La télévision fête, ce lundi 26 janvier 2026, ses 100 ans. Longtemps média dominant, à la fois industriel, publicitaire et culturel, elle a vu son modèle économique profondément bouleversé. Concurrence des plates-formes, fragmentation des audiences, bascule de la publicité vers le numérique : à l’heure de son centenaire, la télévision n’est plus hégémonique. Elle tente désormais de se réinventer pour rester dans la course.
Pendant des décennies, l’économie de la télévision a reposé sur une mécanique simple et efficace. D’un côté, des chaînes qui programment des contenus à heure fixe. De l’autre, des millions de téléspectateurs réunis simultanément devant leur écran. Et au milieu : la publicité. Plus l’audience était large, plus les espaces publicitaires pouvaient être vendus cher. C’est ce principe qui a fait la puissance financière des grandes chaînes privées et qui a permis à la télévision de s’imposer comme le média dominant du XXe siècle.
Mais ce modèle, qui a longtemps semblé solide, s’est progressivement fissuré. La télévision a perdu ce qui faisait sa force économique : la rareté.
La fin de la rareté et la fragmentation des audiences
Aujourd’hui, l’offre de formats est devenue infinie. Séries, vidéos, podcasts, réseaux sociaux, le choix est illimité, tandis que le temps d’attention, ressource clé du secteur, se réduit. Résultat, l’offre s’est diversifiée et la demande s’est dispersée. On ne regarde plus la télévision en tant que telle, on regarde des contenus. Les usages ont changé. Le public consulte désormais ce qu’il veut, quand il veut, où il veut, sur son téléphone ou son ordinateur – parfois même, ironie du sort, sur son téléviseur.
Cette fragmentation a un impact économique majeur. Une audience éclatée, c’est une publicité moins puissante. Or, la publicité reste le cœur du modèle économique de la télévision. Elle existe toujours, mais elle rapporte moins. Dans le même temps, les investissements publicitaires se sont massivement dirigés vers le numérique et les plates-formes. Pour certaines marques, il est aujourd’hui plus rentable d’acheter un écran publicitaire sur YouTube, Netflix ou Amazon Prime qu’à une heure de grande écoute sur TF1, CBS ou Sky News.
Plates-formes, YouTube et adaptation des chaînes
Dans ce nouveau paysage, YouTube s’impose comme le principal concurrent de la télévision. La plate-forme est devenue un géant de la consommation audiovisuelle. On y regarde des formats longs, des émissions, des mini-séries, de l’information ou du sport – exactement comme à la télévision. YouTube capte à la fois le temps d’écran et le marché publicitaire. Preuve de son influence grandissante, la prestigieuse cérémonie des Oscars sera, à partir de 2029, exclusivement diffusée sur la plate-forme. Un choix symbolique, révélateur du recul de la télévision classique dans l’économie de l’attention.
Face à cette concurrence, la télévision est souvent décrite comme un média qui meurt à petit feu. Média de masse, elle souffre lorsque la masse ne suit plus, notamment sur le terrain publicitaire. Là où la télévision propose une publicité elle aussi de masse, les plates-formes offrent un ciblage précis en fonction des profils des utilisateurs. Pour s’adapter, les chaînes développent leurs propres plates-formes, proposent des contenus inédits en complément de leurs programmes traditionnels et diversifient leurs sources de revenus.
Cent ans après la première télévision, le média est devenu hybride. Il se réinvente à travers un mélange de diffusion classique, de streaming, de publicités plus ciblées, d’abonnements et de partenariats. La télévision n’est pas morte, mais son adaptation à son époque est complexe et se fait non sans peine.