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Le grand invité Afrique

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  • Le grand invité Afrique

    Recherche spatiale au Sénégal: «Aujourd'hui, nous souhaitons pouvoir faire de notre pays une nation spatiale»

    10/09/2026
    Un site offshore au large des côtes sénégalaises pour lancer des fusées dans l'espace… Le projet est à l'étude, révèle sur RFI le directeur général de l'Agence sénégalaise d'études spatiales (Ases). Depuis mercredi 9 septembre, Maram Kairé est à Paris où il participe au premier Sommet international sur l'espace. En 2024, cet astronome avait déjà réussi à faire lancer un premier satellite sénégalais. Alors qu'aujourd'hui, celui-ci veut que son pays construise les siens et qu'il puisse un jour les lancer depuis son propre territoire, Maram Kairé répond aux questions de Christophe Boisbouvier depuis le Grand Palais, à Paris.
    RFI : Que répondez-vous à ceux qui disent que les 500 millions de dollars investis tous les ans en Afrique dans le spatial seraient mieux utilisés dans la construction de routes, d'écoles et d'hôpitaux ?
    Maram Kairé : Déjà, vous parlez de construction de routes, il s'agit de l'aménagement du territoire et la meilleure façon d'aménager nos territoires, aujourd'hui, c'est de prendre de la hauteur, c'est-à-dire être depuis l'espace, avoir une vue sur ces territoires. Donc, l'utilisation du spatial se justifie pleinement pour la construction de routes et le monitoring après les travaux. Deuxièmement, quand il s'agit d’hôpitaux, c'est la santé, c'est une priorité pour l'Afrique, certes, mais aujourd'hui on sait que le développement de la santé passe par le développement de la télémédecine. Et investir dans le spatial, c'est une réponse concrète à l'utilisation de la télémédecine pour se départir des problèmes de distance que nous avons aujourd'hui sur le continent. Donc, c'est juste une question de perspective. Le spatial aide à résoudre toutes ces questions et nous devons peut-être renforcer même l'investissement.
    Et pour l'amélioration des rendements agricoles, pour l'anticipation des sécheresses et des inondations, ça peut servir ?
    Tout à fait. Aujourd'hui, on parle d'agriculture intelligente. Je donne le cas du Sénégal. Nous sommes en train de mettre en œuvre un projet avec le soutien de la Banque ouest-africaine de développement. Ce projet a pour motivation le développement de l'agriculture intelligente partout sur le territoire, la gestion de la transhumance. Aujourd'hui, quand vous surveillez le bétail, il faut une vue globale également, et la surveillance donc des sols. Donc, toutes ces questions liées à l'agriculture trouvent une réponse pertinente dans l'utilisation des satellites. Les capteurs nous permettent de détecter la qualité des plantes, la qualité des sols et ne plus attendre la saison des pluies qui est aujourd'hui très éphémère, moins de trois mois pour certaines régions, mais plutôt anticiper grâce à une bonne météorologie qui dépend aujourd'hui des données satellitaires.
    Alors, vous parlez de la connexion à Internet, notamment pour les centres de santé et la télémédecine, mais pour cela, on a déjà les câbles sous-marins, non ?
    Oui, mais les câbles sous-marins n'arrivent pas à toutes les zones et, aujourd'hui, on a pas mal d'endroits qu'on appelle des zones blanches où vous ne pouvez pas avoir cette connectivité. Le satellite permet d'accéder, en tout cas, à ces dernières zones reculées où la connexion câblée ne peut pas arriver. Donc, aujourd'hui, c'est complémentaire. Nous devons faire en sorte que la distribution, donc, de la connexion soit équitable et que chaque citoyen, où que ce soit dans le territoire national, puisse avoir accès à ces services. Et ça, c'est le satellite qui nous permet de compléter les manquements liés à la connexion câblée.
    Il y a déjà une trentaine de pays africains qui ont fait lancer dans l'espace une soixantaine de satellites civils, mais ça coûte cher, non seulement pour payer les sociétés étrangères qui lancent ces satellites, mais aussi pour exploiter les données. Pourquoi les pays africains n’arrivent-ils pas à mutualiser toutes ces dépenses ?
    C'est la dynamique dans laquelle nous sommes. Aujourd'hui, l'Afrique réagit de cette façon en créant l'Agence spatiale africaine qui permet de coordonner les ressources, les synergies. Ça ne remplace pas du tout les efforts nationaux. Mais ce qu'il faut savoir, c'est que l'Afrique a pris le train en marche depuis pas très longtemps. Aujourd'hui, nous sommes non seulement dans la phase de structuration au niveau national, mais au niveau continental, les collaborations se multiplient. Beaucoup de projets satellitaires sont développés entre plusieurs États. Je cite l'exemple aujourd'hui d'un projet sur lequel nous sommes au Sénégal avec le Rwanda, le Kenya et le Ghana, et donc ça montre en fait cette dynamique de mutualiser les efforts et les ressources. Et ça, je pense que c'est ce qui va continuer avec le démarrage des activités de l'Agence spatiale africaine.
    Maram Kairé, vous rentrez de Pékin et de nombreux satellites africains sont financés par la Chine notamment, pas seulement d'ailleurs, par la Russie, par les États-Unis, par l'Europe. Est-ce à dire que l'Afrique est sous leur dépendance technologique, financière ?
    Non, l'Afrique n'a aucune ambition d'être sous la dépendance de qui que ce soit dans le domaine du spatial, c'est une question de souveraineté. Chaque État est libre de choisir ses partenaires. Aujourd'hui, le spatial est un chantier extrêmement vaste. Nous avons aujourd'hui rejoint les accords Artemis avec les États-Unis pour le retour de l'homme sur la Lune. Nous avons rejoint le projet de station orbitale lunaire de la Chine. C'est pour dire qu'il y a de la place pour tout le monde et nous travaillons juste avec les meilleurs. Ce que nous souhaitons aujourd'hui, c'est de pouvoir faire de notre pays une nation spatiale et nous travaillons avec les meilleurs partenaires, où qu'ils soient.
    Aujourd'hui, les satellites africains sont lancés depuis l'étranger, depuis Kourou par exemple en Guyane française. Quand est-ce que l'Afrique va pouvoir se doter de sa propre base de lancement ?
    Il y a eu des initiatives dans le passé et il faut rappeler, aujourd'hui, qu'une base a déjà existé au Kenya, par exemple, avec le soutien de l'Agence spatiale italienne. Nous sommes dans la dynamique de multiplier les bases au niveau du continent africain. Djibouti est sur un projet et la réflexion est menée également au niveau du Sénégal actuellement. Il faut être sur la côte avec une façade sur l'océan et, aujourd'hui, le Sénégal est en train donc d'étudier cette possibilité. Djibouti étudie et le Kenya est en train de réactiver sa base avec le soutien de l'Agence spatiale italienne. Donc, cette ambition, elle est là, et je pense que ça ne devrait pas tarder, que l'Afrique puisse lancer depuis son propre continent.
    Et vous avez trouvé déjà un site entre Dakar et Saint-Louis ?
    Pour le moment, c'est confidentiel. Nous sommes dans la phase de réflexion et nous espérons en tout cas pouvoir déterminer un site de lancement, pourquoi pas offshore.
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  • Le grand invité Afrique

    Mali: «avec l'intelligence artificielle, la désinformation russe passe à l'échelle industrielle», explique Bakary Sambe

    09/09/2026
    Au Mali, l'intelligence artificielle (IA) est de plus en plus sollicitée par les belligérants, dans la guerre de propagande, mais aussi dans la guerre des drones. C'est ce que révèle un rapport du Timbuktu Institute publié ce mercredi 9 septembre. Pourquoi l'intelligence artificielle risque-t-elle de faciliter le recrutement de jeunes Sahéliens dans les rangs jihadistes ? Bakary Sambe est directeur du Timbuktu Institute et enseignant-chercheur à l'université Gaston Berger de Saint-Louis du Sénégal.
    RFI : Vous dites qu'au Mali, les belligérants investissent le champ informationnel et s'approprient de nouveaux outils technologiques. Que leur apporte l'intelligence artificielle ?
    Bakary Sambe : Ce qu'on observe, c'est que l'intelligence artificielle générative est en train de devenir un nouveau front de la guerre de l'information au Mali. Chacun s'approprie l'outil à sa manière, selon ses moyens, son niveau de sophistication technique et ses objectifs. Avec l'intelligence artificielle sur ce front malien, on passe d'un usage assez artisanal, chez les groupes jihadistes par exemple, à une véritable machine professionnelle du côté des Russes.
    Du côté des jihadistes du Jnim, vous dites que l'usage de l'intelligence artificielle reste artisanal, mais que celle-ci nourrit quand même des campagnes de propagande ?
    Absolument. Si je devais résumer, je dirais que l'intelligence artificielle ne crée pas de nouvelles fractures au Mali. Elle amplifie celles qui existaient déjà. Par exemple, comme vous le dites, avec le Jnim, c'est l'usage le plus rudimentaire : des affiches de propagande générées par l'intelligence artificielle diffusées par sa branche médiatique sur Telegram et sur Signal. Donc un peu à l'image de ce qui se faisait déjà du côté de l'État islamique, il y a quelques années, à des fins de propagande et de recrutement.
    Dans leurs vidéos, les jihadistes du Jnim s'exprimaient jusqu'ici en arabe classique. Qu'est-ce que peut changer l'intelligence artificielle ?
    C'est vrai que le vrai danger, c'est la personnalisation à grande échelle des profils ciblés pour le recrutement djihadiste. Aujourd'hui, avec la traduction automatique par l'intelligence artificielle, un groupe comme le Jnim décline un message de recrutement en une quinzaine de langues du Sahel : le fulfulde, le bambara, le wolof, le tamasheq. Surtout, on peut adapter le discours selon le public visé. C'est-à-dire : un message sur la fierté pastorale pour les jeunes Peuls, un message sur la dignité sociale pour les jeunes urbains marginalisés... Et avec le doublage vocal, aujourd'hui, on peut même toucher des populations qui ne savent ni lire ni écrire, qui étaient jusqu'ici hors de portée de la propagande écrite.
    Du côté des indépendantistes du FLA, le Front de libération de l'Azawad, vous dites que l'intelligence artificielle permet de créer des personnages synthétiques. Quels personnages, par exemple ?
    Oui, le Front de libération de l'Azawad, lui, joue plutôt la carte de la décentralisation. On trouve des personnages entièrement synthétiques sur TikTok, par exemple, comme ce fameux compte « Azzghim ». Ces comptes sont relayés et amplifiés par tout un réseau de comptes, qui se renvoient la balle pour humaniser la cause de l'Azawad.
    Comment ces personnages synthétiques s'invitent-ils dans les faits de guerre de ces dernières années ? On pense, par exemple, à la bataille de Tinzaouatène en juillet 2024.
    Ces personnages sont utilisés selon les objectifs des belligérants. Par exemple, durant cette bataille de Tinzaouatène, il y avait des personnages manipulés, des personnages qui peuvent crier victoire, des personnages qui peuvent donner l'impression que la bataille était gagnée. Cela se fait du côté du FLA. Mais la propagande, elle, est encore d'une autre ampleur si l'on se penche sur le cas de l'Africa Corps russe.
    Du côté des Forces armées maliennes, les FAMa, et des paramilitaires russes de l'Africa Corps, qu'apporte l'intelligence artificielle de plus à des acteurs qui font déjà une propagande très sophistiquée sur Internet depuis plusieurs années ?
    Le cas de l'Africa Corps est sans doute le cas le mieux documenté de toute l'étude. L'Africa Corps s'appuie sur un relais médiatique African Initiative qui a été identifié comme le sous-traitant d'une opération baptisée « AI-Freak ». Un rapport conjoint a été publié par le renseignement britannique, mais aussi le service extérieur européen. Cette opération a notamment utilisé récemment des modèles OpenAI pour inventer de toutes pièces un faux commentateur universitaire censé diffuser un narratif pro-Kremlin sur le Mali. Le fil remonte jusqu'au réseau de l'ex-chef de Wagner, Evgueni Prigojine. Ce n'est pas un cas isolé du tout. On parle de 19 campagnes de désinformation russes qui ont été recensées depuis 2018 au Mali, au Burkina Faso et au Niger, produites, je cite, à une échelle industrielle. Avec l'IA, la désinformation russe change complètement d'échelle. On passe de l'artisanat à l'industrie, avec le déni plausible en prime.
    L'intelligence artificielle permet-elle aux paramilitaires russes de l'Africa Corps de transformer la défaite militaire de Kidal, le 25 avril dernier, en victoire informationnelle sur Internet ?
    Absolument. C'est ce qui s'est passé. Avec des deepfakes qui sont documentés, avec des campagnes coordonnées. Passant sous silence certaines choses comme la négociation entamée par les Russes de l'Africa Corps lors de l'offensive du FLA et du Jnim, lors des offensives comme à Tessalit, etc. C'est tout un autre narratif fondé sur la création de personnages, la diffusion de deepfakes, de la part de l'Africa Corps, qui montrent toujours l'Africa Corps dans une bonne posture, pour montrer bonne figure, pour ne pas perdre la face dans cette bataille.
    Vous dites que les paramilitaires russes convoquent l'intelligence artificielle pour affirmer que la France et l'Ukraine ont soutenu et équipé les assaillants du Jnim et du FLA pendant la bataille de Kidal du 25 avril ?
    Absolument. C'est tout le narratif sur l'implication de forces extérieures qui veulent nuire au Mali, en citant la France et l'Ukraine, pour montrer qu'il y a un complot extérieur contre le Mali, en relayant le discours officiel sur le terrain, mais aussi en rajoutant ce narratif qui permet de justifier la présence de l'Africa Corps comme un groupe paramilitaire qui est là pour protéger le Mali et protéger, en plus, les régimes de l'Alliance des États du Sahel.
    Vous dites que l'intelligence artificielle est utilisée dans la guerre informationnelle. Mais n'intervient-elle pas aussi dans la guerre tout court, dans la guerre qui tue, dans la guerre qui fait des morts et notamment dans la manipulation des drones kamikazes ?
    Absolument. On a vu récemment, rien que dans la récente crise au Niger, l'importance des drones kamikazes dans le dispositif sécuritaire dans ces pays. Aujourd'hui, la manipulation des drones prend toute une autre tournure avec les possibilités qu'offre l'intelligence artificielle sur le plan technologique, mais aussi sur le plan informationnel. Parce que la guerre ne se passe pas sur le champ de bataille, mais se passe par cette guerre des algorithmes.
    Vous dites qu'avec l'intelligence artificielle, il est plus facile, notamment pour les paramilitaires russes, de repérer des cibles dans le Nord-Mali et de faciliter les attaques des drones ?
    Absolument. L'intelligence artificielle permet aux paramilitaires de doubler leurs forces, de repérer des cibles, mais, hélas, a aussi causé beaucoup de bavures et beaucoup de dégâts. Notamment dans les massacres de certaines communautés, y compris parfois contre des non-combattants et contre les populations civiles.
    Pourquoi dites-vous que l'intelligence artificielle est un multiplicateur de forces ?
    C'est un multiplicateur de forces, notamment de forces communicationnelles. C'est-à-dire que, par exemple, le jihadisme de demain ne va plus recruter en masse. Il va recruter personne par personne et sur mesure, ce que n'offraient pas les canaux de communication officiels, avec le doublage des messages via les différentes langues du Sahel. C'est un multiplicateur de forces communicationnelles, mais aussi avec le ciblage, l'usage des drones, cela devient un multiplicateur de forces sur le plan militaire.
    À lire aussiMali: le Timbuktu Institute analyse l'intégration de l'intelligence artificielle dans la guerre informationnelle
  • Le grand invité Afrique

    «En Centrafrique, il n'y aura pas de paix durable sans un dialogue inclusif», affirme Catherine Samba Panza

    08/09/2026
    « En Centrafrique, il n'y aura pas de paix durable sans un dialogue permanent et inclusif entre toutes les parties au conflit », affirme l'ancienne présidente Catherine Samba Panza, qui a conduit avec succès une médiation, de 2014 à 2016, pour mettre fin à la guerre civile de l'époque. Vendredi dernier, l'ancienne cheffe de l'État centrafricain était l'invitée à Paris de la seconde édition de la Fabrique de la diplomatie, organisée par le Quai d'Orsay et la Sorbonne nouvelle. Elle était accompagnée de Monseigneur Dieudonné Nzapalainga, le cardinal-archevêque de Bangui. Tous deux ont répondu aux questions de Christophe Boisbouvier.
    RFI : Catherine Samba-Panza, pourquoi dites-vous qu'une paix négociée au sommet ne sert à rien si la population ne se l'est pas appropriée ? Vous pensez notamment au conflit actuel dans les Grands Lacs et dans l'est de la RDC, où vous êtes impliquée au nom de l'Union africaine ?
    Catherine Samba-Panza : Oui, par exemple, tout à fait. Dans le cadre de ma mission de facilitateur, je me bats justement pour que les accords signés à Washington, à Doha, soient vraiment disséminés, pour que les populations puissent être au courant. Qu'est-ce qui a été décidé dans ces accords ? Comment ils vont être mis en œuvre et dans l'intérêt de qui ? Il est important qu'il y ait des relais en faveur des populations.
    Mais concrètement, comment les populations du Nord-Kivu et du Sud-Kivu peuvent-elles s'approprier l'accord de Washington du mois de décembre dernier ?
    Catherine Samba-Panza : Nous avons prévu, dans le cadre de nos missions de facilitateur, d'avoir des consultations au niveau de Kinshasa, mais également d'avoir des consultations éclatées dans l'est de la République démocratique du Congo, notamment à Goma, à Bukavu, dans l'Ituri, etc. Nous avons prévu des missions de terrain. Mais, en dehors des missions de terrain, il y a des relais de la société civile, il y a également les confessions religieuses, les chefs coutumiers, les femmes, les jeunes qui peuvent faire connaître le contenu de ces accords par les populations.
    Pourquoi dites-vous que les femmes sont exclues de beaucoup de négociations de paix ?
    Catherine Samba-Panza : Vous savez, quand on regarde les statistiques de l'ONU, des organisations régionales, il y a très peu de femmes qui sont à un certain niveau des processus de paix au niveau formel. Mais les femmes sont présentes dans les processus de paix au niveau local. Ce sont les femmes qui mènent le travail de terrain. Ce sont les femmes qui mènent le travail de médiation avec les groupes armés. Elles sont exclues au niveau formel des processus de médiation, mais elles sont là.
    Un accord est plus durable si les femmes se l'approprient ?
    Catherine Samba-Panza : Exactement. Toutes les études du monde sont unanimes : un accord n'est durable que si les femmes ou les communautés concernées ou affectées par le conflit sont impliquées.
    Monseigneur Dieudonné Nzapalainga, vous êtes également présent à cette Fabrique de la diplomatie à Paris, parce que vous êtes aussi un homme de paix, notamment en Centrafrique. Nous sommes donc à côté de la présidente Catherine Samba-Panza. Peut-on dire qu'entre 2014 et la présidentielle de 2016, quand elle a présidé la RCA, elle a conduit l'un des rares processus de paix qui a abouti à quelque chose de concret ?
    Dieudonné Nzapalainga : On peut le dire parce que nous étions à une étape charnière, marquée par une crise où la violence était au sommet. Il a fallu baisser les tensions. Il fallait apaiser les cœurs, faire converger les énergies, mobiliser les gens et leur indiquer une vision commune, aller aux élections. Pendant deux ans, ce travail a été fait de manière méthodique, courageuse, avec abnégation et détermination. Nous avons vu le résultat puisque nous sommes allés aux élections comme si on était dans un pays civilisé, sans tirer un coup de fusil. Les gens étaient alignés les uns derrière les autres. Ils ont voté au premier tour, voire au deuxième tour. Et moi, j'avais les larmes en voyant cette situation. Oui, il est possible que, si les hommes se fixent un destin commun, ils se l'approprient. Ils peuvent aussi tenir des paris. Et on l'a tenu en 2016.
    Je crois que le pape a aussi un petit peu aidé, puisque le pape François a visité Bangui un mois avant le premier tour de la présidentielle. Catherine Samba-Panza a-t-elle des qualités de médiatrice particulière qui font que des fois ça marche, des fois ça ne marche pas ?
    Dieudonné Nzapalainga : Mais nous sommes allés à la présidence. La présidente avait parlé et le pape a parlé. Le pape a encouragé tout le parterre des hommes et des femmes politiques à pouvoir transcender leur situation pour dire qu'il est temps de nous unir.
    Madame la présidente, quel est le message que vous avez retenu de votre rencontre avec le pape en ce jour de novembre 2015 ?
    Catherine Samba-Panza : Comme vous l'avez dit, la visite du pape en Centrafrique a été pour beaucoup dans l'apaisement des cœurs. Le pape nous a encouragés à travers son partage de paroles de paix. Les Centrafricains, de manière unanime, ont accueilli les messages de paix qui ont été apportés par le pape. Nous avons bénéficié d'une période exceptionnelle avec l'ouverture de la Porte Sainte à Bangui. Tout cela a apporté une certaine cohésion, une certaine réconciliation nationale.
    Il y a le pape, mais il y a votre propre action. Avec le recul, aujourd'hui, quel est, à votre avis, la principale qualité d'une médiatrice ?
    Catherine Samba-Panza : Beaucoup d'écoute, beaucoup de disponibilité. Avoir une vision et avoir la volonté de la paix et de la réconciliation nationale. Sans écoute, on ne peut pas savoir ce que l'autre attend de vous. Sans dialogue, on ne peut pas non plus échanger sur les questions essentielles qui divisent. Il est important de dialoguer, d'avoir un consensus sur la plupart des grandes décisions à prendre. C'est ce que j'ai fait pendant la transition, encouragée d'ailleurs par la Charte constitutionnelle de transition qui a prévu toutes ces étapes dans ses textes.
    Il y a eu en effet ce moment exceptionnel dans l'histoire de la Centrafrique, cette élection de 2016 gagnée par Faustin-Archange Touadéra. Et puis, quatre ans plus tard, votre pays a replongé dans la guerre civile avec la rébellion de François Bozizé et l'arrivée des troupes russes. Est-ce un cycle infernal ?
    Catherine Samba-Panza : Ce n'est pas un cycle infernal, mais je pense qu'après la transition et surtout les grandes orientations qui ont été apportées par le Pacte de paix et de réconciliation, il fallait consolider les acquis de la transition. C'était important. Le Pacte de réconciliation, qui a été adopté lors du Forum national de Bangui, avait tracé les grandes lignes de la conduite du pays pour les dix prochaines années. Les recommandations du Forum national de Bangui devaient constituer la base de toutes les décisions durant les dix prochaines années. C'était le cadre idéal de référence en termes de réconciliation nationale, en termes de développement économique pour la paix et la cohésion nationale. Malheureusement, nous n'avons pas su consolider les acquis du Forum national de Bangui et, évidemment, nous sommes retombés dans le cycle que vous appelez infernal.
    Aujourd'hui, beaucoup pensent que, sans l'intervention de troupes étrangères, il ne peut pas y avoir de paix en République centrafricaine. Que leur répondez-vous ?
    Catherine Samba-Panza : Les Centrafricains, fondamentalement, veulent la paix et ont confiance dans leur capacité de ramener la paix, de s'unir et de travailler pour le développement de leur pays. Il suffit de leur faire confiance. Mais il suffit également de créer la confiance à tous les niveaux : au niveau des partenaires, au niveau des investisseurs, mais surtout au niveau des Centrafricains eux-mêmes. Si on crée la confiance et que l'on ramène les Centrafricains autour d'une table pour un dialogue inclusif qui prenne en compte toutes leurs préoccupations et les propositions de sortie de crise, nous pouvons y arriver.
    Donc refaire la conférence de Khartoum. Que faut-il faire pour ramener la paix ?
    Catherine Samba-Panza : Nous n'avons pas besoin de refaire la conférence de Khartoum. Vous savez, il y a eu le dialogue politique inclusif qui s'est tenu il y a quelques années. Vous savez quelles sont les décisions qui en sont issues ? Les participants ont tout renvoyé aux recommandations du Forum national de Bangui. On dit que ce n'était pas la peine de perdre du temps à élaborer d'autres recommandations, alors que nous avons une foultitude de recommandations dans les tiroirs du pays. Je pense qu'on peut envisager cela autrement. Un dialogue permanent, une concertation permanente permettent déjà d'être en contact avec toutes les parties, tous les antagonistes de la crise, et d'essayer de trouver une solution commune à notre situation difficile.
    De ce point de vue, le pouvoir actuel ne fait pas assez pour le dialogue ?
    Catherine Samba-Panza : Nous constatons qu'il y a beaucoup de demandes pour un dialogue réel, inclusif. Il y a beaucoup de demandes à ce niveau. Maintenant, il appartient aux autorités légalement mises en place de voir dans quelle direction s'orienter pour un retour réel à la paix et à la relance économique du pays.
    Vous avez dit, dans votre discours ce vendredi à Paris, que vous pensiez que la France avait un rôle à jouer dans les conflits militaires en Afrique. Quel rôle la France peut-elle jouer ?
    Catherine Samba-Panza : Quand je parle de la France, il n'y a pas que la France, il y a toute l'Union européenne derrière. Vous savez, sans la communauté internationale, sans la France, sans l'Union européenne, notre sortie de crise en 2016 en République centrafricaine ne serait pas allé loin. On a besoin de la communauté internationale. On a besoin des partenaires comme la France pour nous appuyer dans notre démarche stratégique de sortie de crise en termes financiers, en termes d'appui logistique, en termes également de soutien économique. Cela est très important. Nous sommes dans un monde interconnecté et nous avons besoin des uns et des autres pour pouvoir avancer.
    À lire aussiRDC: devant ses partenaires régionaux, Félix Tshisekedi expose sa stratégie sécuritaire
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    RDC: «Si notre peuple le décide, on va changer la Constitution», affirme le Premier vice-président de l'Assemblée nationale

    07/09/2026
    En RDC, le changement ou non de Constitution est au cœur d'une vive polémique entre le pouvoir et l'opposition, car une nouvelle loi fondamentale permettrait au président Félix Tshisekedi de briguer en 2028 un troisième mandat. Aujourd'hui, sur RFI, le Premier vice-président de l'Assemblée nationale, Isaac Jean-Claude Tshilumbayi Musawu, déclare que le peuple congolais va être bientôt consulté sur ce point. Pour ce faire, une nouvelle loi va passer en septembre afin de pouvoir organiser un référendum constitutionnel. De passage à Paris, le numéro deux de l'Assemblée congolaise répond aux questions de Christophe Boisbouvier.
    RFI : Les rebelles du M23 ne pourront pas participer en tant que composante politique au futur dialogue national, a déclaré le président Félix Tshisekedi. Mais à quoi va servir ce dialogue s'il ne peut pas ramener la paix au Congo ?
    Isaac Jean-Claude Tshilumbayi Musawu : Les rebelles du M23 ne sont pas une composante politique. C'est une composante militaire associée à un État étranger qui agresse le Congo. Il y a pour cela un cadre international issu des résolutions du Conseil de sécurité qui a été établi et qui a conduit à l'accord de Washington, mais aussi aux discussions qui se déroulent à Doha. Donc, on ne peut pas aller autour d'une table républicaine, Kalachnikov en main, pour l'utiliser comme moyen de chantage, parce que le dialogue, on le veut républicain.
    Est-ce que le premier but d'un dialogue politique, c'est tout de même pas de ramener la paix dans votre pays ?
    Oui, mais le débat est de savoir s'il est rationnel de tenir un dialogue républicain, un dialogue politique avec une Kalachnikov en main. C'est la question qui se pose. Il est exclu que l'on vienne s'asseoir armes en main à la table républicaine pour tenter de convertir une brutalité, une sauvagerie en une légitimité politique.
    Une autre composante politique est exclue du dialogue national annoncé par le président Félix Tshisekedi, c'est le FCC de l'ancien président Joseph Kabila, lui-même condamné à mort il y a un an pour trahison. Mais le FCC, par la voix de Marie-Ange Mushobekwa, réplique qu'il ne fait pas partie de la rébellion du M23 et qu'il n'a jamais pris les armes.
    Il faut faire la part des choses. Une chose est vraie, c'est que, parmi ces individus, il y a une grande partie qui s'affiche très clairement avec le Rwanda et la rébellion, en l'occurrence le chef du FCC lui-même, Joseph Kabila. Il est clair que, parce qu'il est dans cette posture, il ne pourra pas participer au dialogue républicain. Mais s'ils sont de ces personnes qui savent être capables de se désolidariser de cette pratique, de ce recours récurrent aux armes pour revendiquer ce qu'ils estiment être de droit, alors bien évidemment, ils peuvent être invités.
    Concernant la condamnation à mort par contumace de Joseph Kabila l'an dernier, une mesure de clémence peut-elle être envisagée au titre des gestes de décrispation que pourrait prendre le président ?
    Nous sommes en pleine découverte des fosses communes à Uvira et dans tous les territoires que le M23 avec Joseph Kabila ont fréquentés. Ce n'est pas dans ces conditions et comme cela que les choses vont être réglées. Ce n'est pas en se comportant ainsi que la paix va revenir au Congo.
    Donc, pas de mesure de clémence envisagée pour Joseph Kabila ?
    J'imagine que c'est l'une des insultes que nous ne devons plus continuer d'administrer à la mémoire de nos morts.
    Et les leaders du FCC qui sont en prison depuis l'an dernier : Aubin Minaku, Emmanuel Ramazani Shadary, Dunia Kilanga et plusieurs autres. Ne serait-il pas temps de faire un geste à leur égard ?
    Je crois qu'un geste a été posé parce que j'ai appris qu'ils ont été placés devant le parquet qui les poursuit pour des faits que j'ignore, bien évidemment. C'est la meilleure des choses qu'un prévenu puisse avoir, celle de se présenter devant un juge qui va l'entendre. C'est de cette façon qu'il faut trouver une solution au problème.
    Au lendemain de l'adresse à la nation du président Félix Tshisekedi, l'opposition de la coalition C64 a dit qu'elle n'irait pas au dialogue national dans les conditions proposées par le pouvoir. Un compromis est-il possible ?
    Faut-il que je vous explique que le dialogue n'est pas une institution au Congo ? Il n'y a pas dans notre constitution une institution qui s'appelle dialogue. Si un dialogue est convoqué, il faut le situer dans les compétences du président de la République, agissant comme chef de l'État, parce qu'il est le garant du bon fonctionnement des institutions, mais aussi l'arbitre. C'est de cette façon qu'il appartient à lui seul, l'arbitre, de définir les conditions de déroulement d'un dialogue, et non à l'opposition, à ceux qui ont perdu les élections, de venir fixer leurs conditions.
    L'une des causes de la grande méfiance de l'opposition à l'égard de ce dialogue national, c'est la volonté de nombreux cadres de la majorité de changer la Constitution pour permettre à Félix Tshisekedi de briguer en 2028 un troisième mandat. Où en êtes-vous de ce projet ?
    Cette volonté qui peut être exprimée est un droit pour tout Congolais d'imaginer que son texte fondamental peut être changé. Changer la Constitution ou la modifier, c'est une fonctionnalité souveraine de tout peuple qui se gouverne. Il s'agira de voir si, au moment venu, cette décision sera prise. Il appartiendra au seul peuple congolais de décider s'il change sa constitution ou pas, comme cela s'est fait ici en France et ailleurs. Nous pensons que ce n'est pas pour cela que l'opposition tente de boycotter le dialogue. Vous savez pourquoi l'opposition tente de boycotter le dialogue ? Parce que le porte-parole de l'opposition, Jean-Marc Kabund, vous l'avez écouté – pas seulement lui, tous les leaders de l'opposition –, ont fait savoir que le dialogue avait pour finalité de partager le pouvoir et de leur permettre d'entrer dans les institutions. Le fait que le président Félix Tshisekedi ait fermé cette porte en disant que le dialogue n'avait pas pour rôle de remettre en question des institutions républicaines et démocratiquement élues les a refroidis. Comment pouvez-vous imaginer que des personnes qui sont allées aux élections, j'en connais qui ont concouru avec moi dans ma circonscription, qui n'ont pas atteint 1 000 voix, viennent prétendre qu'elles doivent accéder aux fonctions du gouvernement, tout simplement parce qu'elles ont parlé sur une chaîne de télévision, et cela au détriment de notre peuple ? Cette porte fermée a verrouillé le principal objectif que l'opposition suivait en réclamant le dialogue, l'entrée dans des institutions. À partir du moment où on leur dit qu'il n'est pas question de partager le pouvoir au dialogue, il n'y a plus d'intérêt pour l'opposition.
    Vous confirmez qu'il va y avoir changement de constitution par référendum ?
    Si notre peuple le décide ainsi parce qu'il en a le pouvoir, on va changer la Constitution.
    Ce qui permettra notamment à Félix Tshisekedi de briguer un troisième mandat ?
    Mais si telle est la volonté de ce peuple qui est le seul souverain, comme la Constitution le prévoit, si c'est le peuple qui décide ainsi, vous et moi, qui sommes-nous pour l'en entraver ?
    Pour organiser ce référendum, il faut que le Parlement adopte la proposition de loi Ngondankoy. À quand l'adoption de cette proposition ?
    La loi a déjà été adoptée. Elle a été transmise au chef de l'État pour promulgation. Le chef de l'État, en vertu des pouvoirs et compétences qu'il tient de la Constitution, a souhaité avoir la compréhension ou l'avis de la Cour sur la conformité de la loi à la Constitution par rapport aux débats que cette loi avait soulevés. La Cour a déclaré que la loi est conforme à la Constitution, moyennant quelques réserves qui sont des observations d'interprétation et de compréhension, et la loi est retournée au Parlement pour uniformiser cela, afin que le Parlement puisse conformer la compréhension de certaines dispositions à l'interprétation que la Cour en a donnée. Voilà. À quel niveau se trouve la procédure ? Cela est intervenu pendant que le Parlement était en vacances. Il reprend le 15 septembre et donc les procédures vont continuer.
    L'adoption de la deuxième lecture, c'est donc pour le 15 septembre ?
    C'est pour la session de septembre. La session est de trois mois. Elle est essentiellement budgétaire. Et parce qu'il y a une loi qui a été retournée pour cette seconde lecture, elle est foncièrement une priorité. Nous allons nous y atteler.
    Ce sera dans la deuxième quinzaine de septembre ?
    Cela dépendra du calendrier du Parlement et des priorités qui vont être accordées à tout ce que nous avons comme charge pendant cette session.
    Le secrétaire général de l'UDPS, votre camarade Augustin Kabuya, vient de déclarer que « pour que Félix Tshisekedi quitte le pouvoir, il faut que Paul Kagame le quitte d'abord ».
    Vous savez qu'il y a au Congo un président démocratiquement élu, c'est différent du Rwanda. Un président dont le mandat a été interrompu par cette barbarie diligentée par un État étranger, le Rwanda. Lorsque le secrétaire général dit cela, il n'interprète pas autrement la constitution de la République. Il veut tout simplement signifier que l'on n'éjecte pas le capitaine lorsque le bateau est attaqué.
    Si un compromis n'est pas trouvé sur ce dialogue national et si le pouvoir continue de vouloir changer la Constitution, l'opposition annonce une manifestation à Kinshasa le 15 septembre. Au vu de la répression brutale de la manifestation du 12 juin – il y a eu plusieurs blessés, l'ONU parle même d'un mort –, ne craignez-vous pas de nouvelles violences ?
    D'abord, tout cela est faux. Je ne sais pas de quelle ONU vous parlez. Qui parle de morts ? Il y a des personnes qui se sont organisées parce qu'elles ne représentent plus rien dans un pays où, de plus en plus, le peuple croit en son chef qui réalise des choses extraordinaires : écoles, routes, universités, électricité, eau, et ce dont le peuple a besoin. Dans ce contexte, une opposition dont la voix ne porte plus n'avait besoin que de monter de tels scénarios pour tenter de s'attirer l'intérêt ou l'attention de l'étranger. Il n'y a jamais eu de répression brutale d'une manifestation en RDC sous le président Félix Tshisekedi, et nous avons rassuré l'opposition : la liberté de manifester dans un État démocratique comme le Congo est absolument garantie. Donc l'opposition va se mobiliser pour marcher. Il arrivera notre tour à nous de mobiliser pour soutenir les politiques publiques menées par le président de la République. C'est cela la démocratie. L'opposition n'est pas interdite de manifester.
    En 2016, quand le président Joseph Kabila a décidé de rester au pouvoir au-delà du terme de son deuxième mandat, l'opposition – dont vous-même, Monsieur Tshilumbayi Musawu, l'Église catholique aussi… – est descendue massivement dans la rue, Il y a eu plusieurs dizaines de morts et finalement le pouvoir de l'époque a reculé. Ne craignez-vous pas que le même scénario se reproduise ?
    Il faut faire la différence. Nous sommes en 2016, fin de mandat. Il y a un président qui n'a pas organisé les élections, qui ne justifie cela par rien. Il n'y a pas de guerre au pays, il n'y a rien qui empêche qu'il organise les élections. Il décide de ne pas les organiser, de rester au pouvoir. C'est différent d'un président élu démocratiquement en plein mandat électif démocratique. Ceux qui ont perdu les élections choisissent soit de prendre les armes pour l'empêcher de gouverner, soit de faire du bruit pour s'inviter dans la gouvernance par ce qu'ils appellent le partage du pouvoir. C'est différent. Deuxième chose, lorsque le président Joseph Kabila dit qu'il change la Constitution, il fait des subterfuges autour de la loi électorale pour procéder à un changement subtil. La Constitution ne fait nullement allusion au peuple souverain qui en a le pouvoir. Je vous ai rappelé, le président de la République l'a dit à maintes reprises, qu'une telle hypothèse ne peut être envisagée que si le seul peuple congolais est consulté par référendum. Il n'y a pas de comparaison – ou tout simplement la comparaison s'arrête là – lorsqu'il faut parler des manœuvres du président Kabila et de ce qui se fait aujourd'hui.
     
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  • Le grand invité Afrique

    Frédérique Cifuentes: «Le textile permet d'exprimer la richesse culturelle du Soudan, comme la poésie»

    05/09/2026
    Au Soudan, et précisément à Khartoum, dans les années 2000, elle a entrepris un projet photographique, avec une recherche consacrée aux vestiges de la culture cinématographique et aux traces d'une scène du cinéma autrefois florissante. Frédérique Cifuentes, photographe, réalisatrice et commissaire d’expositions, revisite ses archives et en ressort des œuvres imprimées sur textile exposées à l'Institut Goethe à Paris, à l'occasion de la deuxième rencontre du cinéma soudanais.
    RFI : Vous exposez des photos que vous avez prises à Khartoum au Festival du film soudanais à Paris. Pour l'occasion, vous avez choisi de présenter des clichés imprimés cette fois-ci sur des tissus. Comment l'idée vous est-elle venue ?
    Frédérique Cifuentes : La série photo originale que j'ai commencée en 2004, 2005, 2006, à Khartoum, je l'ai déjà présentée. Je voulais présenter les tirages de l'époque d'une autre manière. Depuis à peu près deux ans, je commence à travailler la photo à travers le textile et pas seulement la photo, mais les archives photographiques.
    Dans ces tirages, vous faites référence à deux films présentés dans le cadre de ce festival, à savoir The Dislocation of Amber de Hussein Shariffe (1975) et Tajouj de Gadalla Gubara (1977). Il y a des paroles sur les photos, de la poésie ?
    Il y a beaucoup de symbolique sur les panneaux réalisés en référence à ces deux films. Par exemple, pour Tajouj, j'ai pris une partie d'un dialogue en arabe. Tous les appliqués qui reproduisent les dialogues des films ou la poésie qui est récitée dans The Dislocation of Amber, je les ai donc écrits en arabe. Pour Tajouj, j'ai repris un dialogue qui dit : « Nous voyons la beauté du monde à travers ces yeux. » Et ça fait référence aux yeux de Tajouj, qui est l'héroïne du film et qui est une actrice magnifique qui, effectivement, nous fait voir le monde à travers un prisme de la beauté et montre la richesse du pays. En ce qui concerne Dislocation of Amber, c'est un film conceptuel dans lequel il n'y a pas de dialogues, mais un poème du poète soufi du 13e siècle Ibn Al Farid est récité tout au long du film.
    Qu'est-ce qui a déclenché l'idée d'aller filmer ces cinémas en plein air à Khartoum ?
    Je suis allée pour la première fois au Soudan en 2002 pour un festival soufi, complètement par hasard. J'ai été subjuguée par la beauté du pays, les gens. Venant de France, de Paris, je n'avais jamais vu une luminosité aussi incroyable et une telle richesse culturelle magnifique. J'ai été happée par (la culture soufie) et j'y suis retournée. J'ai continué à faire des recherches sur les soufis pendant plusieurs années. Et puis je me suis aussi intéressée à l'architecture coloniale de Khartoum. Khartoum a été traversée par plusieurs vagues de colonisation. Il y a eu les Turcs, les Anglais à l'époque coloniale britannique ; il y a eu une série de constructions de cinémas en plein air. J'ai rencontré ensuite le cinéaste Gadalla Gubara, un pionnier du cinéma en Afrique et au Soudan. Cela a été aussi un grand projet à long terme que j'ai réalisé. Et puis j'avais envie de le réinterpréter, de le redécouvrir d'une autre façon. Et pourquoi pas le textile? Parce que finalement, avec le textile, on peut explorer d'autres possibilités qui peuvent aider à exprimer d'autres choses et apporter d'autres éléments de la richesse culturelle du Soudan, comme la poésie.
    Vous parlez de la fragilité des textiles et aussi de ces lieux dont on ne sait pas aujourd'hui ce qu'ils deviennent.
    Effectivement, la fragilité, on peut la percevoir à travers ces formes de tissu. C'est comme un puzzle qui est démantelé. Et cela peut effectivement faire référence au patrimoine architectural du Soudan, qui est certainement maintenant anéanti à cause de la guerre. Mais ce n'est pas parce que physiquement, on ne voit plus les bâtiments que l'âme des bâtiments n'existe plus. C'est aussi cela que je voulais mettre en valeur à travers ce travail. C'est montrer que cela a existé et cela continue à exister dans la mémoire des gens, que cela continue à exister surtout dans le ressenti et les émotions.
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Sobre Le grand invité Afrique
Du lundi au samedi, Christophe Boisbouvier reçoit un acteur de l'actualité africaine, chef d'État ou rebelle, footballeur ou avocate... Le grand invité Afrique, c'est parfois polémique, mais ce n'est jamais langue de bois.
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