Après plus de 70 ans de présence, Air France abandonne définitivement l'aéroport de Paris-Orly ce 29 mars 2026. Derrière cette décision historique, un constat économique implacable : le modèle du transport aérien domestique ne fonctionne plus comme avant.
C’est une page qui se tourne dans l’histoire du transport aérien français. Après plus de 70 années de présence, Air France va définitivement quitter l’aéroport de Paris-Orly. Désormais, la compagnie concentrera ses opérations parisiennes sur l'aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle. Un choix loin d’être symbolique, qui répond avant tout à des impératifs économiques.
Pour bien comprendre, il faut revenir à l’organisation historique. Orly, situé au sud de Paris, accueillait principalement les vols court-courriers. À l’inverse, Roissy, au nord, s’est imposé comme le hub international du groupe, notamment grâce à ses infrastructures plus vastes, avec quatre pistes contre deux à Orly. Pendant longtemps, ce partage fonctionnait. Mais aujourd’hui, l’équilibre est rompu.
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Un marché domestique en déclin et des pertes financières massives
Depuis plus d’une décennie, le transport aérien domestique français s’essouffle. Et le phénomène s’est accéléré après la crise sanitaire du Covid. Le segment le plus rentable, la clientèle affaires, s’est effondré. En cause : la concurrence du TGV, mais aussi la généralisation du télétravail et des visioconférences. Depuis le Covid, jusqu’à 60% des voyageurs d’affaires ont disparu sur certaines lignes. Or, ce sont ces passagers qui payaient les billets les plus chers. Résultat : des avions moins remplis et des lignes de moins en moins rentables. En 2022, le court-courrier a généré près de 200 millions d’euros de pertes pour Air France.
Autrement dit, la compagnie continuait d’opérer à Orly mais en perdant de l’argent. Face à cette situation, le groupe a fait un choix stratégique clair : se recentrer sur Roissy, là où se crée la valeur. Avec environ 72 millions de passagers par an, contre deux fois moins pour Orly, l’aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle permet d’optimiser les correspondances et de rentabiliser les vols long-courriers.
Low cost, concurrence : Orly entre dans une nouvelle ère
Le départ d’Air France ne signifie pas pour autant un abandon du marché. C’est sa filiale à bas coût, Transavia, qui récupère l’essentiel des lignes. Un choix logique : le modèle low cost est bien plus adapté à ces liaisons. Grâce à des coûts d’exploitation plus faibles, des avions plus remplis et des services simplifiés, l'objectif est simple : rendre ces lignes enfin rentables. Mais ce repositionnement ouvre aussi la porte à une concurrence accrue. Des acteurs comme easyJet, déjà présents à Orly, comptent bien capter une partie des voyageurs, notamment les professionnels.
La bataille ne se jouera plus uniquement sur les prix, mais aussi sur les horaires, la ponctualité et la flexibilité. À plus long terme, la transformation est encore plus profonde. D’ici 2030, les compagnies low cost pourraient représenter plus de la moitié du trafic aérien européen. Le cas d’Air France à Orly s’inscrit donc dans une tendance globale : les grandes compagnies traditionnelles, comme Lufthansa ou British Airways, concentrent leurs efforts sur leurs hubs internationaux et délèguent le court-courrier à leurs filiales à bas coût.
Au-delà du symbole, le départ d’Air France d’Orly illustre une mutation profonde du secteur. Le transport aérien domestique, longtemps pilier des compagnies traditionnelles, est aujourd’hui fragilisé. Face à la concurrence du rail, aux nouveaux usages professionnels et à la pression des low cost, les règles du jeu ont changé. Et avec ce départ, c’est toute une époque du transport aérien français qui s’achève.
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