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Aujourd'hui l'économie

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  • Le démarchage téléphonique est en train de changer de modèle économique

    06/08/2026
    À partir du 11 août, une entreprise ne pourra plus appeler un consommateur sans avoir obtenu son accord préalable. Une évolution qui promet de réduire les appels commerciaux non sollicités, mais qui bouleverse aussi tout un secteur économique. Car derrière le démarchage téléphonique se cache une industrie de plusieurs milliards d'euros, dont le modèle reposait jusqu'ici sur le volume et qui va désormais devoir miser sur le consentement.
    C'est une petite révolution pour les consommateurs. Dans les prochains jours, ils devraient être beaucoup moins concernés par le démarchage téléphonique. À compter du 11 août, une entreprise ne pourra plus appeler un particulier sans son consentement préalable. Jusqu'à présent, les consommateurs devaient s'inscrire sur une liste d'opposition pour ne plus être démarchés. Cette nouvelle règle change profondément les habitudes des entreprises.
    Car le démarchage téléphonique répond à une logique économique très simple : appeler quelqu'un coûte très peu cher alors que la valeur d'une vente est souvent élevée. Si un opérateur parvient à convaincre un consommateur de changer d'abonnement téléphonique, d'assurance ou d'énergie, il peut le conserver comme client pendant plusieurs années. Chaque nouveau contrat peut ainsi rapporter plusieurs centaines, voire plusieurs milliers d'euros, alors qu'un appel ne coûte que quelques centimes. Résultat, il suffit qu'une très faible proportion des personnes appelées accepte une offre pour qu'une campagne soit rentable. Le modèle économique du démarchage repose donc avant tout sur le volume : plus une entreprise passe d'appels, plus elle augmente mécaniquement ses chances de conclure des ventes.
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    Une véritable industrie qui s'est largement développée à l'étranger
    Cette logique a donné naissance à une véritable industrie. La plupart des grandes entreprises ne réalisent pas elles-mêmes leurs campagnes de prospection. Elles les confient à des sociétés spécialisées et à des centres de contacts. Tout y est pensé pour optimiser les performances. Les appels sont composés automatiquement, les scripts commerciaux sont calibrés et peuvent s'adapter en temps réel, tandis que le nombre d'appels passés, le taux de réponse, la durée moyenne des conversations ou encore le nombre de ventes sont analysés en permanence.
    Cette recherche de productivité a aussi favorisé l'externalisation d'une partie de l'activité. Depuis une vingtaine d'années, le Maroc est devenu l'un des principaux pôles francophones des centres d'appels. D'autres plates-formes se sont également développées à Madagascar, en Tunisie ou encore au Sénégal, où les coûts salariaux sont plus faibles tout en bénéficiant d'une main-d'œuvre francophone. Au Maroc, les centres d'appels représentent aujourd'hui des dizaines de milliers d'emplois, notamment pour les jeunes diplômés. C'est pourquoi la nouvelle réglementation française est suivie avec attention : les autorités marocaines ont d'ailleurs annoncé travailler sur un plan destiné à limiter les conséquences économiques de cette réforme.
    La donnée devient plus précieuse que jamais
    Mais le véritable actif de cette industrie n'est pas le téléphone : ce sont les données. Les entreprises vivent grâce aux informations qu'elles possèdent sur leurs prospects. Leur numéro de téléphone bien sûr, mais aussi parfois leur âge, leur lieu de résidence, leurs habitudes de consommation ou encore les produits qu'ils utilisent déjà. Plus ces informations sont précises, plus les chances de vendre augmentent. L'entrée en vigueur du consentement obligatoire modifie profondément cette équation. Désormais, plus personne ne pourra être démarché sans avoir donné son accord préalable. Les immenses bases de données de numéros de téléphone perdent donc une grande partie de leur valeur lorsqu'elles ne sont pas associées à un consentement explicite.
    À l'inverse, un consommateur qui remplit volontairement un formulaire sur internet, demande à être rappelé ou accepte d'être contacté devient beaucoup plus précieux. La valeur économique ne disparaît pas. Elle se déplace. Autrement dit, les entreprises ne vont pas renoncer à vendre leurs produits par téléphone. Elles vont simplement devoir commencer par convaincre les consommateurs avant même de les appeler.
  • Présidentielle 2027: pourquoi les banques refusent-elles de financer les candidats?

    05/08/2026
    À moins d'un an de l'élection présidentielle de 2027, le financement des campagnes revient au cœur de l'actualité. Si les candidats doivent avancer plusieurs millions d'euros avant d'être remboursés par l'État, encore faut-il trouver une banque prête à leur accorder un crédit. Face aux refus de certains établissements, le gouvernement réfléchit à un nouveau mécanisme de financement afin de garantir le pluralisme démocratique tout en limitant les risques financiers.
    Lorsqu'un homme ou une femme souhaite se présenter au scrutin présidentiel, le système de financement est bien établi. Tous les candidats doivent avancer les dépenses liées à leur campagne : déplacements, meetings, affiches, équipes, communication ou encore matériel électoral. Au total, plusieurs millions d'euros sont nécessaires, des sommes qui sont le plus souvent financées grâce à un emprunt bancaire.
    L'État n'intervient qu'après l'élection. Les dépenses ne sont remboursées qu'à deux conditions : le candidat doit avoir obtenu un score suffisant et ses comptes de campagne doivent être validés par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP). Sur le papier, le mécanisme paraît rassurant. Dans les faits, il expose pourtant les banques à plusieurs incertitudes.
    Un crédit très particulier 
    Pour les établissements financiers, un prêt électoral est un crédit très particulier. Contrairement à un prêt immobilier ou à un crédit d'entreprise, il ne repose ni sur des revenus futurs ni sur des garanties patrimoniales, mais essentiellement sur un résultat électoral et sur la validation des comptes de campagne.
    Le premier risque est réputationnel. Financer un candidat peut être perçu comme un soutien politique et susciter des critiques, voire des appels au boycott de la part d'une partie de la clientèle. Le deuxième risque est électoral. Rien ne garantit qu'un candidat dépassera la barre des 5% des suffrages exprimés, seuil à partir duquel le remboursement public devient beaucoup plus important. L'élection présidentielle de 2022 en a apporté une illustration avec Valérie Pécresse, qui n'avait recueilli que 4,8% des voix, bien en deçà des attentes.
    Enfin, il existe un risque juridique. Même un candidat qui réalise un bon score peut perdre le bénéfice du remboursement si ses comptes sont rejetés. Nicolas Sarkozy en avait fait l'expérience après l'élection de 2012, à la suite de l'invalidation de ses comptes de campagne. Pour les banques, le risque de non-remboursement est donc bien réel, d'autant que les montants engagés peuvent atteindre plusieurs millions d'euros.
    Le recours aux banques étrangères relance le débat
    Face aux difficultés rencontrées auprès des banques françaises, certains partis ont cherché d'autres solutions. Le cas du Rassemblement national est le plus emblématique. En 2014, le parti avait contracté un emprunt auprès d'une banque russe. Puis, pour financer la campagne présidentielle de 2022, il s'était tourné vers un établissement hongrois. Mais cette problématique dépasse largement le seul RN. En 2017, Emmanuel Macron avait lui aussi rencontré des difficultés pour obtenir un financement bancaire. Il avait finalement dû souscrire une assurance spécifique afin de convaincre une banque de lui accorder un prêt.
    Ces exemples illustrent les difficultés croissantes rencontrées par les candidats pour financer leur campagne, quelles que soient leurs sensibilités politiques. Ils alimentent également les inquiétudes du gouvernement, qui souhaite éviter que des candidats français soient contraints de dépendre de financements étrangers.
    Un « pool » bancaire garanti par l'État à l'étude
    Pour répondre à cette difficulté, l'exécutif travaille sur une solution qui suscite déjà de nombreux débats. L'idée consiste à créer un « pool » bancaire, c'est-à-dire un consortium dans lequel plusieurs banques accorderaient collectivement les prêts aux candidats plutôt qu'un seul établissement. Ce mécanisme permettrait de répartir les risques entre les différents prêteurs. L'État pourrait également garantir une partie des pertes si un candidat n'était finalement pas remboursé, réduisant ainsi le risque financier supporté par les banques.
    L'intérêt serait double : limiter le risque économique tout en réduisant le risque d'image, puisqu'aucune banque ne financerait seule un candidat en particulier. Pour autant, le projet est encore loin d'être adopté. Plusieurs établissements restent prudents. Le Crédit Mutuel, notamment, estime qu'une garantie explicite de l'État, inscrite dans la loi, est indispensable avant toute participation à un tel dispositif.
    Au-delà de son aspect technique, ce débat est aussi profondément démocratique. Garantir l'accès au financement des campagnes est une condition du pluralisme politique. À l'inverse, l'absence de solutions françaises pourrait conduire certains candidats à rechercher des financements à l'étranger, avec le risque de raviver les soupçons d'ingérences étrangères dans la vie politique française. C'est pourquoi ce dossier dépasse largement la seule question bancaire: il touche aussi aux enjeux de souveraineté démocratique.
  • L'Australie veut faire payer les géants de la tech pour mieux rémunérer la presse

    04/08/2026
    Face à l'effondrement du modèle économique des médias, l'Australie prépare une nouvelle offensive contre les géants du numérique. Google, Meta, TikTok et d'autres plateformes pourraient être contraints de mieux rémunérer les entreprises de presse. Une réforme qui relance une question devenue centrale : qui doit financer la production de l'information à l'heure des réseaux sociaux et de l'intelligence artificielle?
    L'Australie a une nouvelle fois les géants du numérique dans son viseur. Le gouvernement australien prépare une réforme qui devrait être présentée prochainement afin de contraindre Google, Meta, TikTok et d'autres plateformes à mieux rémunérer les médias. L'objectif est clair : assurer un meilleur financement de la presse dans un contexte où les plateformes numériques occupent une place centrale dans l'accès à l'information. Le projet de loi viserait les plateformes réalisant plus de 250 millions de dollars de recettes publicitaires dans le pays. Deux options leur seraient alors proposées : conclure des accords commerciaux avec les entreprises de presse australiennes afin de rémunérer leurs contenus ou, à défaut, s'acquitter d'une taxe de 2,5% sur leurs recettes publicitaires issues de la recherche en ligne ou des réseaux sociaux.
    Selon Canberra, si les plateformes choisissent de signer des accords avec les médias, ces derniers pourraient percevoir entre 200 et 250 millions de dollars par an. En revanche, si elles refusent de négocier, la taxe pourrait rapporter entre 350 et 400 millions de dollars dès la première année d'application. Le message envoyé par le gouvernement est limpide : il préfère que cet argent bénéficie directement aux rédactions plutôt qu'aux caisses de l'État.
    Les plateformes captent la valeur économique de l'information
    Derrière cette réforme se cache une question bien plus large : qui doit payer pour produire de l'information à l'ère des réseaux sociaux ? Aujourd'hui, les plateformes numériques captent une part considérable de la publicité mondiale. Google et Meta représentent à, eux seuls, près de la moitié du marché mondial de la publicité numérique. Pour beaucoup d'internautes, l'actualité est désormais consultée via Google, Facebook, Instagram, TikTok ou encore X avant même les sites des médias. Or, si ces plateformes distribuent l'information, elles ne la produisent pas et ne financent pas le travail journalistique. Les gouvernements estiment donc qu'il existe un déséquilibre économique.
    Les plateformes attirent les utilisateurs, monétisent cette audience grâce à la publicité et concentrent une part croissante des revenus publicitaires. Dans le même temps, les entreprises de presse continuent d'investir dans la production d'une information fiable tout en récupérant une part de plus en plus faible de la valeur créée. Les géants du numérique défendent toutefois une lecture différente. Ils estiment que leur puissance de diffusion permet justement aux médias d'attirer des lecteurs vers leurs sites et qu'ils constituent donc un apport essentiel en matière d'audience.
    En Europe, les droits voisins et l'IA relancent le débat
    Cette question dépasse largement le seul cas australien. En Europe aussi, les États cherchent depuis plusieurs années à rééquilibrer les relations entre les médias et les grandes plateformes numériques. La principale réponse est venue de la directive européenne sur les droits voisins, adoptée en 2019. Celle-ci reconnaît aux éditeurs de presse un droit à rémunération lorsque leurs contenus sont réutilisés par les plateformes numériques. Mais le débat prend aujourd'hui une nouvelle dimension avec l'essor de l'intelligence artificielle générative. Les modèles développés par OpenAI, Anthropic, Google ou encore Meta sont entraînés à partir d'immenses volumes de textes disponibles sur Internet, parmi lesquels figurent des millions d'articles de presse.
    Une nouvelle interrogation apparaît alors. Si ces contenus servent à entraîner les intelligences artificielles, les médias doivent-ils également être rémunérés ? Depuis deux ans, les accords commerciaux entre certaines entreprises d'intelligence artificielle et de grands groupes de presse se multiplient. D'autres éditeurs ont, au contraire, choisi de saisir la justice, estimant que leurs contenus ont été utilisés sans autorisation. Au fond, c'est toujours le même débat qui ressurgit : à mesure que quelques grandes plateformes deviennent les principaux points de passage de l'information, de la publicité et désormais de l'intelligence artificielle, la question du partage de la valeur créée dans l'économie numérique devient plus centrale que jamais.
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  • Ray-Ban: pourquoi la succession du fondateur menace un empire de 46 milliards de dollars

    03/08/2026
    Derrière les célèbres lunettes Ray-Ban se cache un empire industriel de plusieurs dizaines de milliards d'euros. Quatre ans après la mort de son fondateur, Leonardo Del Vecchio, les héritiers d'EssilorLuxottica s'affrontent autour de la gouvernance du groupe. Une bataille familiale qui dépasse largement le secteur de l'optique et pourrait avoir des répercussions sur une partie de la finance italienne.
    Ray-Ban est l'une des marques les plus célèbres au monde. Popularisées notamment par Tom Cruise dans Top Gun, ces lunettes sont devenues une véritable icône. Mais derrière cette marque mythique se cache un gigantesque groupe européen : EssilorLuxottica. À l'origine de cet empire, l'entrepreneur italien Leonardo Del Vecchio. Tout au long de sa vie, l'homme d'affaires a construit méthodiquement Luxottica jusqu'à en faire le leader mondial de la lunette. Son intuition est simple: une paire de lunettes n'est pas seulement un objet destiné à corriger la vue, c'est aussi un accessoire de mode. Il rachète ainsi des marques prestigieuses comme Ray-Ban ou Oakley, signe des licences avec les plus grandes maisons de luxe et développe ses propres réseaux de distribution. Son objectif est clair: maîtriser toute la chaîne de valeur, de la conception des montures jusqu'au client final. En 2018, Luxottica franchit une nouvelle étape en fusionnant avec le Français Essilor, spécialiste mondial des verres correcteurs. Naît alors EssilorLuxottica, un mastodonte mondial de l'optique qui est aujourd'hui au cœur d'une bataille de succession.
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    Pourquoi les héritiers de Ray-Ban se déchirent-ils ?
    À la mort de Leonardo Del Vecchio, en 2022, sa fortune et le contrôle de la holding familiale, valorisée à près de 46 milliards d'euros, sont répartis à parts égales entre huit héritiers : ses six enfants, sa veuve et son beau-fils. Sur le papier, cette répartition paraît équitable. Dans les faits, elle complique fortement la gouvernance de l'entreprise. Avec seulement 12,5% du capital chacun, aucun héritier ne dispose d'une majorité. Toutes les décisions importantes nécessitent donc un consensus. Une situation que les spécialistes de la gouvernance résument simplement : lorsque tout le monde détient le même pouvoir, chacun possède en réalité un droit de veto.
    L'un des fils de Leonardo Del Vecchio souhaite aujourd'hui sortir de cette impasse. Son projet consiste à racheter les parts de son frère et de sa sœur pour un montant estimé à près de 10 milliards d'euros. S'il y parvient, il détiendrait 37,5% de la holding familiale. Il ne serait pas majoritaire, mais deviendrait de très loin le principal actionnaire, avec un poids suffisant pour orienter les décisions stratégiques du groupe. Mais ce plan se heurte à plusieurs obstacles. Réunir 10 milliards d'euros, même pour l'une des familles les plus riches d'Europe, est une opération complexe. Les banques impliquées réclament davantage de garanties et le conseil d'administration de la holding est lui-même divisé. Certains administrateurs refusent d'apporter leur soutien au projet, ce qui place aujourd'hui cette opération dans une impasse.
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    Pourquoi cette succession dépasse largement le marché des lunettes
    Si cette affaire familiale est suivie de près par les investisseurs, c'est parce que la holding de la famille Del Vecchio ne contrôle pas uniquement EssilorLuxottica. Elle détient également des participations importantes dans plusieurs poids lourds de la finance italienne, comme les banques UniCredit et Monte dei Paschi ou encore l'assureur Generali. Au total, son portefeuille financier est estimé à environ 16 milliards d'euros. Autrement dit, lorsque les héritiers se disputent le contrôle de cette holding, ce ne sont pas seulement les lunettes Ray-Ban qui sont concernées. Cette bataille peut également avoir des conséquences sur la gouvernance de plusieurs grands établissements financiers italiens. Au-delà du cas Del Vecchio, cette succession illustre un défi auquel seront confrontées de nombreuses entreprises familiales dans les années à venir : celui de la transmission. Construire un empire est une chose. Le transmettre en est une autre. Et c'est parfois l'épreuve la plus difficile.
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  • Pourquoi la hausse du prix de l'or pousse les Chinois à se marier plus tôt

    31/07/2026
    En Chine, l'envolée du prix de l'or ne bouleverse pas seulement les marchés financiers. Elle influence aussi le calendrier des mariages. Une étude menée par trois chercheurs chinois montre qu'une forte hausse du métal précieux incite les couples à avancer la date de leur union afin d'éviter une augmentation du coût des bijoux traditionnels. Un phénomène révélateur des liens étroits entre économie, traditions et crise démographique.
    Quel rapport entre le prix de l'or et le nombre de mariages célébrés en Chine ? À première vue, le lien peut sembler surprenant. Pourtant, une étude menée par trois chercheurs chinois, publiée récemment et fondée sur près de vingt ans de données recueillies entre 2006 et 2023, met en évidence un phénomène régulier : lorsque le prix de l'or augmente fortement, le nombre d'unions progresse également. Le sujet est d'autant plus intéressant que la Chine traverse une crise démographique majeure, où chaque mariage supplémentaire revêt une importance économique et politique considérable.
    Pour comprendre ce phénomène, il faut revenir au rôle de l'or dans les mariages chinois. Dans le pays, les bijoux en or occupent une place importante. Depuis des siècles, ils sont associés à la prospérité, au bonheur et à la longévité, et il est traditionnel d'en offrir aux jeunes mariés. Dans certaines régions du sud de la Chine, la mariée reçoit même ce que l'on appelle les « quatre pièces d'or » : un collier, un bracelet, une bague et une paire de boucles d'oreilles. Ces cadeaux sont souvent financés par les parents ou les beaux-parents. Cette double fonction, culturelle et patrimoniale, explique pourquoi les familles restent très attachées à cette tradition.
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    Une hausse du prix de l'or qui pousse les couples à anticiper leur mariage
    Résultat, lorsque le cours du métal jaune s'envole, le coût du mariage augmente lui aussi. Les économistes parlent alors d'un phénomène d'anticipation. Les futurs mariés craignent que les bijoux coûtent encore plus cher dans quelques mois. Ils préfèrent donc avancer la date de leur union plutôt que d'attendre. Le mécanisme est comparable à celui observé lorsqu'une hausse de TVA est annoncée : les consommateurs achètent leur voiture ou leur électroménager avant l'augmentation. En Chine, certains couples avancent leur mariage.
    L'année 2025 en a offert une parfaite illustration. En yuan, le prix de l'or a bondi de près de 60%, porté par les tensions géopolitiques, les achats massifs des banques centrales et le statut de valeur refuge du métal précieux. Les familles ont alors dû s'adapter. Certaines ont offert des bijoux plus légers, d'autres ont réduit leurs dépenses. Un phénomène inédit est même apparu : la location d'alliances le temps de la cérémonie ou des photos de mariage.
    La flambée de l'or reflète aussi les difficultés économiques de la Chine
    Cette hausse des prix modifie également la manière dont les Chinois achètent de l'or. Selon le World Gold Council, les achats de bijoux ont reculé d'environ un tiers l'an passé. À l'inverse, les achats de lingots et de pièces ont bondi de 35%. Autrement dit, les ménages les plus modestes renoncent parfois aux bijoux devenus trop coûteux, tandis que les plus aisés profitent de la hausse pour investir davantage dans ce qu'ils considèrent comme une valeur refuge. Cette évolution s'explique aussi par la crise immobilière que traverse la Chine. Pendant des années, la pierre était le placement privilégié des ménages. Mais avec les difficultés du secteur, beaucoup se tournent désormais vers l'or, jugé plus sûr pour protéger leur épargne.
    Pour Pékin, ce sujet dépasse donc largement celui du marché de l'or. Le pays fait face à une chute historique des mariages et des naissances. Les autorités multiplient les mesures pour encourager les unions, car elles restent aujourd'hui le principal préalable à la naissance d'enfants en Chine. L'étude montre ainsi qu'un actif financier peut influencer des décisions aussi personnelles que la date d'un mariage, illustrant la manière dont les évolutions économiques peuvent façonner les comportements des ménages jusque dans leur vie quotidienne.
Sobre Aujourd'hui l'économie
Aujourd'hui l'économie, présenté par Stéphane Geneste, vous propose un rendez-vous quotidien pour décrypter un fait marquant de l'actualité économique, du lundi au vendredi à 06h16 TU, toutes cibles.
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