc, vous voulez dire qu'il y a un contexte général, une parole publique qui est complètement débridée et qui laisse prospérer ces agissements, ces agressions, sur les populations immigrées ?
    Bien sûr que oui, parce que l'ironie, c'est que les migrants sont présentés comme des gens qui vivent en Afrique du Sud sans papiers. C'est très difficile pour le Sud-Africain de comprendre qu'un migrant qu'il a rencontré détient un document pour vivre de manière légale en Afrique du Sud. Quand un Sud-Africain te croise dans la rue, il se dit, si tu es migrant noir africain, il se dit que tu n'as pas tes papiers pour vivre là. Pour nous, le gouvernement n'a pas cette volonté aujourd'hui d'arrêter cette montée de xénophobie que nous constatons, que nous observons en Afrique du Sud.
    Alors vous parlez des gens qui sont chassés. Est-ce que dans votre cas, vous avez quitté Johannesburg, l'Afrique du Sud, en raison de ces menaces xénophobes ?
    Alors moi je suis parti volontairement, certes, mais ça a été l'une des raisons. Pourquoi ? Parce que les Sud-Africains, certains Sud-Africains ont commencé même à dire que le Forum de la diaspora africaine organisait pour faire venir les migrants, pour faire rentrer les migrants à Johannesburg, en Afrique du Sud, ce qu'on ne comprenait pas. Et on nous présentait comme des gens qui encourageaient l'entrée des « migrants illégaux » en Afrique du Sud. Donc, comme on n'avait pas des résultats positifs par rapport au travail qu'on faisait nous autres, j'étais parti parce que j'étais découragé d'un travail qui ne produisait rien. Et chaque année, il y avait des attaques sur les migrants.
    Comment peut-on aujourd'hui travailler à reconstruire la sérénité, la cohésion sociale entre les différentes communautés, les populations issues de l'immigration et puis les communautés locales ?
    Il faut déjà que l'on accepte qu'il y a une montée de la xénophobie en Afrique du Sud. Il faut que ça soit reconnu et il faut que le gouvernement accepte de faire un effort. Et l'effort, c'est juste de prendre une loi qui va condamner les gens qui sont auteurs de ces attaques et de ces manipulations xénophobes. Si on accepte déjà à la tête de l'Etat, si on accepte de le faire, ça va se passer. Si on a pu arrêter l'apartheid, ce n'est pas la xénophobie qu'on ne peut pas arrêter, mais c'est parce qu'il n'y a pas cette volonté politique.
    Alors vous parlez de l'absence de réaction des autorités sud-africaines et vous évoquez tantôt la timidité de la réaction de l'Union africaine. Qu'est-ce que vous espérez de ces différentes autorités au niveau sud-africain et au niveau continental ?
    Au niveau continental, qu'on attire l'attention du gouvernement sud-africain que ce qui est fait en Afrique du Sud, il faut que ça s'arrête. On voit aujourd'hui que beaucoup de Sud-Africains sortent aussi pour faire des affaires aussi bien dans le continent qu'à l'extérieur du continent. Mais nous parlons du continent africain, aujourd'hui, un peu partout ou tu vas en Afrique, dans beaucoup de pays, il y a des investisseurs sud-africains, des travailleurs sud-africains qui se déplacent et donc il faut que l'Union africaine attire l'attention du gouvernement sud-africain sur ce fait que les Africains se déplacent dans leur continent, soit pour faire des affaires, soit pour chercher une meilleure vie. Il faut que, au niveau de l'Afrique du Sud, le gouvernement prenne des sanctions contre ceux qui pratiquent ces attaques xénophobes sur les migrants africains et asiatiques. Voilà, je crois que ces deux choses-là, si elles sont faites, il n'y a pas de raison qu'on assiste à cette discrimination, à cette montée de xénophobie là.
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    Sénégal: «Il y avait besoin de réformer le système politique en profondeur»

    29/06/2026
    C’est une séance plénière très attendue qui va se dérouler aujourd’hui à Dakar, au Sénégal. Les députés vont plancher - en vue de son adoption - sur une proposition de révision constitutionnelle devant ouvrir la voie à une nouvelle séquence institutionnelle dans le pays. Entre rééquilibrage des pouvoirs, modernisation de la vie des institutions, règles de gouvernance et effets potentiels sur les ambitions présidentielles de 2029, que propose le nouveau texte, et que dit-il de cette séquence politique à Dakar ? Papa Fara Diallo, maître de conférences en sciences politiques à l'université Gaston-Bergé de Saint-Louis, répond aux questions de Polycarpe Essomba.
    RFI : La réforme de la Constitution sénégalaise attendue au cours de la plénière de ce jour, était-elle nécessaire de votre point de vue ? Y avait-il besoin de toiletter le texte ?
    Papa Fara Diallo : Oui, clairement. Il y avait besoin de réformer le système politique sénégalais en profondeur. Il y avait clairement un déséquilibre institutionnel au profit du pouvoir exécutif, notamment un hyperprésidentialisme caractérisé par des pouvoirs exorbitants du président de la République comparé aux autres institutions. Donc, l'enjeu de cette réforme, c'est de créer un meilleur équilibre entre les différents pouvoirs exécutif et législatif, pouvoir judiciaire, et de voir dans quelle mesure tempérer l'hyperprésidentialisme qui a caractérisé le système politique sénégalais depuis au moins 1962.
    La réforme, c'est aussi la concrétisation d'une promesse électorale lors de l'avènement du pouvoir du président Bassirou Diomaye Faye en 2024. Mais aujourd'hui, on se demande bien qui porte le projet. Est-ce toujours le président Diomaye Faye ou alors le président du Pastef et président de l'Assemblée nationale, Ousmane Sonko ?
    Oui, cette question, elle est intéressante parce qu’on a l'impression que c'est le parti Pastef à travers le président de l'Assemblée nationale, président du parti Pastef, qui semble porter ses réformes malgré le fait que le 31 décembre dernier, le président de la République avait annoncé qu'avant la fin du premier trimestre de 2026, il allait introduire les projets de réformes à la Constitution. Parce qu'on a déjà eu un dialogue national sur la réforme du système politique. On a déjà eu les assises sur la réforme du système judiciaire. Donc, il ne restait que le fait de proposer aux Sénégalais ou à la représentation nationale les projets de réforme. Et, malheureusement, jusque-là, on a eu droit qu'à un avant-projet de réforme. Et, malheureusement, les points qui étaient dans l'avant-projet de réforme ont fait l'objet d'amendements de la part même du Président de la République, notamment du pouvoir exécutif, à travers le ministère de la Justice, qui était allé proposer ces amendements à l'Assemblée nationale. Beaucoup d'amendements ont été rejetés par la majorité Pastef.
    Cette réforme, c'est évidemment son contenu, mais c'est aussi, on ne peut l'ignorer, le contexte politique dans lequel elle intervient. Elle profite à qui, dans le jeu de pouvoir qui est en cours à Dakar en ce moment ?
    Oui, il y a un jeu de pouvoir. D'aucuns disent qu’il y a une crise institutionnelle, mais clairement, il n'y a pas de crise institutionnelle au Sénégal. Il y a crise quand il y a une dislocation des régulations routinières. Au Sénégal, les régulations routinières opèrent correctement. Mais il y a un jeu institutionnel qui fait le charme de la démocratie sénégalaise. Chacune des deux institutions, notamment l'exécutif et le législatif, utilise les prérogatives constitutionnelles qui lui sont dévolues. Et donc, de ce point de vue, l'Assemblée nationale entend jouer pleinement son rôle de contre-pouvoir, mais aussi de contrôle de l'action gouvernementale et d'évaluation des politiques publiques, mais aussi d'adoption et de vote de la loi. Et donc, de ce point de vue, les réformes qui ont été proposées par le pouvoir exécutif et pour certaines d'entre elles, le pouvoir exécutif lui-même est en train de proposer des amendements qui sont rejetés par l'Assemblée nationale. Cela montre que l'exécutif veut avoir un certain nombre de réformes. Le législatif aussi considère qu'il y a certains amendements à ces réformes qui ne cadrent pas avec le programme politique de départ pour lequel le président Bassirou Diomaye Faye a été élu. Donc, ce jeu institutionnel est aujourd'hui en train de se jouer au Sénégal et clairement, c'est au profit de l'Assemblée nationale.
    Au-delà de son architecture institutionnelle, le texte nouveau parmi les innovations, fait interdiction au chef de l'État d'exercer simultanément une fonction dirigeante dans un parti politique. La réforme peut-elle ainsi avoir des conséquences sur la prochaine élection présidentielle ?
    Oui. Il semblerait d'ailleurs que le Président de la République ou le pouvoir exécutif ait introduit un amendement pour revoir cette disposition du projet de réforme, parce que le président Bassirou Diomaye Faye a l'ambition de briguer un second mandat. Et donc, de ce point de vue, il est en train, en tant que « président d'honneur » de la coalition du président, de prendre des actes de nomination pour restructurer cette coalition qui sera vraisemblablement le cadre politique qui va l'amener à l'élection présidentielle de 2029, là où clairement il y a eu un désaccord avec le parti Pastef sur des options de gouvernance, mais aussi sur la perspective de l'élection présidentielle de 2029. Et donc, de ce point de vue, cette réforme qui prévoit que le président de la République ne peut pas avoir des fonctions exécutives dans un parti politique, ni diriger une coalition de partis politiques. Cela peut avoir une incidence sur les élections locales à venir qui pourraient être le premier tour de l'élection présidentielle de 2029.
    Les débats en commission ont été très animés. De manière un peu plus exhaustive, est-ce qu'on peut avoir les points qui ont été les plus disputés ?
    Oui. Parmi les points qui ont été les plus discutés, il y a eu le point sur la réforme du Conseil constitutionnel qui va devenir une Cour constitutionnelle. Il y a aussi le point sur la déclaration de patrimoine. Il est dit dans le projet de réforme que le président de la République doit déclarer son patrimoine avant d'entrer en fonction, mais aussi à la fin de son mandat. Et il y aurait un amendement du président de la République demandant à ce que ce point-là soit retiré du projet de réforme. Ça, ça a été rejeté par les députés du parti parce que, entre autres points qui ont fait l'objet d'amendements de la part de l'exécutif et qui ont été rejeté par l'Assemblée nationale.
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    Le Festival Gnaoua célèbre «l'ouverture de cette musique sur le monde», explique Abdeslam Alikane

    27/06/2026
    Prenons la direction du Maroc et de la mystique ville côtière d’Essaouira. Essaouira où se déroule jusqu’à dimanche 28 juin le Festival Gnaoua. C’est la 27e édition de cet événement créé à l’époque pour défendre et faire connaître cette tradition séculaire. Une musique mystique, une musique thérapeutique qui était en train de disparaître. Abdeslam Alikane est l’un des maâlems les plus respectés du Maroc. Une immense voix qui fait partie de l’équipe fondatrice du Festival Gnaoua et qui est toujours co-programmateur de l’événement. En venant avec son instrument, son guembri, il raconte avec délicatesse, avec humilité sa vie et son lien unique avec la tradition gnaoua.
    RFI : Comment se présente cette édition du festival ? Quelles sont les valeurs que vous souhaitez mettre en avant ?
    Abdeslam Alikane : On dit que la musique gnaoua est un rituel. On est arrivé aujourd'hui à faire connaître la musique gnaoua, même aux Marocains, parce qu'avant elle était cachée. Maintenant, c'est présent dans les maisons, dans les voitures. On a vu un développement car il y a un grand respect. C'est quelque chose d'un peu spirituel, de l'ordre du soufisme. On découvre des choses dans cette musique.
    Il y a 30 ans, quand le festival a été créé, cette tradition gnaouie, cet instrument, le guembri, étaient à deux doigts de disparaître. C'est aussi pour ça qu'est né le festival ?
    Oui, on voit que le festival a donné une valeur. Aujourd'hui, chaque maâlem a son entourage. À l'époque, je me rappelle, la musique gnaouie était pauvre. Mes filles ne pouvaient pas dire que mon père est Gnaoui parce qu'être Gnaoui, c'est être pauvre. Je suis fier d'être Gnaoui parce que je suis arrivé à faire des tournées partout dans le monde et à être directeur artistique du festival Gnaoua et à faire la création du festival Gnaoua. Tout cela n'est pas mon choix, c'est l'expérience, c'est la vie. C'est l'ouverture de la musique gnaoua sur la musique du monde. On peut jouer avec le jazz, on peut jouer avec le blues. Mais avant tout ça, on peut jouer avec les Aïssawa, on peut jouer avec les Ahmadiyya, on peut jouer avec les Dakarois.
    Qui sont des grandes confréries du Maroc.
    Oui, ce sont des grandes confréries. Mais la musique gnaoua n'est pas une confrérie parce que c'est une culture qui a inspiré plusieurs confréries. C'est la racine. La culture gnaoua, c'est un mélange africain, subsaharien et marocain.
    Est-ce qu'il y a une chanson, une musique qui fait entendre justement ces liens entre l'Afrique subsaharienne, le Maroc ?
    Oui. J'ai une chance de trouver Ali Farka Touré. C'est un grand musicien du Mali. À l'époque, j'étais au festival du désert à Tombouctou. Dans la musique gnaoua, il y a quatre dialectes : le bambara, le peul (aussi appelé le pulaar), l’haoussa, le tamasheq. Moi j'ai chanté une chanson qui s'appelle « Kingoma ». On parle de Mohammed, du Prophète et tout cela. Ali Farka Touré est un croyant. Le moment que je chante « Kingoma », lui met sa main sur le cœur. Je lui dis : « Écoute-moi, Ali, qu'est-ce que ça veut dire Kingoma ? » Il m'a dit : "Tu ne sais pas ce que ça veut dire Kingoma ? "Kingoma veut dire que tu aimes quelqu'un." »
    Quelle belle histoire !
    J'ai fait le Mali, le Niger, le Ghana, le Togo, le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire… Je cherche toujours les origines et les choses comme cela. À l'époque, il y avait des Africains qui venaient ici par le port, par Tombouctou parce qu'on est en Afrique. Ils étaient aussi des gens qui viennent comme à l'époque, comme des esclaves qui sont chez les grandes familles. Ici, on dit : « Soudanais Manayo », cela signifie la famille soudanaise qui vient parce que le nom de l'association Yerma qui organise le festival, c'est moi qui ai donné ce nom-là. Yerma signifie « On y va ». Donc « On y va gnaoua ».
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    «La Côte d'Ivoire est en souffrance d'un réel dialogue, d'une vraie culture de la concertation»

    26/06/2026
    En Côte d'Ivoire, pour la première fois depuis quatre ans, le pouvoir et l'opposition se sont rencontrés. C'était lundi dernier à la Primature, où le Premier ministre a présenté l'architecture du prochain système électoral, suite à la dissolution le mois dernier de la Commission électorale indépendante (CEI). Mais cette rencontre veut-elle dire que le dialogue est rétabli entre le pouvoir et l'opposition ? Pas si simple, explique Séverin Kouamé, sociologue et enseignant-chercheur à l'Université Alassane Ouattara de Bouaké.
    RFI : Séverin Kouamé, la réunion du 22 juin 2026 à la Primature, est-ce le début d'un dégel entre le pouvoir et l'opposition en Côte d’Ivoire ? Ou bien, est-ce une rencontre sans lendemain ?
    Séverin Kouamé : Je pense que c'est une rencontre dont on devra questionner déjà la tenue, dans la mesure où il est vrai que certaines organisations de la société civile, certains partis politiques ont été présents. Mais on note déjà des éléments de couacs puisque le PPA-CI [le Parti des peuples africains – Côte d'Ivoire, la formation de l’ex-président Laurent Gbagbo, NDLR] a fait un communiqué dans lequel il dit n'avoir pas été informé de l'ordre du jour de la réunion et donc ne voyait pas de raison d'y participer. Là-dessus, je crois que les tensions qui subsistent entre l'opposition, notamment certaines composantes de cette opposition portées par le PPA-CI, restent assez manifestes.
    Est-ce que cela faisait plusieurs années que le pouvoir et l'opposition ne s'étaient pas rencontrés ?
    Oui, je pense que le dernier cycle de rencontres relativement formelles date de 2021-2022. Depuis lors, on n'a pas eu de vraies rencontres. Quoi que depuis quelques semaines, on voit la première dame [Dominique Ouattara, NDLR] rencontrer certaines figures de l'opposition, notamment madame Simone Gbagbo [Simone Ehivet Gbagbo, présidente du parti Mouvement Générations capables et ex-première dame, NDLR]. Mais, depuis la tenue des dernières élections, il n'y a pas eu de rencontres formelles.
    De ce point de vue, est-ce un changement ?
    Un changement peut être pas... Je crois que pour toute personne qui observe le contexte sociopolitique ivoirien, la question électorale reste une question qui crispe les rapports, notamment entre l'opposition et le pouvoir. Et donc, cette rencontre vise justement à adresser cette question de l'organe qui doit être en charge des élections, mais n'épuise pas toute la problématique du dialogue politique.
    Parce que, de mon point de vue, le vrai problème, c'est de rétablir la confiance entre les acteurs politiques. On est dans un contexte où, depuis près de 30 ans, le constat qui est fait, c'est que, autour des scrutins, il y a un regain de tension qui se transpose même sur le terrain communautaire, parce qu’il y a une crise de confiance profonde entre les acteurs, mais aussi et surtout, de mon point de vue, il y a un consensus politique qui est très faible autour des règles du jeu. 
    Le Premier ministre Robert Beugré Mambé a expliqué pourquoi il avait dissous la Commission électorale indépendante (CEI) et a présenté la nouvelle architecture du système électoral ivoirien. Il y aura trois piliers : un organe chargé exclusivement de l'organisation matérielle des élections, un organe chargé du recensement des votes pour s'assurer de la qualité et de la sincérité des résultats, et un organe pour superviser et contrôler l'ensemble du processus. À vos yeux, est-ce un vrai changement ou une réforme en trompe l'œil ?
    Je pense que ce qu'il faut regretter dans cette communication de la Primature, c'est qu'elle n'ait pas véritablement été précédée d'un vrai dialogue sociétal. Je pense que la Côte d'Ivoire aujourd'hui est en souffrance d'un réel dialogue, d'une vraie culture de la concertation, pour s'accorder justement sur ce type de points qui fâchent. Le gros problème en Côte d'Ivoire, c'est moins l'organe en charge du scrutin, l'ingénierie du scrutin, que la confiance et la sincérité des acteurs. 
    Le PPA-CI de Laurent Gbagbo, qui n'est pas venu à la réunion du 22 juin, pointe le fait que, lors de cette rencontre, il n'y a pas eu de dialogue, que le Premier ministre a parlé, puis il est parti sans donner la parole à ses invités. S'il n'y a aucun dialogue à venir sur le contenu de cette réforme, craignez-vous que les relations ne se crispent à nouveau entre le pouvoir et l’opposition ?
    C'est ce que je disais dès l'entame de mon propos. Je crois que l’on est dans un processus qui aurait dû démarrer par une vraie consultation, un vrai dialogue. Je pense que l'État a pris la pleine mesure qu’il y a, autour de la chose électorale, un problème.
    Et ça, c'est déjà bien de le noter, qu'il y a un problème. Et l'État propose sa solution que monsieur le Premier ministre est venu restituer.
    Maintenant, quand on se retrouve dans ce type d'approche qui peut être considérée presque comme une approche d'imposition, ça peut continuer à générer des crispations et des tensions. Et désormais, tout va se jouer dans le rapport de force.
    Aujourd'hui, dans le rapport de force qui oppose le gouvernement aux partis d'opposition, c'est clair que ce rapport de force est en faveur du pouvoir.
    Sur cette réforme électorale, pour l'instant, il n'est pas prévu de table ronde pouvoir/ opposition. Le Premier ministre devrait déposer un projet de loi qui serait examiné par les députés.
    Dans ce type de processus, c'est clair aussi qu’on a un niveau de représentation politique de l'opposition qui n'est pas suffisant. Je parlais de rapport de force dans l'hémicycle. Les rapports de force sont largement en faveur du pouvoir. Donc, là-dessus, ça va passer comme une lettre à la poste, et on va se retrouver à initier un nouveau cycle de conflits ou de tensions parce que, justement, le consensus politique est faible. Le gros problème qu'on a, c'est la faiblesse du consensus politique en Côte d'Ivoire. Les acteurs politiques ne sont pas suffisamment en accord sur le minimum.
    Donc, pour vous, un débat sur cette réforme à l'Assemblée nationale ne suffira pas ?
    Il faut un débat de société. Parce que, quand on regarde depuis 40 ans, on souffre de notre chose électorale et celui qui souffre, c'est l'Ivoirien lambda. Toutes les crises violentes que le pays a connues sont du fait de cette faiblesse, du consensus politique autour de la chose électorale.
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    Ebola en RDC: «Le vrai problème, ce sont les cas contacts, il faut les identifier au plus vite»

    25/06/2026
    « Nous avons besoin rapidement de 1,4 milliard de dollars pour lutter contre le virus Ebola », affirme sur RFI le docteur Jean Kaseya, en ligne depuis Kinshasa. Il est le directeur général d’Africa CDC, le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies, et qui sort d'une réunion de travail avec les présidents du Congo Kinshasa et du Burundi. Mais d'abord, le médecin congolais s'exprime sur le cas de son confrère qui vient d'être testé positif à Ebola à son arrivée à Paris en provenance du Congo. Pourquoi l'a-t-on laissé monter dans un avion ? 
    RFI ​​​​​ : Après le premier cas d'Ebola identifié en France et donc hors d'Afrique, est ce qu'il y a un risque mondial pour la santé publique ?
    Jean Kaseya : Le risque zéro n'existe pas et lorsque nous avons déclaré cette épidémie le 15 mai, nous avions déjà dit que, si jamais cette dimension régionale et cette dimension concentrée de l'épidémie au niveau de l’Ituri n'étaient pas considérées, il y aurait des risques que d'autres pays soient affectés.
    Donc, vous nous dites aujourd'hui qu'il y a quand même un risque pour toute la planète, c'est ça ?
    Nous vous disons aujourd'hui qu'il y a un risque. C’est pourquoi nous disons très clairement que c'est la solidarité qui va nous permettre d'arrêter cette épidémie. Et nous avons, l'OMS et Africa CDC, produit un travail. Ce travail demande aujourd'hui que nous puissions investir les moyens nécessaires, aussi bien pour l'Afrique que pour les autres pays. Et je réitère que la fermeture des frontières n'est pas la solution. La solution, c'est de permettre à ce que nous puissions avoir les moyens de répondre à cette épidémie afin d'éviter que d'autres pays soient affectés.
    Donc, ce qui s'est passé avec ce médecin arrivé à Paris, c'est une alerte en fait pour toute la communauté internationale ?
    D'abord, laissez-moi remercier ce médecin. Laissez-moi remercier son organisation Alima d’avoir été proche du peuple meurtri de l'Ituri. Ce médecin a beaucoup d'expérience dans la gestion des épidémies passées. Il est anesthésiste réanimateur et il a été au front du 19 mai au 22 juin. Il a quitté l’Ituri le 19 juin et a transité par Kinshasa. Quand il a quitté Kinshasa le 22, il ne présentait pas de symptômes.
    Et je voudrais aussi rappeler que le gouvernement de la RDC a mis en place des dispositifs de détection dans les aéroports de Bunia et de Kinshasa, qui permettent de savoir qui a les signes. Donc, à l'heure actuelle, nous ne pouvons pas parler d'un quelconque manquement. Nous devons juste dire que les signes se sont manifestés quand il a atterri à Paris. Et effectivement, pour répondre à votre question, ce sont des signaux d'alerte. Si jamais les partenaires et les autres gouvernements donateurs ne viennent pas, ces signaux d'alerte risqueront malheureusement de se multiplier.
    L'OMS dit que la transmission de l'épidémie d'Ebola s'accélère. Est-ce à dire qu'on n'a pas encore atteint le pic de cette épidémie ?
    A l'heure actuelle, nous ne pouvons pas encore dire que nous avons atteint le pic de cette épidémie. C'est vrai qu'il y a beaucoup de succès en termes de personnes qui sont guéries. Il y a des succès en termes de mobilisations communautaires. On commence à sentir que, de plus en plus, les communautés croient au message qu'on leur donne. Mais ce qui est compliqué, ce qui ne peut pas nous permettre de dire qu'on a atteint le pic, c’est la situation humanitaire qui est sérieuse. Nous avons des camps de déplacés internes qui contiennent près d’un million de personnes, et l'accès à ces camps est difficile, alors que nous savons que l'épidémie est dans ces camps.
    Et ça, c'est dans les camps de déplacés d’Ituri ?
    Effectivement, c'est dans les camps de déplacés, c'est dans l'épicentre, à Mongbwalu. Et c'est là où nous devons multiplier les efforts. Aujourd'hui, lors de la réunion des chefs d'Etat que nous avons eue, le mardi 23 juin à Kinshasa, avec le président Tshisekedi et le président Ndayishimiye du Burundi, nous nous sommes dit que l'aspect humanitaire compte maintenant pour 70 % de la réponse. L'aspect sanitaire compte pour 30 %. Ça signifie quoi ? Si nous n'arrivons pas à résoudre l'aspect humanitaire, nous n'allons pas arrêter cette épidémie.
    Au G7 d'Évian, la semaine dernière, en France, les sept pays les plus riches du monde ont promis une forte mobilisation contre cette souche d'Ebola jusqu'à quelque deux milliards de dollars. Est-ce que vous y croyez ?
    J'attends de voir ça. Les effets d'annonce ne m'impressionnent plus. Et je le dis aux pays du G7. Et j'ai eu l'opportunité d'en parler avec les autorités françaises qui président le G7. J'ai dit aujourd'hui que nous avions un plan de réponse à 518 millions de dollars, mais pas plus de 180 à 200 millions sont concrètement arrivés.
    Ça, c'était le volet sanitaire. Mais nous venons aussi de réévaluer le volet humanitaire. Aujourd'hui, nous avons besoin de 1,4 milliards de dollars pour nous assurer que nous parviendrons à avoir accès aux camps. Je vous ai dit que ce sont des camps de près d’un million de personnes où des maladies viennent, mais auxquels nous n'avons pas accès.
    Et ces camps-là, pendant longtemps, ont été abandonnés. Les gens n'ont pas d'eau courante, les gens n'ont pas de nourriture, les gens n'ont pas de toit.
    Et maintenant nous venons pour leur dire qu’il y a une épidémie. Et ces gens nous disent : pourquoi vous venez maintenant ? Donc, ça signifie que nous devons assurer leurs besoins primaires. Nous devons démanteler certains de ces camps, et nous devons nous assurer que tout le monde a accès aux soins. Et cela va nécessiter 1.4 milliards. J'attends voir venir aujourd'hui pour qu'on réponde à cette urgence rapidement.
     
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Du lundi au samedi, Christophe Boisbouvier reçoit un acteur de l'actualité africaine, chef d'État ou rebelle, footballeur ou avocate... Le grand invité Afrique, c'est parfois polémique, mais ce n'est jamais langue de bois.
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