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Revue de presse Afrique

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    À la Une: Éthiopie, inquiétude autour de la situation au Tigré

    24/09/2026
    Après la prise de l'aéroport de Mekele et de plusieurs autres aéroports par les forces de défense du Tigré, le journal Libération, à Paris, livre une analyse de la situation.
    Libé cite un chercheur de l'université de Mekele. Pour lui, la prise des aéroports vise à « rompre le lien aérien entre Addis-Abeba et le Tigré », et traduit « une volonté d'aller vers une confrontation ouverte afin de provoquer une intervention internationale ».
    L'escalade couvait depuis plusieurs mois, rappelle Libération, qui esquisse les scénarios possibles désormais : « Addis-Abeba pourrait répondre par de nouvelles frappes, une rupture des circuits financiers ou un blocus du Tigré, comme pendant la première guerre. »
    Mais le journal considère qu'une reconquête terrestre des aéroports précipiterait la région dans un conflit ouvert. Et de citer à nouveau l'universitaire de Mekele : « L'Éthiopie se trouve au bord d'une guerre de grande ampleur. L'escalade des dernières 24 heures, selon lui, marque le passage d'une "paix froide" à "une guerre active sur plusieurs fronts", où "l'espace réservé à la diplomatie a pratiquement disparu". »
    Dans la foulée des révélations du Deportation Project
    Révélations auxquelles RFI est associée et que vous découvrez sur notre antenne depuis lundi. Ce nouveau témoignage : « Le regard perdu dans le vide, Carlos Telles Sanchez pense à son fils de cinq mois, resté aux États-Unis. Il ne l'a encore jamais vu. » À Paris, Le Monde raconte l'histoire de ce Vénézuélien qui avait fui son pays en 2021 et qui s'était installé à Dallas, au Texas, où il travaillait dans une concession automobile. Jusqu'au 20 août dernier, où il est arrêté par l'ICE, la police de l'immigration, alors qu'il est juste allé accomplir une tâche administrative.
    Et voilà Carlos Telles Sanchez expulsé vers le Liberia. « J'ai d'abord pensé que c'était le nom d'un autre État américain », raconte-t-il. « Le vol a été un véritable cauchemar. Nous avons été traités comme des criminels. » Aujourd'hui, il est logé dans un hôtel de Marshall, une petite ville côtière située à une cinquantaine de kilomètres de Monrovia, la capitale. 
    Le Monde rapporte que le Liberia s'est engagé à accueillir jusqu'à 1 200 personnes expulsées des États-Unis au cours des douze prochains mois. Selon The New York Times, Washington aurait accepté de verser 5 millions de dollars au Liberia en échange de la prise en charge des migrants expulsés. 
    Au Sénégal, les pannes de courant à répétition sont encore dans la presse ce matin
    Un compteur électrique, une bougie et le président Bassirou Diomaye Faye, c'est le photomontage à la Une de WalfQuotidien, à Dakar, ce matin. Et ce titre : « Coupures intempestives d'électricité : Diomaye face au tombeur de Diouf et Wade ». 
    Le journal a interrogé un analyste qui rappelle deux épisodes anciens. 1998, la grève du syndicat Sutelec qui plonge le Sénégal dans une crise de l'électricité. Cette crise, sans doute l'un des éléments déclencheurs du départ d'Abdou Diouf, estime l'analyste, qui rappelle ensuite l'épisode de 2009. Nouvelle crise de l'électricité qui conduira au plan Takkal du président Abdoulaye Wade, une importante restructuration du secteur énergétique. Mais notre analyste estime que, malgré cette réforme, les manifestants de juin 2011 à Dakar protestaient aussi contre les coupures de courant. Les délestages actuels peuvent être très préjudiciables pour le régime lors des prochaines élections, conclut l'article de Walf. 
    À la veille de l'arrivée du pape en France
    Cet article est à découvrir sur le site The Conversation : « Ce que les prêtres africains en France révèlent des reconfigurations du catholicisme ». Le site souligne qu'en France, cette année, ce sont 84 nouveaux prêtres qui seront ordonnés. Une baisse constante. En 1960, le pays comptait 65 000 prêtres ; aujourd'hui, il en reste environ 12 000 et 20 % d'entre eux viennent de l'étranger, dont l'écrasante majorité d'Afrique, République démocratique du Congo, Congo-Brazzaville, Bénin, Cameroun, Madagascar, Burkina Faso et Côte d'Ivoire en tête. Le catholicisme français, longtemps émetteur missionnaire, est devenu un espace récepteur, écrit The Conversation.
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    À la Une: l’Afrique à l’ONU, la portion congrue

    23/09/2026
    « Rétablir la confiance et gérer la transformation » : c’est le thème officiel de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies qui s’est ouverte hier mardi à New York.
    « Et l’Afrique dans tout ça ? », s’interroge L’Observateur Paalga au Burkina Faso. « L’ONU joue un rôle central mais complexe en Afrique, où se concentrent une grande partie de ses opérations de paix, de ses défis humanitaires et de ses programmes de développement. Certes, des pays comme le Lesotho, le Botswana et autres, sont censés avoir la même voix que les États-Unis ou encore la France… Mais en réalité, pointe le quotidien burkinabé, la tribune des Nations unies, bien que prestigieuse, permet à nos chefs d’État de s’écouter parler, souvent dans des salles vides. Ce ne sont pourtant pas les difficultés, les problèmes endémiques qui manquent sur le continent. Une guerre succédant à une autre, et aujourd’hui du Sahel à l’est du Congo, en passant par le Soudan, le Soudan du Sud… de nombreux pays sont désorganisés, en raison de conflits qui perdurent, sans que la fameuse Communauté dite internationale ne puisse y faire grand-chose ».
    Faut pas rêver…
    Le quotidien Aujourd’hui, toujours à Ouaga, renchérit : « Les questions de sécurité et de guerre en RDC, au Soudan, ou encore au Sahel, le problème de la dette et de la justice financière internationale seront aussi dans les discours de nos princes. Pour quels résultats ? Faut pas rêver ! », s’exclame le quotidien ouagalais. « Si l’Afrique est courtisée et est devenue le lieu d’une intense guerre géopolitique, c’est que les puissants de ce monde savent que c’est le continent de l’avenir pour sa jeunesse face à des pays anémiés démographiquement, mais aussi pour ses richesses en sous-sol. Ce sera donc le lieu de tenir des postures de fermeté, estime Aujourd’hui, face aux grands de ce monde dont les règles de coopération suivent le curseur de leurs intérêts : "dis-moi quelles richesses sont enfouies dans ton sous-sol et je te dirai quel genre de partenariat nous ferons". Les discours des Africains devront être de cette tonalité : "Respectez-nous et traitons d’égal à égal" ».
    Le beau discours de Guterres…
    C’était le sens d’ailleurs de l’intervention du secrétaire général de l’ONU lors du récent forum Unstoppable Africa 2026 à New York : « Antonio Guterres en effet a appelé à un changement de modèle dans les relations économiques avec l’Afrique, relève Afrik.com. (…) "Nous devons passer de faire des affaires en Afrique à faire des affaires avec l’Afrique", a-t-il déclaré devant des responsables politiques, investisseurs et dirigeants d’entreprises. Le secrétaire général de l’ONU a plaidé pour davantage de transformation locale des ressources, d’investissements et de partenariats. Objectif : permettre au continent de conserver une plus grande part de la valeur créée. Antonio Guterres a ainsi souligné l’importance croissante de l’Afrique dans l’économie mondiale, relève encore Afrik.com. Il a notamment cité un marché évalué à environ 3 000 milliards de dollars, ainsi que la présence de l’Afrique sur près de 30 % des ressources minérales mondiales et environ 60 % du potentiel solaire de la planète. Le secrétaire général de l’ONU a également mis en avant la progression de la population active africaine, qui constitue l’un des principaux moteurs démographiques de la prochaine période ».
    Mieux se faire entendre…
    Voilà pour les paroles, reste à passer aux actes… C’était le sens, remarque le site Africa News, du discours du président kenyan William Ruto, qui a appelé, en marge du sommet onusien, à « repenser les partenariats internationaux avec l’Afrique et à mieux mobiliser les ressources dont dispose le continent : "la question, a-t-il dit, n’est plus seulement de savoir combien d’argent nos partenaires peuvent apporter à l’Afrique. La vraie question, c’est : comment pouvons-nous mobiliser les ressources que l’Afrique possède déjà ? Cela suppose de repenser notre conception du partenariat international" ».
    Déjà, un premier pas serait que l’Afrique puisse mieux se faire entendre… En effet, rappelle le site marocain Atalayar : « Paradoxe du multilatéralisme contemporain : l’Afrique concentre plus de 60 % des débats et des mandats opérationnels du Conseil de sécurité de l’ONU, mais ne dispose d’aucun siège permanent au sein de son instance décisionnelle ».
    Et depuis des années, l’Union africaine réclame « au moins deux sièges permanents dotés de toutes les prérogatives — y compris le droit de veto — ainsi que de cinq sièges non permanents ». Et pour l’instant, rien n’a bougé.
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    À la Une: au Cameroun, l’affaire des lunettes du ministre de l’Économie

    22/09/2026
    Une affaire de lunettes perdues et quatre journalistes qui se retrouvent en garde à vue pendant cinq jours, accusés de vol… L’affaire se déroule au Cameroun. Et ce qui n’était au départ qu’un écho sur les réseaux sociaux s’est répandu dans nombre de médias camerounais et au-delà.
    Tout commence le 16 septembre, raconte CamerounWeb, au Palais des Congrès de Yaoundé : « Quatre journalistes se déplacent pour couvrir la clôture d’une cérémonie officielle de la Banque islamique de développement, présidée par le ministre de l’Économie, Alamine Ousmane Mey. Mais au lieu de repartir avec leurs notes, leurs enregistrements, leurs reportages, les quatre journalistes repartent menottés. Le motif de cette arrestation ? Une suspicion de vol portant sur les lunettes du ministre… Parce que cet accessoire manque à l’appel, s’exclame Cameroun Web, quatre professionnels de l’information sont brutalement interpellés, transférés au commissariat du 10e arrondissement de Bastos, puis jetés dans les cellules du commissariat central N°1 de Yaoundé. »
    De rebondissements en rebondissements
    Le site Le Bled Parle, autre site d’information camerounais, raconte la suite : « Le lendemain de l’arrestation, un premier rebondissement intervient : les lunettes recherchées sont retrouvées intactes à l’intérieur du véhicule personnel du ministre. Cette découverte écarte donc le soupçon initial de vol, mais ne met pas pour autant un terme à la procédure. Le dossier prend alors une nouvelle orientation. Deuxième rebondissement : les enquêteurs évoquent désormais une suspicion d’"intrusion non autorisée" dans une réunion tenue à huis-clos au Palais des Congrès. Le parquet ordonne alors des investigations complémentaires et le maintien en détention des quatre journalistes. » Maintien en détention qui durera tout le week-end… Finalement, pointe Le Bled Parle, hier lundi, ils sont libérés. « Aucune charge n’a été retenue contre eux et aucune infraction n’a été caractérisée à l’issue des investigations. »
    La liberté de la presse au Cameroun « sous pression »
    Le site Camer s’insurge : « Pourquoi quatre professionnels identifiés, exerçant leur métier, ont-ils été traités comme des suspects pendant cinq jours ? Le premier grief, la disparition des lunettes, n’a pas résisté à 24 heures d’enquête. Les lunettes étaient dans la voiture du ministre. Personne ne les avait volées. Le second grief, l'"intrusion non autorisée" dans une réunion à huis clos, ne tient pas. Le Palais des congrès de Yaoundé est un espace public. La cérémonie de clôture des Journées de la BID était un événement officiel. Des journalistes y étaient présents pour la couvrir. »
    Bref, s’interroge Camer : « Une question reste ouverte : combien coûte une paire de lunettes au Cameroun ? Pour ces quatre-là, elle a coûté cinq jours de liberté. »
    Camer qui rappelle que « la liberté de la presse est sous pression au Cameroun : cette année, Reporters sans frontières a classé le Cameroun à la 133e place mondiale pour la liberté de la presse, contre la 131e en 2025. Le pays recule. RSF qui note que le Cameroun, malgré l’un des paysages médiatiques les plus riches d’Afrique, reste "l’un des pays les plus dangereux du continent pour les journalistes" ».
    Et on revient à Cameroun Web qui renchérit : « Cette affaire jette une lumière cruelle sur la vulnérabilité quotidienne des journalistes au Cameroun. En jetant des reporters en prison pour un soupçon aussi grotesque et sans le moindre mandat, la police ne cherche pas seulement des lunettes : elle aveugle la liberté d’informer. Elle envoie un signal terrifiant à toute une profession : celui que n’importe quel prétexte, aussi dérisoire soit-il, peut servir à museler, humilier et emprisonner un journaliste. »
    Le « Lunettesgate »
    Cette affaire des lunettes du ministre a largement débordé les frontières camerounaises. On en parle au Gabon, au Bénin, et au Burkina Faso, où la presse locale, jamais avare de commentaires, en fait ses choux gras. « Une affaire biscornue aussi rocambolesque qu'hilarante », s’exclame le Faso.net.
    « Chiffonnée aux entournures et en colère, on ne le serait à moins, s’exclame Aujourd’hui, la corporation est vent debout contre cet opprobre jeté à la profession. Ce "Lunettesgate" au Cameroun qui a envahi la toile n’en demeure pas moins un indicateur, affirme le site burkinabè : les journalistes côtoient le pouvoir, mais risquent à tout moment d’être pris à partie (…). Ce "Lunettesgate" souligne que les journalistes camerounais doivent avoir le dos large pour être prêts à encaisser les désidératas des puissants. »
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    À la Une: l’offensive des jihadistes dans le centre du Mali

    21/09/2026
    « Six pick-up et dix motos, plus de deux cents fusils d’assaut Kalachnikov, une cinquantaine de mitrailleuses lourdes, une dizaine de lance-roquettes, plusieurs mortiers, d’innombrables caisses de munitions… Dans des images de propagande, relève Le Monde Afrique, diffusées en fin de semaine dernière, le GSIM, le Groupe de soutien de l’islam et des musulmans, la franchise sahélienne d’al-Qaida, a étalé l’impressionnant butin qu’il a saisi une semaine plus tôt dans le camp militaire de Dioura. De quoi équiper des centaines de ses combattants et lancer de nouvelles attaques dans les semaines à venir. Celle menée par les jihadistes le 10 septembre dernier contre cette place forte des FAMa, les Forces armées maliennes, dans le centre du pays, déjà ciblée à plusieurs reprises par le passé, a été la plus meurtrière, constate encore Le Monde Afrique, depuis leur offensive d’ampleur du 25 avril, lancée conjointement avec les indépendantistes à dominante touareg du Front de libération de l’Azawad. L’armée malienne a reconnu l’assaut contre son camp à Dioura et affirmé avoir mené des frappes de riposte dans la zone, mais n’a pas communiqué le nombre de victimes dans ses rangs ». 
    Au moins 100 morts dans les rangs des FAMa et plus de 80 prisonniers
    Selon une dépêche de l’Agence France Presse, qui s’appuie sur des sources militaires, sécuritaire et locale, dépêche reprise notamment par Le Monde Afrique : « au moins 100 militaires maliens et cinq paramilitaires russes de l’Africa Corps ont été tués, et plus de 80 ont été faits prisonniers, le 10 septembre lors de cette attaque jihadiste d’ampleur contre le camp militaire de Dioura. Une source sécuritaire à Mopti s’exprimant sous couvert d’anonymat en raison du contexte précise : "les soldats ont manqué de soutien aérien, beaucoup en étaient à leur premier déploiement sur le terrain". »
    Contre-attaques et opérations d’évacuation
    Pour sa part, la presse malienne, notamment Sahel Tribune, Maliweb et Bamada, reprend un communiqué de l’état-major des FAMa daté de samedi dernier, communiqué qui annonce que « les unités engagées dans le secteur de Dioura ont poursuivi ce jour-là des frappes ciblées contre des positions ennemies résiduelles aux abords de la garnison militaire et dans la périphérie de la ville, infligeant de lourdes pertes humaines et matérielles aux groupes terroristes et contribuant à désorganiser leur dispositif ».
    L’état-major malien affirme également qu’une « opération aéroterrestre d’envergure, combinant actions offensives et rotations d’hélicoptères de transport, a permis l’évacuation des deux compagnies des FAMa qui ont tenu la garnison de manière héroïque, malgré des conditions d’engagement qualifiées de difficiles ».
    Et surtout, fait rare : l’état-major malien reconnait des pertes : « cette opération, engagée depuis plus d’une semaine, a coûté la vie à plusieurs soldats maliens, tout en infligeant des pertes importantes aux assaillants ». L’état-major malien n’annonce aucun chiffre.
    Objectif Bamako ?
    Pour Le Matin d’Algérie, « la démonstration est brutale : malgré le renforcement des FAMa et l’appui de l’Africa Corps russe, le cœur du dispositif sécuritaire malien reste vulnérable. (…) La stratégie du GSIM, pointe le quotidien algérien, semble évoluer vers une combinaison de pression militaire, d’étranglement logistique et de harcèlement des centres de pouvoir. Après les offensives autour de Bamako au printemps, le groupe avait déjà cherché à perturber l’approvisionnement de la capitale en carburant. Le précédent blocus des axes routiers avait provoqué de graves pénuries et montré que les jihadistes pouvaient exercer une pression économique sur Bamako sans avoir besoin de conquérir la capitale. La nouvelle séquence est différente, donc, relève Le Matin d’Algérie. Elle vise directement les infrastructures militaires. Dioura, mais aussi Konna, Sévaré, Kasséla : les cibles dessinent une géographie inquiétante. Le centre du pays est attaqué, les capacités aériennes sont ciblées et les abords de Bamako sont de nouveau atteints. (…) Le paradoxe est désormais difficile à masquer, pointe encore le quotidien algérien : plus la junte concentre son appareil sécuritaire autour des centres de pouvoir, plus les groupes armés peuvent chercher à frapper ailleurs, puis à revenir aux portes de Bamako. Mais qui va arrêter les terroristes du GSIM ? La voie vers Bamako se précise ».
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    À la Une: l’espace médiatique se rétrécit en Guinée

    18/09/2026
    « De la mise en demeure au bannissement », constate Ledjely à Conakry. « La HAC, la Haute Autorité de la Communication, a ordonné hier l’interdiction totale et immédiate de diffusion de la chaîne de télévision France 24 “par tout vecteur technique“ : satellite, câble, applications mobiles, sites internet et réseaux sociaux. Une sanction radicale, pointe le site guinéen, sans précédent pour un média international depuis l’arrivée de Mamadi Doumbouya à la magistrature suprême et qui n’est pas tombée sans avertissement : la veille, le régulateur avait d’abord adressé une mise en demeure à la chaîne, avant de durcir le ton faute de réaction jugée satisfaisante. »
    « Tout est parti, précise Ledjely, d’une séquence diffusée le 15 septembre, dans laquelle un présentateur de France 24 avait qualifié Mamadi Doumbouya de “président putschiste“. Dès le lendemain, la HAC a donc franchi un premier palier : une mise en demeure formelle reprochant à la chaîne l’emploi d’un “qualificatif inapproprié“ pour désigner le chef de l’État. Le régulateur estimait que cette qualification n’avait plus lieu d’être depuis l’élection présidentielle du 28 décembre 2025 et la prestation de serment du président guinéen, et exigeait des rectifications éditoriales sous peine de sanctions. C’est cette étape intermédiaire qui change toute la donne dès le lendemain, pointe encore Ledjely. La HAC affirme alors que France 24 a opposé un “refus manifeste, délibéré et caractérisé“ d’appliquer cette mise en demeure et de cesser l’usage des termes incriminés. »
    Pour sa part, France 24 affirme avoir présenté des excuses le jour même de la mise en demeure. Cette réaction n’a toutefois pas empêché la HAC de prononcer l’interdiction de la chaîne le lendemain. 
    « La légitimité de la Guinée ne se commente depuis un plateau parisien »
    À lire sur le site Média Guinée, ce commentaire de Lansana Diawara, responsable d’un organisme public d’aide sociale : « que France 24 comprenne bien une chose : la légitimité de la Guinée ne se commente pas depuis un plateau parisien, affirme-t-il. Nous sommes une nation souveraine avec un peuple libre et un président élu. Vous pouvez être en désaccord avec nos institutions, mais le désaccord ne doit pas être désagréable. Le respect que nous exigeons, ce n’est pas pour un seul homme, c’est pour le choix souverain de plus de 17 millions et demi de Guinéens. » Et Lansana Diawara conclut ainsi : « l’Afrique a ses valeurs. La Guinée a ses modèles. Et notre modèle aujourd’hui, c’est le général Mamadi Doumbouya. »
    Jeune Afrique aussi…
    « En Guinée, un mot de trop fait basculer France 24 dans l’interdit », relève pour sa part le site Afrik.com. Afrik.com qui relève que cette « décision visant France 24 intervient au lendemain d’une autre mesure prise par la HAC. L’autorité guinéenne avait annoncé le retrait immédiat de l’accréditation journalistique de Mamadou Diawo Barry, correspondant de Jeune Afrique. » Officiellement pour « manquements professionnels », sans préciser les articles incriminés.
    Jeune Afrique qui a réagi hier en estimant que cette éviction « ne reposait sur aucune imputation précise susceptible d’étayer les accusations, aussi vagues que graves, censées la justifier. » Le média panafricain « demande donc à la HAC, laquelle se dit attachée “à la liberté de la presse et au pluralisme médiatique“, de reconsidérer une décision arbitraire qui n’honore pas les principes de cette institution. »
    Les médias privés guinéens aussi…
    Outre les médias internationaux, certains médias guinéens ont également subi les foudres de la HAC ces dernières années. C’est ce que rappelle le site All Africa : « En décembre 2023, la HAC avait demandé à Canal+ de suspendre la diffusion de plusieurs médias privés guinéens. Djoma TV et Djoma FM avaient été concernés par une première décision, avant que des contenus d’Evasion TV et d’Espace TV ne soient à leur tour retirés du bouquet quelques jours plus tard. »
    « La situation s’est durcie l’année suivante, pointe encore All Africa. Les autorités guinéennes ont retiré les agréments de plusieurs médias privés, dont Espace FM, Espace TV, Sweet FM, Djoma FM, Djoma TV et FIM FM. Selon le ministère de l’Information et de la Communication, ces décisions étaient liées au “non-respect“ des cahiers des charges et aux obligations imposées aux médias en matière de traitement de l’information. »
    Enfin, ce rappel, à lire notamment dans Le Monde Afrique : « Depuis l’arrivée au pouvoir du général Doumbouya en Guinée, relève le journal, les principaux partis politiques ont été dissous, les manifestations, interdites, sont réprimées et de nombreux dissidents ont été arrêtés, condamnés, poussés à l’exil ou sont portés disparus. Ces dernières années, l’accès à Internet et aux réseaux sociaux a été restreint à plusieurs reprises. »
Sobre Revue de presse Afrique
Les commentaires des quotidiens et hebdomadaires africains sur l'actualité du continent. Présentée du lundi au jeudi par Frédéric Couteau, le vendredi et le samedi par Catherine Potet. Un regard original, souvent ironique et parfois sans complaisance sur les événements petits et grands qui font l'actualité de l’Afrique.
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