Aujourd'hui l'économie
Último episódio
322 episódios
Les villes-États portuaires: Brunei, le sultanat qui ne parvenait pas à sortir du pétrole [5/5]
28/08/2026Direction Brunei, l'une des économies les plus dépendantes des hydrocarbures au monde. Le secteur représente 60 % du PIB du pays. Le micro-État, situé sur l’île de Bornéo, tente depuis des années de sortir de cette ultra-dépendance.
Le micro-État de Brunei est souvent résumé à une image d'Épinal. Celle d’un sultan, l'un des hommes les plus riches au monde, vivant dans un palais de 200 000 mètres carrés et 1 800 pièces. Depuis près d’un siècle, Brunei vit de la manne pétrolière, mais cette ultra-dépendance n’est pas sans risque alors que se dessine un monde qui devra vivre sans énergies fossiles.
Dès le début des années 2000, le sultan de Brunei a lancé un grand plan de diversification de l'économie : Vision 2035, comme l'explique la chercheuse Sophie Boisseau du Rocher du centre Asie de l’Institut français des relations internationales : « Hassanal Bolkiah a lancé des travaux autour de 2003-2004 pour réfléchir aux secteurs dans lesquels il fallait investir. Il s’agissait d’augmenter la part du secteur privé dans l’économie nationale car l’entreprise étatique Brunei Petroleum est une entreprise totalement dominante dans l’économie locale »
Brunei reste extrêmement dépendante des hydrocarbures
Malgré la volonté politique affichée, l'économie de Brunei reste dépendante du secteur des hydrocarbures, qui représente environ 60% du PIB. Parmi les marchés d’exportation du sultanat figure la Chine, à qui Brunei fournit du gaz naturel et du pétrole via son port de Muara. Depuis 2018, la gestion du port est assurée par une coentreprise contrôlée majoritairement par un groupe chinois. Pékin a fait du sultanat l’un des maillons de son gigantesque réseau des nouvelles routes de la soie. « Brunei est un sultanat situé sur l’île de Bornéo, tourné vers la mer de Chine du Sud, tourné également vers le Pacifique, qui sont deux espaces maritimes qui intéressent particulièrement les Chinois. Pékin s’est rapproché du sultanat depuis maintenant une trentaine d’années. On est là dans un processus qui devrait s’approfondir dans les prochaines années », rappelle la chercheuse Sophie Boisseau du Rocher.
À écouter aussiNouvelles routes de la soie, 10 ans après
Des relations de plus en plus fortes avec la Chine
Parmi les projets phares de cette coopération entre Brunei et la Chine : un complexe pétrochimique géant situé à 25 kilomètres du port de Muara et financé en partie par Pékin. Objectif : créer davantage de valeur ajoutée autour des hydrocarbures (pétrochimie, engrais, méthanol). Brunei reste donc dépendant, dans une région où la concurrence économique est forte. Pour la chercheuse Sophie Boisseau du Rocher du centre Asie de l’Institut français des relations internationales, « À ce jour, Brunei n’arrive évidemment pas à pouvoir s’affirmer comme un centre financier comme Singapour, voire la Malaisie. La diversification de son économie ne pourrait vraiment trouver de terrain favorable que dans le secteur des technologies de l’information et de la communication et de façon plus secondaire dans le tourisme et les services financiers ».
À lire aussiLes «petits» voisins de la «grande» Chine maritime
Avec un revenu moyen par habitant d'environ 34 000 dollars, chaque hausse des prix du pétrole rend plus difficile le virage de l'économie. Reste le changement à venir à la tête du sultanat. Hassanal Bolkiah est en effet âgé de 81 ans et détient aujourd'hui le record du plus long règne au monde.Les villes-États portuaires: Singapour, une cité-État expérimentée, mais exposée aux soubresauts mondiaux [4/5]
27/08/2026C'est l'une des rares cités-États à encore subsister au XXIe siècle. Singapour est devenu un exemple de réussite économique, avec un revenu par habitant parmi les plus élevés au monde, son architecture futuriste et son fonds souverain omnipotent. Située sur l'un des nœuds du commerce mondial, le détroit qui porte son nom, elle reste toutefois à la merci des soubresauts géopolitiques et doit constamment se réinventer. Épisode 4 de notre série sur les cités-États portuaires.
C'est un projet monumental, 40 kilomètres gagnés sur la mer, qui ne s'achèvera que dans deux décennies, c'est le nouveau port de conteneurs automatisé de Singapour. Géré par intelligence artificielle avec des grues et des systèmes de transport robotisés, il doit renforcer la place stratégique de l'île-État dans le commerce mondial, place qu'elle occupe depuis des siècles. Ce qui lui a valu bien des convoitises. Au lendemain de la déclaration d'indépendance en 1965, le père fondateur du pays, Lee Kuan Yew évoquait ainsi l'équilibre précaire de Singapour face à ses voisins : « On a besoin d'eux pour survivre, notre eau vient de Malaisie, alors nous voulons coopérer avec eux sur une base d'égalité et de justice, mais nous avons le droit de survivre et pour assurer cette survie nous devons avoir la garantie que nous ne serons pas envahis militairement ».
Singapour, la Suisse de l'Asie
Pour assurer sa survie, Singapour est devenue la Suisse de l'Asie : services financiers haut de gamme, politique fiscale ultra-compétitive, stabilité politique ainsi qu'une diplomatie discrète mais active, s'appuyant sur les grandes puissances. En mars dernier, l'actuel chef du gouvernement Lawrence Wong profitait de la réunion annuelle du forum pour l'Asie à Hainan en Chine pour transmettre quelques messages : « La Chine a franchi plusieurs étapes pour assumer de plus grandes responsabilités au niveau international, mais Singapour pense qu'elle peut jouer un rôle encore plus grand pour préserver la prospérité et la stabilité de la région. Quand nous prendrons la présidence de l'association des pays d'Asie du Sud-Est l'an prochain, nous veillerons à entretenir cette relation mais aussi à élargir les partenariats avec des acteurs clés comme les pays du Golfe ou l'Union européenne ».
Moins d'États-Unis, plus de Chine, de Golfe et d'Europe
Pas un mot des États-Unis, pourtant puissants dans la région, car la crise en cours à Ormuz a profondément inquiété Singapour, elle-même verrou entre le détroit de Malacca et la mer de Chine. Si un conflit venait à se déclencher dans la zone, l'île-État en serait la première victime, car elle gère aussi bien le ravitaillement des navires que l'accueil et la répartition des marchandises. Tout affaiblissement pourrait attiser les ambitions de ses voisins malaisien et indonésien, une menace existentielle, soixante et un ans après une indépendance durement acquise.Les villes-États portuaires: Ceuta et Gibraltar, portes d'entrée désaccordées de la Méditerranée [3/5]
26/08/2026Elles sont les portes de la Méditerranée depuis des siècles, mais les villes autonomes de Ceuta et Gibraltar, espagnole en terre marocaine, britannique en terre espagnole, ont subi ces dernières semaines les contrecoups des tensions géopolitiques de la région. Et si l'une continue d'afficher une économie robuste, l'autre n'en finit plus de s'essouffler.
Deux siècles et demi que, deux fois dans l'année, se tient la cérémonie des clés à Gibraltar : quatre portes qui se ferment, symbole de la souveraineté britannique sur l'enclave et du verrou que constitue le rocher pour l'entrée dans la Méditerranée. Aujourd'hui encore, Gibraltar règne sur le côté nord du détroit portant son nom, explique Nora Marei, géographe et chercheuse au CNRS : « c'est une station de services maritimes de la route Europe-Asie, comme zone de soutage, de bunkering, c'est-à-dire que c'est un point de ravitaillement ». Mais Gibraltar a également développé d'autres atouts : « la combinaison de faibles impôts sur les sociétés et l'absence de TVA font de Gibraltar une économie aussi basée sur les services financiers et les assurances, avec également les jeux d'argent en ligne. Le territoire possède ainsi l'un des revenus par habitant les plus élevés au monde ».
Ceuta, une enclave à la peine
Bien différente est la situation de Ceuta, l'autre gond de la porte du détroit, espagnole depuis 1668. Là où Gibraltar a prospéré grâce à son statut fiscal avantageux, l'enclave est à la peine. Pour Nora Marei, Ceuta a certes des points communs avec Gibraltar, comme un régime fiscal dérogatoire et une activité portuaire de soutage, mais la ville autonome « a surtout vécu du commerce de détail détaxé et emmené vers Fnideq au Maroc, par contrebande. Or cette économie a été ralentie, puis a quasiment stoppé depuis la crise du Covid ».
Un mois de juillet 2026 à l'opposé
Deux situations illustrées en ce mois de juillet : le 15, Gibraltar inaugure en grande pompe son nouveau poste frontière avec un passage facilité pour les travailleurs espagnols, fruit d'une négociation avec l'Union européenne. Deux semaines plus tard, Ceuta voit arriver du Maroc près de 70 000 exilés dans une crise migratoire inédite. L'épisode accentue la pression économique pesant déjà sur le territoire depuis quelques années, rappelle Nora Marei. « Le succès du port de Tanger Med, installé à quelques kilomètres de Ceuta, n'est pas étranger à ces difficultés puisque le port et ses zones franches deviennent des chaînes de valeur internationale compétitives », explique la chercheuse, « il faut savoir que le Maroc est aussi en train de développer une grande zone franche à Fnideq ».
Ceuta va donc devoir se réinventer économiquement, pourquoi pas en devenant une nouvelle destination pour les rois de la cryptomonnaie ou les start-up en quête de légèreté fiscale. Et le regard rivé sur l'exemple de sa jumelle britannique, de l'autre côté du Détroit.Les villes-États portuaires: Dubaï, une ambition maritime extraordinaire aujourd'hui contrariée [2/5]
25/08/2026À Dubaï, le port de Jebel Ali, sorti des sables il y a 50 ans, est devenu le premier port à conteneurs hors d'Asie. Mais il subit son premier véritable revers cette année avec la guerre au Moyen-Orient.
« Le cheikh Rashid était un dirigeant avisé et visionnaire, récite un écolier. Il a contribué à l'essor moderne de Dubaï. » Comme tous les ans, les enfants des écoles dubaïotes rendent hommage à celui qui, en 1976, est à la tête de l'émirat le moins bien doté en pétrole et décide de construire le plus grand port artificiel au monde dans un village de pêcheurs, Jebel Ali.
Un projet jugé insensé à l'époque. « Le caractère absolument ubuesque de sa vision, c'est qu’on est déjà en face d’un port qui s'appelle Djibouti, qui sert alors de hub et d'interconnexion à l’entrée et à la sortie du canal de Suez, rappelle Yann Alix, expert des stratégies maritimes. Pourquoi aller traverser, passer Ormuz et finalement se retrouver dans une trappe ? Et pourtant, il réussit malgré tout à penser que Dubaï doit être une place du négoce et du commerce. Avec cette vision quand même très avant-gardiste de se dire que la logistique viendra se faire ici. »
Projet visionnaire
Zéro droit de douane, zéro taxe pour attirer à Dubaï les entreprises de logistique du monde entier… Dès 2001, quand la Chine entre dans l'Organisation mondiale du commerce (OMC), Jebel Ali s'impose comme port majeur de transbordement de conteneurs entre l'Asie, le Moyen-Orient et l'Europe. « Les navires les plus grands du monde sont sur la route Asie-Europe et ils arrivent à Jebel Ali, explique Yann Alix. Vous avez aussi d'immenses parcs logistiques où on va pouvoir retraiter les marchandises pour pouvoir les réexpédier. Ça va du tee-shirt à l’iPhone, de la paire de lunettes à la machine-outil… tout ce que l'on peut mettre dans un conteneur, c'est-à-dire à peu près toutes les marchandises qui sont a minima transformées. »
Pire crise de son histoire
Les Émiriens reprennent le contrôle d'un commerce maritime que les Britanniques leur avaient dérobé sous la colonisation. Jusqu'au 28 février 2026. L'Iran est visé par des frappes et Téhéran riposte en visant les pays du Moyen-Orient. Les Émirats arabes unis sont ciblés par les missiles et les drones iraniens. Le détroit d'Ormuz est bloqué par Téhéran. En 50 ans, aucune crise n'avait fait aussi mal à l'économie portuaire de Dubaï. « En 2009, à cause de la crise financière, on avait une baisse de 7% du trafic entre 2015 et 2020, compare Eve Barré, économiste des transports chez Coface. À cause du Covid et du blocus sur le Qatar, on a une baisse de 14% du trafic. Entre le 28 février et la fin juin 2026, le nombre de bateaux à faire escale au port de Jebel Ali est réduit de près de 90%. »
Le port de Jebel Ali réussira-t-il à se réinventer ? Dubaï Port World s'emploie à le connecter par le rail au canal de Suez et prévoit un autre terminal à conteneurs à Fujairah, sur la côte est, afin d'éviter le détroit d'Ormuz.Les villes-États portuaires: quand Venise et Gênes rivalisaient pour devenir numéro un du commerce mondial [1/5]
24/08/2026De Dubaï à Hong Kong en passant par Singapour, elles surprennent par leurs succès économiques. Les villes États portuaires. C'est le cas de Venise et Gênes qui ont, durant des siècles, rivalisé pour devenir numéro un du commerce mondial.
C'est l'époque où les cités italiennes se livrent une guerre sans merci. Au Moyen Âge, la compétition entre Venise et Gênes s’intensifie et atteint son paroxysme entre les XII et XIV siècles.
Toutes deux sont alors de puissantes républiques maritimes. Venise et Gênes tirent parti de leur positionnement intermédiaire entre le sud de l'Europe, Constantinople à l'est et le monde musulman qui s'étend sur le littoral sud méditerranéen, de la Terre Sainte à Espagne.
Du commerce des épices à la traite des esclaves
Venise, surnommée la « Sérénissime », contrôle la Méditerranée orientale depuis l'est de la péninsule italienne. Située sur sa côte ouest, Gênes, la « Superbe », règne sur la partie occidentale du bassin méditerranéen et la Corse où elle fonde des villes fortifiées. Les sœurs ennemies font le commerce des épices, de la soie, de l’alun, de la laine, du vin, des pierres précieuses et des métaux. Mais aussi des esclaves originaires d’Espagne, d’Afrique subsaharienne ou encore des régions voisines de la mer Noire. Venise exporte aussi le sel que la lagune vénitienne produit à profusion. Ainsi, les deux cités marchandes deviennent incontournables entre la demande européenne et l'offre africaine, et surtout asiatique.
Des comptoirs ralliés par les routes maritimes
Les marchands s'organisent pour partager les risques liés aux sinistres ou aux attaques des pirates et des flottes arabes. Les deux cités installent des colonies dans les principaux ports de la Méditerranée et, plus tard, en Orient. Ces comptoirs, régis par les lois de la cité d'origine, sont de véritables États dans l'État où grouillent les affaires.
Une différence, toutefois : alors que les doges de Venise mènent une politique avec l'État très présent, qui construit les navires et organise les convois commerciaux, les dirigeants de la cité rivale savent que leur État n'a que peu de moyens propres et agissent par l'intermédiaire d’opérateurs privés. Et quand la République ne peut plus payer, elle octroie des réductions d'impôts. C'est à Gênes que la première banque moderne d'Europe voit le jour en 1407, l'Office de Saint Georges qui propose les emprunts d'État.
La compétition et le déclin
Les forces semblent s’équilibrer entre ces deux républiques marchandes alors qu’en 1204, les Croisés avec l'aide des Vénitiens s'emparent de Constantinople, pourtant ville chrétienne et capitale de l'Empire byzantin. Les Génois se sentent menacés. C'est le début de quatre guerres sanglantes au nom des intérêts réciproques sur mer, comme sur terre. Les conquêtes turques et la chute de Constantinople en 1453 marqueront le déclin des cités italiennes.
Le centre de gravité économique bascule alors des villes italiennes vers l’Angleterre élisabéthaine et les Provinces-Unies des Pays-Bas, c’est-à-dire du sud de l'Europe vers le nord du continent. En 1866, cinq ans après Gênes c'est au tour de Venise de rejoindre le royaume de l'Italie. Une histoire commune commence ainsi pour ces anciennes rivales.
Sobre Aujourd'hui l'économie
Aujourd'hui l'économie, présenté par Stéphane Geneste, vous propose un rendez-vous quotidien pour décrypter un fait marquant de l'actualité économique, du lundi au vendredi à 06h16 TU, toutes cibles.
Sítio Web de podcast