Wegovy, Ozempic, Mounjaro: la guerre des prix des médicaments anti-obésité est lancée
09/1/2026
Les médicaments anti-obésité rencontrent un succès croissant, notamment aux États-Unis. Dernier fait marquant : le laboratoire danois Novo Nordisk vient de lancer son traitement anti-obésité sous forme de comprimé, à un prix inédit. Une offensive tarifaire qui pourrait bien rebattre les cartes d’un marché jusqu’ici dominé par la rareté et des prix très élevés. Novo Nordisk est en forme. Et pour cause, le laboratoire danois a lancé cette semaine son traitement anti-obésité en comprimé, une première majeure sur ce marché. Plus frappant encore, ce nouveau médicament est proposé à 149 dollars par mois, un niveau de prix extrêmement bas comparé aux standards historiques du secteur. Il s’agit d’un prix d’appel pour une entrée de gamme, aujourd’hui imbattable sur ce créneau. En optant pour une formule orale, le laboratoire casse les codes d’un marché qui reposait jusqu’ici sur une logique de rareté. Or, qui dit rareté, dit prix élevés : les traitements anti-obésité se vendaient souvent au-delà de 1 000 dollars par mois. Cette ère pourrait bien toucher à sa fin. Avec cette stratégie, Novo Nordisk ouvre une nouvelle séquence concurrentielle qui remet profondément en question le modèle économique du secteur. La pilule, un changement d’usage qui bouleverse la concurrence Ce choix marque une rupture. L’adoption de la pilule supprime en effet un frein important à l’utilisation de ces traitements. Cela peut paraître anecdotique, mais c’est une réalité : la peur des piqûres constitue un obstacle pour de nombreux patients. En combinant une nouvelle forme de prise du médicament et une politique de prix agressive, Novo Nordisk bouleverse l’équilibre du marché. Désormais, la concurrence ne se joue plus seulement sur l’efficacité médicale des molécules, mais de plus en plus sur le prix et l’accessibilité. Les concurrents tentent de s’aligner. Le laboratoire américain Eli Lilly, qui commercialise notamment Zepbound, a déjà annoncé des plafonds de prix autour de 399 dollars par mois, afin de rester compétitif face à l’offensive du groupe danois, à doses équivalentes. Cette dynamique est d’autant plus forte que l’administration américaine cherche elle aussi à rendre ces traitements plus abordables, via des accords tarifaires signés avec les laboratoires, qui jouent pour l’instant le jeu de la concurrence. À lire aussiL’obésité: ni une faute, ni une fatalité Vers une banalisation des médicaments anti-obésité ? Cette baisse des prix fait émerger une question centrale : les médicaments anti-obésité sont-ils en train de se banaliser ? Pour le moment, la réponse semble être oui. Chaque laboratoire développe sa propre molécule, et cette diversité de l’offre favorise une diversification de la demande. Les analystes estiment d’ailleurs que les formes orales, donc en comprimé, pourraient représenter jusqu’à 20 % du marché mondial des médicaments anti-obésité d’ici à 2030. Reste une interrogation majeure : pourquoi proposer ces traitements à des prix plus bas alors que leur développement a coûté très cher ? La réponse est économique. Avec des prix très élevés, les marges sont fortes, mais le marché reste limité. À long terme, la croissance finit par s’essouffler. La solution consiste donc à changer d’échelle. En diversifiant l’offre et en baissant les prix, les laboratoires cherchent à toucher de nouveaux patients et à ne plus se concentrer uniquement sur le marché américain. Aux États-Unis, plus de 100 millions de personnes sont concernées par l’obésité. À l’échelle mondiale, selon l’OMS, cette situation touche une personne sur huit. La baisse des prix pourrait ainsi être compensée par un nombre bien plus élevé de patients. Mais cette stratégie reste à double tranchant. Si la compétition tarifaire ouvre la voie à une démocratisation sans précédent de la prise en charge de l’obésité, elle illustre aussi une logique spéculative et purement commerciale appliquée à un enjeu majeur de santé publique. À lire aussiEndiguer l’obésité : un enjeu de santé publique pour toute l’Europe
États-Unis: comment les droits de douane de Donald Trump peuvent faire baisser l'inflation
08/1/2026
Alors que de nombreux économistes prédisaient une flambée des prix, les droits de douane imposés par Donald Trump semblent, contre toute attente, avoir freiné l’inflation aux États-Unis. Un paradoxe économique mis en lumière par plusieurs études récentes, qui s’explique davantage par un ralentissement de l’activité que par une véritable victoire contre la hausse des prix. En théorie, le raisonnement économique est bien connu. Lorsqu’un pays impose des droits de douane élevés sur les importations, les biens venus de l’étranger deviennent plus chers. Ces hausses de coûts sont généralement répercutées sur les consommateurs, ce qui entraîne une augmentation des prix et, mécaniquement, une inflation plus forte. C’est précisément ce scénario qui était largement anticipé au printemps dernier, lorsque Donald Trump a annoncé de nouvelles surtaxes sur les importations. Pourtant, les faits ont déjoué les prévisions. L’inflation américaine n’a pas explosé. Elle reste certes élevée - autour de 3 % - mais elle n’a pas connu l’emballement redouté par de nombreux analystes. À lire aussiUn an après la réélection de Donald Trump, qui paie vraiment ses taxes douanières? Quand l’histoire économique raconte une autre réalité Face à ce constat, la Réserve fédérale de San Francisco a décidé de prendre du recul et d’analyser les données historiques. Sur près de 150 ans d’observations, aux États-Unis comme en Europe, les résultats sont clairs, bien que contre-intuitifs : les hausses de droits de douane sont souvent associées à une baisse de l’inflation. Cela ne signifie pas que les surtaxes font baisser les prix directement. En réalité, elles déclenchent d’autres mécanismes économiques. L’annonce de droits de douane élevés crée de l’incertitude : les entreprises hésitent à investir, les chaînes d’approvisionnement sont perturbées et les consommateurs deviennent plus prudents. La demande ralentit. Pour les entreprises, cela se traduit par moins d’embauches et une hausse du chômage. Les indicateurs économiques passent alors au rouge. Dans ce contexte, pour continuer à vendre, les entreprises limitent les hausses de prix, voire n’en appliquent pas du tout. Résultat : l’économie ralentit, et une économie qui ralentit est une économie où les prix augmentent moins vite. C’est précisément ce qui se produit aujourd’hui aux États-Unis. Un effet temporaire et des limites à long terme Faut-il pour autant conclure que les droits de douane sont un outil efficace contre l’inflation ? Pas si vite. Des travaux de l’Université Northwestern montrent que les droits de douane peuvent bien provoquer une légère hausse de l’inflation au départ, mais que cet effet reste temporaire. Dans l’immédiat, de nombreuses entreprises américaines ont choisi de réduire leurs marges afin d’absorber le coût des surtaxes et d’éviter de le répercuter sur les consommateurs. Le choc inflationnniste s’est donc révélé moins fort que prévu. À plus long terme, en revanche, les incertitudes demeurent. Lorsque des mesures similaires ont été appliquées dans les années 1930, le contexte économique était très différent. Aujourd’hui, le secteur manufacturier américain dépend fortement de composants importés et de chaînes de production mondialisées. Sur la durée, les entreprises finissent généralement par répercuter ces surcoûts dans leurs prix de vente. En définitive, si les droits de douane peuvent temporairement limiter la hausse des prix, ils le font au prix d’un ralentissement économique. Ils ne constituent donc pas une arme durable contre l’inflation, mais plutôt un remède aux effets secondaires lourds pour l’activité et l’emploi.
Intelligence artificielle, Fed, cryptomonnaies: les mots de l'économie en 2026
07/1/2026
À l’aube de 2026, l’économie mondiale s’organise autour de quelques mots-clés majeurs. Derrière ces termes se dessinent les grands moteurs de croissance, mais aussi les principales zones de tension qui pourraient marquer l’année à venir. L’intelligence artificielle s’impose comme l’un des moteurs les plus importants de l’économie mondiale, si ce n’est le premier. Les investissements dans le secteur explosent, se chiffrant en milliards d’euros chaque année. Les centres de données poussent à un rythme impressionnant et certaines entreprises affichent déjà des profits historiques. Un autre élément essentiel réside dans le lien étroit entre l’IA et les marchés financiers. L’intelligence artificielle soutient directement les marchés, et réciproquement, en particulier aux États-Unis. C’est précisément pour cette raison que le sujet restera scruté de très près cette année. Beaucoup craignent toutefois une bulle de l’IA. Pas une bulle comparable à celle des années 2000 avec Internet, lorsque les prix étaient largement déconnectés de la réalité, mais plutôt une bulle d’anticipations. Les profits sont bien là, mais les attentes sont immenses. Le moindre ralentissement pourrait provoquer des remous sur les marchés. Les inquiétudes portent également sur l’emploi, la consommation d’énergie et la régulation. Enfin, il faut le souligner : l’intelligence artificielle est devenue un véritable champ de bataille stratégique entre la Chine et les États-Unis. Ce rapport de force devrait encore s’intensifier en 2026. Cour suprême et Fed, deux institutions américaines au cœur du jeu Les États-Unis seront au centre de l’actualité économique mondiale à travers deux institutions clés. D’abord, la Cour suprême, qui doit se prononcer à la fin du printemps sur la légalité des droits de douane imposés par Donald Trump. Une décision défavorable remettrait en cause toute l’architecture économique qui s’est adaptée à ces mesures au cours de l’année écoulée. L’autre institution déterminante reste la Réserve fédérale américaine. Un nouveau gouverneur, proche de Donald Trump, doit prendre la tête de la Fed. Après plusieurs baisses de taux directeurs, l’institution pourrait toutefois revoir sa stratégie si l’inflation ne ralentit pas suffisamment. Une telle inflexion ne serait pas sans conséquences. Elle affecterait l’ensemble des acteurs financiers et exposerait la planète à un possible choc économique, tant le rôle de la Fed reste central dans l’équilibre des marchés mondiaux. Cryptomonnaies et or, entre innovation et refuge Autre facteur susceptible de bousculer la finance mondiale en 2026 : les cryptomonnaies. Le bitcoin, en particulier, est observé de très près par les marchés. Ses phases de baisse ont souvent précédé des corrections boursières, ce qui en fait un indicateur surveillé avec attention. La grande nouveauté réside dans les stablecoins. Ces cryptomonnaies adossées au dollar sont encouragées par les autorités américaines, car elles permettent au billet vert de se diffuser encore davantage dans le monde, sans passer par les circuits bancaires traditionnels. Les cryptomonnaies comptent désormais pleinement, car elles sont intégrées au système financier. Dans ce contexte, l’or reste également sur le devant de la scène. Le métal précieux par excellence n’est plus seulement une protection contre l’inflation : il devient un refuge face à l’instabilité généralisée. Il partage d’ailleurs ce rôle avec les cryptomonnaies. L’or, tout comme les métaux stratégiques, prend une importance croissante. Ils sont indispensables à la fois au développement de l’intelligence artificielle et à la transition énergétique. En tout état de cause, 2026 devrait être une année marquée par une certaine tension, entre opportunités financières majeures et décisions politiques susceptibles de redessiner l’équilibre économique mondial.
Royaume-Uni: le choc démographique qui menace l’économie britannique
06/1/2026
Le Royaume-Uni s’apprête à franchir un cap démographique inédit en temps de paix. Selon le dernier rapport de la Resolution Foundation, 2026 pourrait marquer le début d’une ère où le nombre de décès dépasse durablement celui des naissances. Un basculement qui, loin d’être anodin, pose de lourds défis économiques au pays. Depuis plus d’un siècle, le Royaume-Uni connaissait une croissance naturelle de sa population, avec plus de naissances que de décès. Mais cette dynamique est désormais brisée. D’après la Resolution Foundation, à partir de 2026, les Britanniques feront moins d’enfants tandis que la population continuera à vieillir. Comme ailleurs en Europe, la fécondité est passée sous le seuil de renouvellement des générations. Rien n’indique un rebond durable susceptible d’inverser la tendance. Le vieillissement est aujourd’hui suffisamment avancé pour entraîner un retournement durable de la courbe démographique. À lire aussiLa démographie ou l'enjeu économique de ces dix prochaines années Un choc aux lourdes conséquences économiques Économiquement, ce basculement change tout. Une population en âge de travailler qui stagne ou recule, c’est d’abord moins de main-d’œuvre disponible, donc moins de travailleurs. C’est aussi moins de recettes fiscales : moins de consommateurs qui paient des taxes, moins de contribuables qui financent l’État, la santé ou les retraites. À l’inverse, le vieillissement de la population entraîne une hausse mécanique des dépenses publiques, notamment en matière de santé et de pensions de retraite. Le déséquilibre devient alors structurel, fragilisant les finances publiques et le modèle social britannique. Immigration : le paradoxe britannique Face à ce changement, une piste s’impose naturellement : l’immigration. Et c’est là que réside tout le paradoxe. Au moment même où elle devient démographiquement indispensable, l’immigration est politiquement contestée et administrativement réduite. Après le Brexit, le Royaume-Uni avait connu un pic migratoire spectaculaire, avec près d’un million d’entrées par an au début des années 2020. Mais depuis deux ans, la tendance s’est nettement inversée, avec environ 200 000 personnes par an. Sous pression électorale, le gouvernement travailliste de Keir Starmer a durci les règles, notamment pour les travailleurs peu qualifiés et les demandeurs d’asile. Le message politique est clair : moins d’immigration. À lire aussiPourquoi le vieillissement de la population va faire baisser notre niveau de vie Pourtant, de nombreux secteurs britanniques dépendent fortement de la main-d’œuvre immigrée, comme la santé, l’hôtellerie-restauration, la logistique ou le bâtiment. À court terme, la baisse des effectifs crée des pénuries ; à moyen terme, elle risque de freiner la croissance. L’étude de la Resolution Foundation souligne un point clé : l’immigration offre une double solution à l’économie britannique, en augmentant à la fois la population active et les recettes fiscales. Pour le gouvernement, c’est aussi un moyen d’éviter une hausse des impôts sur le reste de la population. À défaut d’immigration et de croissance démographique, le scénario est clair : une pression fiscale accrue sur les actifs, une dégradation des services publics et un affaiblissement du contrat social. C’est tout l’enjeu mis en lumière par ce rapport. Le Royaume-Uni fait face à un dilemme stratégique majeur. Le bouleversement démographique est déjà en marche et le pays entre dans une ère où refuser l’immigration devient un choix économique et pas seulement politique.
Le pétrole vénézuélien, une richesse nationale devenue arme géopolitique
05/1/2026
L’arrestation spectaculaire du président vénézuélien Nicolas Maduro par les États-Unis a marqué les esprits. Officiellement justifiée par la lutte contre le narcotrafic, cette opération met surtout en lumière un enjeu central : le pétrole. Car derrière la crise politique, c’est bien une bataille économique et géopolitique autour de l’or noir vénézuélien qui se joue. Le Venezuela possède l’une des plus grandes réserves de pétrole au monde. Avec plus de 300 milliards de barils dans son sous-sol, le pays dépasse même des géants comme l’Arabie saoudite ou l’Iran. En théorie, Caracas devrait donc être une puissance énergétique majeure. Mais la réalité est toute autre. En pratique, le Venezuela ne produit aujourd’hui moins de 1% du pétrole mondial. Il y a pourtant vingt-cinq ans, le pays pompait plus de trois millions de barils par jour. Désormais, la production plafonne à environ 900 000 barils quotidiens. Résultat : le Venezuela est assis sur une richesse colossale sans parvenir à en tirer prospérité et stabilité. Le revenu moyen des Vénézuéliens figure désormais parmi les plus bas d’Amérique latine. Le pays manque d’électricité, de carburant, et parfois même de produits de première nécessité, alors même qu’il nage dans le pétrole. Un pétrole stratégique pour les États-Unis… par sa qualité Si le pétrole vénézuélien intéresse Washington, ce n’est pas seulement en raison de sa quantité, mais aussi – et surtout – de sa qualité. Le brut extrait au Venezuela est majoritairement lourd et extra-lourd. Il est plus coûteux à produire et plus complexe à raffiner, mais il présente un avantage décisif : il est parfaitement adapté aux raffineries américaines du golfe du Mexique. Ces raffineries ont été conçues, il y a plusieurs décennies, pour traiter ce type de pétrole. Or, depuis l’embargo imposé au Venezuela, les États-Unis ont dû se tourner massivement vers le pétrole lourd canadien, plus cher et davantage exposé aux tensions commerciales. Autrement dit, le pétrole vénézuélien n’est pas vital pour les États-Unis en volume, mais il l’est en qualité. C’est précisément à ce point de rencontre entre économie et géopolitique que s’inscrit la séquence actuelle. Chevron, la Chine et la bataille des flux pétroliers Un élément illustre particulièrement bien cette stratégie américaine: Chevron. La major est aujourd’hui la seule entreprise pétrolière américaine encore présente au Venezuela. Elle continue d’y extraire du pétrole, mais sans investir massivement ni verser d’argent à l’État vénézuélien. En réalité, Chevron se rembourse directement en barils. Cette présence permet à Washington de conserver un pied sur le terrain. Chevron maintient les compétences, les infrastructures et les réseaux, et sert surtout de levier de pression permanent sur Caracas. Le pétrole devient ainsi un véritable robinet que les États-Unis peuvent ouvrir ou fermer selon leurs intérêts politiques. Car une fois extrait, le pétrole vénézuélien prend majoritairement la direction de la Chine. Plus de 80% des barils sont exportés à bas prix via des circuits souvent opaques. La Russie et l’Iran complètent ce trio de partenaires, pour lesquels cette situation représente une aubaine énergétique et stratégique. Vu de Washington, en revanche, cela devient un problème majeur. D’où la volonté affichée par Donald Trump de poursuivre et même d’intensifier les activités de Chevron, avec la promesse d’investissements massifs pour accroître la production vénézuélienne. À court terme, les marchés pétroliers restent relativement calmes. Mais à moyen terme, le retour d’une partie du pétrole vénézuélien sur le marché légal pourrait peser sur les prix et fragiliser certains producteurs. Car au final, cette séquence le montre clairement : le pétrole vénézuélien est aujourd’hui moins une richesse nationale qu’un enjeu stratégique mondial. À lire aussiPourquoi Donald Trump lorgne-t-il à ce point le pétrole du Venezuela?