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Pourquoi la crise politique et sociale pourrait peser sur la capacité d’emprunt de la France
20/10/2026Les scènes de dégradations et de pillages du week-end dernier ont en partie éclipsé les revendications et les manifestations pacifiques du 17 octobre. Alors qu'un « acte II » du mouvement a été annoncé pour samedi prochain, l'impact pourrait largement dépasser celui des commerces saccagés.
Trois mille commerces ont été touchés selon le gouvernement dont certains entièrement pillés et ravagés. La facture pourrait s'élever « à plusieurs centaines de millions d'euros » d'après les professionnels du secteur, même s’il est un peu tôt pour préciser ce chiffre. La facture s'annonce salée pour les Assureurs comme pour l'État mais ce n'est que la partie immergée de l'iceberg. Les images de ces « rues entières » « méthodiquement ravagées », pour reprendre l’expression du maire de Paris, sans qu'intervienne le moindre policier ont fait le tour du monde. Tout comme, à l'inverse, les cas documentés de violences policières à l'encontre des cortèges de lycéens réclamant d'étudier dans des conditions décentes. Le ministère de l'Intérieur a promis de renforcer la protection des centres villes samedi prochain et de davantage encadrer les manifestations. Dans les deux cas le gouvernement semble donc impuissant à proposer une réponse autre que sécuritaire à la situation.
La charge de la dette déjà supérieure au budget de l'Éducation Nationale
Alors que l'Assemblée nationale est en plein débat sur le budget 2027, ses marges de manœuvre sont très limitées. Les finances publiques sont sous pression : l'augmentation des prix de l'énergie du fait de la situation au Moyen-Orient pèse sur les entreprises, ralentit l'activité et donc les recettes de l'État. Dans le même temps, la hausse du prix de l'essence a poussé les ex-gilets jaunes à rejoindre le mouvement des lycéens pour remettre sur la table la question du pouvoir d'achat. Mais comment leur répondre alors que l’exécutif affiche toujours l'ambition de ramener le déficit à 5% en 2027 et qu'il cherche pour cela à faire 43 milliards d'euros d'économie. D’autant qu’il se refuse à toucher aux aides publiques aux entreprises qui, d'après les chiffres tout juste publiés par Bercy, ont représenté 166 milliards d'euros en 2024, presque autant que le déficit public.
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Dimanche la Cour des comptes a pourtant prévenu que si elle ne maîtrisait pas « la trajectoire de la dette » la France courrait le risque « d'un étouffement financier » rappelant que la charge de la dette dépassera 90 milliards d'euros l'an prochain. Davantage, donc, que le budget de l'Éducation nationale. Si on enlève la part de ce budget consacrée à payer les retraites, on peut même dire que la France consacre une fois et demie le budget de l'École à simplement rembourser les intérêts de sa dette. Sans majorité et en pleine année présidentielle parvenir à un compromis semble impossible.
Le début d'un cercle vicieux
Les marchés regardaient déjà la dette française avec inquiétude depuis la dissolution en 2024, les images du week-end dernier, surtout si elles devaient se reproduire dans les semaines à venir, pourraient avoir un effet dévastateur. Vu de l’étranger, l’impression - même très exagérée - d'un pays à feu et à sang et hors de contrôle pourrait peser lourd. Moins sur le tourisme – le mouvement des gilets jaunes en 2018, les émeutes de 2023 après la mort de Nahel Merzouk, jeune homme tué par un policier n’avaient eu qu’un impact relativement marginal – que sur l’image du pays auprès des investisseurs.
Or d'après les chiffres de la Banque centrale européenne plus de la moitié de la dette française est détenue par des investisseurs à l'étranger. L’instabilité réelle ou supposée du pays pourrait les faire hésiter à prêter. Déjà depuis plusieurs mois ils demandent des taux d'intérêts de plus en plus élevés. Le début d'un cercle vicieux : le pays devant emprunter davantage pour rembourser des intérêts dont la hausse provoquera mécaniquement un ralentissement de l'activité et la baisse des recettes de l'État. Le point de départ d’une situation particulièrement grave sur le plan économique... et sur le plan social.- La journée mondiale de l'alimentation ce vendredi 16 octobre se déroule la veille de l'ouverture du Salon international de l'alimentaire (SIAL) de Paris. Alors que le spectre d'une crise alimentaire mondiale se profile, la question de la « souveraineté alimentaire » revient sur le devant de la scène, alors que les prix agricoles mondiaux ont augmenté de 13 % au troisième trimestre selon la FIDA (Fonds international de développement agricole).
Après un été marqué par la sécheresse et un contexte géopolitique qui fait flamber le prix des denrées et de la production agricole, le constat pour le secteur alimentaire mondial est alarmant. L'ensemble de la chaîne de production est touché, du paysan jusqu'au consommateur. Les prix de l'énergie flambent et font exploser les coûts de production, les rendements quant à eux baissent avec certaines parcelles parfois détruites à 100 %.
Ainsi, la France se dirige vers sa pire récolte de maïs depuis 50 ans alors que la Roumanie a perdu plus d’un million d’hectares de cultures cet été. Or, le coût de l'inaction face au dérèglement climatique est largement supérieur à celui de l'investissement dans la prévention et l'adaptation. Selon un rapport de la Commission européenne, l’agriculture européenne perd en moyenne 28 milliards d’euros par an à cause des aléas climatiques. Le phénomène El Niño, annoncé cette année avec une intensité inédite, pourrait perturber encore plus la chaîne de production agricole et aggraver l’insécurité alimentaire.
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Les modèles de production en question
L'insécurité alimentaire touche quelque 260 millions de personnes dans le monde, selon les chiffres de l'ONU. Le taux d'autosuffisance alimentaire des pays est lui en constante baisse.
Plus d'un tiers des pays dans le monde sont en incapacité d'assurer leur autosuffisance alimentaire aujourd'hui sous l'effet notamment du changement climatique et de la mondialisation. Les conflits prolongés et les tensions géopolitiques perturbent les approvisionnements en énergie, en intrants agricoles et les produits alimentaires. Selon le rapport mondial des crises alimentaires, la situation s’est détériorée dans quinze pays depuis une dizaine d'années, notamment le Bangladesh, le Kenya, Madagascar, la Somalie et le Nigeria, qui compte la plus grande population au monde en situation d’insécurité alimentaire aiguë, soit 36,3 millions de personnes.
Des risques de famine sont signalés en Somalie, et au Soudan, ainsi que dans la bande de Gaza, les zones de conflit étant les plus problématiques.
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Financements climatiques
Contre l'insécurité alimentaire, le FMI préconise d'aider les ménages vulnérables via des transferts ciblés, ou des programmes d'alimentation scolaire. Mais il faudrait surtout faire en sorte que les systèmes deviennent plus résilients. Pour cela, limiter les importations est un premier levier qui s'avère essentiel en temps de hausse des prix de l'énergie et des intrants comme les fertilisants et les pesticides. Privilégier un modèle de proximité, cela fait partie de la réponse, afin de relier la production locale à l'assiette du consommateur. Pour cela, il faudrait une refonte profonde des surfaces agricoles et du foncier. Renouveler les générations d'agriculteurs vieillissantes, c'est un autre vaste chantier avec le fait de garantir notamment un revenu minimum aux agriculteurs. Assurer une meilleure répartition des aides et de la politique agricole commune, c'est aussi un élément essentiel. Et à tout cela, seules les politiques publiques pourront répondre. - La France est-elle le nouvel « homme malade » de l'Europe ? La formule est largement reprise ces jours-ci par la presse étrangère alors que les marchés internationaux s'inquiètent de la solidité de la deuxième économie européenne, dont les finances publiques sont en déroute. La dette abyssale, le budget 2027 en discussion et l'incertitude politique alimentent les doutes quant à la capacité de la France de se relever.
Premier signe de cette perte de confiance sur les marchés internationaux : le coût de l’emprunt de la dette française qui frôle les 5 % en octobre, son plus haut niveau depuis 2002. Encore plus étonnant, plusieurs entreprises du CAC 40 empruntent désormais à des taux moins élevés que la France alors que les États sont généralement jugés plus sûrs que les sociétés privées. La France, plus risquée qu'un groupe comme LVMH ? La perception du pays s'est en tout cas progressivement dégradée depuis la dissolution de l'Assemblée nationale il y a 2 ans et demi, et les investisseurs étrangers sont dans une forme d'attentisme alors que le débat sur le budget 2027 vient de s'ouvrir à l'Assemblée nationale.
Scénario à la grecque ?
Est-ce pour autant le début d'un scénario à la grecque comme en 2015 lorsque le pays avait failli sortir de la zone euro en raison de graves dérapages budgétaires ? Pour le moment, il semble qu'on en est loin. C'est en tout cas ce que pense le gouverneur de la Banque de France qui a affirmé : « La France n'est pas la Grèce ». Le ministre de l'Économie, Roland Lescure, estime de son côté n'avoir aucun problème pour émettre de la dette française sur les marchés, mais les coûts supplémentaires sont un signal d’alarme, a-t-il renchéri. La fébrilité est en tout cas palpable : la Banque centrale européenne a elle-même jugé bon d’intervenir dans le débat français en avertissant la classe politique française. « Il n'y aura pas de filet de sécurité de la BCE » et la solution aux problèmes de la France « se trouve d'abord fondamentalement en France » a averti l’institution.
Pour rappel, la dette française s'élève à plus de 3 600 milliards d'euros fin 2025 selon l'Insee, soit presque 120 % du PIB, un niveau record qui devrait encore s'aggraver dans les années à venir. La charge de la dette, elle atteint 74 milliards d'euros cette année et constitue le premier poste du budget de l'État, devant l'éducation et la défense, ce qui vaut à la France un acronyme : FROGS en anglais pour « French Oversized Government and Social Security » ( « État et Sécurité sociale français surdimensionnés »).
L'enjeu de l'attractivité
Comment faire revenir la confiance et maintenir l'attractivité de la France avec un tel constat ? La France maintient son rang, pour le moment, puisqu'elle reste le pays le plus attractif d'Europe pour la 7ᵉ année consécutive. C'est dans les mois qui viennent que tout va se jouer. Au parlement tout d'abord, où le projet de budget doit être adopté avant la fin de l’année et où, faute de majorité, il aura du mal à passer. « L'exécutif et les parlementaires doivent prendre leurs responsabilités » a prévenu le gouverneur de la Banque de France hier lors de l’assemblée annuelle du FMI à Bangkok. Le gouvernement n'a d'ailleurs pas exclu de faire adopter le budget de force avec le 49.3. L'autre inconnue, c'est celle de la présidentielle car le choix d’un dirigeant plutôt qu’un autre influera grandement sur la trajectoire que prendront les finances publiques. Ce qui semble acquis, c’est une période de quelques années qui s’annonce comme une longue cure d’austérité pour les Français. - Depuis plusieurs années, les grands groupes pharmaceutiques occidentaux ont multiplié les accords de licence pour obtenir des droits de commercialisation sur des médicaments expérimentaux développés en Chine. Une frénésie qui inquiète notamment aux Etats-Unis.
C'est la dernière annonce en date. Le géant pharmaceutique suisse Roche vient de conclure un accord de licence avec une société de biotechnologie chinoise. Un accord à plus d'un milliard de dollars qui concerne un médicament expérimental contre l’obésité. Début octobre, le suisse Novartis signait un accord avec la société chinoise Abogene pour une thérapie expérimentale à base d’ARN pour les maladies auto immunes.
En septembre, c'était au tour du groupe suisse Novo de signer un accord de licence pour une pilule expérimentale pour la perte de poids. L'américain Merk pour un médicament novateur contre le cancer. La liste est longue. Si on ne prend que les grands groupes pharmaceutiques américains, 32 accords de licence ont été signés entre janvier et juillet 2026 selon les informations de Bloomberg.
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Des entreprises chinoises qui développent ces médicaments ne concèdent pas tous les droits
Les entreprises chinoises de biotechnologie conservent souvent leurs droits nationaux et leurs brevets et s'assurent donc de futurs revenus. Elles concèdent en revanche des licences pour que leurs médicaments puissent passer des essais cliniques et être commercialisés en dehors de Chine. En échange, les grands groupes pharmaceutiques eux financent et prennent en charge une partie du développement clinique et ont ainsi accès à des traitements de pointe, à moindre coût.
L'appétit des grands groupes pharmaceutiques pour ces accords de licence prouve que la Chine n'est plus seulement un grand marché de fabrication de médicaments. Elle est devenue un acteur majeur de la recherche, notamment dans la lutte contre le cancer.
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Une frénésie à l'approche de la « falaise des brevets »
Si les accords se multiplient c'est aussi en raison de l'arrivée à expiration en 2030 de très nombreux brevets protégeant des médicaments. C’est ce qu’on appelle la « falaise des brevets ». Or, certains de ces médicaments génèrent à eux seuls plus d’un milliard de dollars de chiffre d’affaire annuel. C’est le cas de certaines immunothérapies anticancéreuses. Le lancement de génériques, moins chers, va représenter pour ces groupes une perte très importante de chiffre d'affaire.
Mais le rapprochement avec la Chine dans le domaine médical est un sujet politique Un nombre croissant de voix s'élèvent, notamment aux Etats-Unis pour alerter sur les conséquences d'une telle collaboration en matière médicale avec la Chine. Selon eux, l'injection de capitaux et de savoir-faire américains dans les entreprises chinoises pourrait menacer la domination américaine en biotechnologie. Certains parlementaires font donc pression pour ralentir le rythme des investissements. - Pour la première fois, une étude menée par les chercheurs de l’école de commerce HEC et la Banque de France pointe une baisse des embauches chez les jeunes dans les métiers les plus exposés à l'intelligence artificielle.
C'est une étude dont les conclusions ne devraient pas surprendre certains recruteurs. Selon les chercheurs de l'école de commerce HEC, les entreprises françaises semblent bel et bien freiner les embauches dans les métiers où les tâches peuvent être effectuées par l’intelligence artificielle. Pour mener à bien leur étude, les chercheurs ont créé un indice d’exposition des métiers à l’IA qu’ils ont ensuite rapproché avec les données sur les créations de postes et les fins de contrat entre janvier 2019 et mars 2026.
Un recul important des embauches en grande partie chez les plus jeunes
L'analyse des résultats par groupe d’âge montre un recul des embauches particulièrement marqué chez les 21-29 ans. En mars 2026, les embauches en CDI dans les 20% de métiers les plus exposés à l’IA ont baissé de 28% par rapport à novembre 2022, date du lancement de ChatGPT pour le grand public. En comparaison, pour les métiers considérés comme les moins exposés à l'IA, le recul des embauches n'est que de 8%.
Cet écart entre les deux trajectoires, entre les métiers exposés ou non à l’IA, se réduit chez les 30-39 ans et les 40-49 ans, puis il devient presque inexistant pour les salariés de 50 ans et plus. En résumé, l’expérience d’un salarié fait l’effet d’une sorte de bouclier anti-IA.
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Une baisse des embauches qui ne se reflète pas dans les chiffres du chômage global
La baisse des embauches en CDI des 21–29 ans est aujourd'hui en partie compensée par le fait que les licenciements et ruptures de contrats sont moins nombreux. Les entreprises ne suppriment pas davantage de postes dans l’absolu mais elles réduisent la part des embauches des plus jeunes. Le marché du travail est en quelque sorte gelé. Les employeurs sont prudents face à cette technologie qu'ils maîtrisent encore mal et puis il y a le poids de la conjoncture économique globale et des jeunes qui ont plus tendance à conserver leurs postes.
Mais ce n’est probablement qu’une étape transitoire. L’an dernier déjà, une étude majeure de l’université de Stanford, aux États-Unis, avait mis en lumière une baisse effective de 13% dans l'emploi des plus jeunes dans les métiers exposés.
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Les auteurs de l’étude mettent en garde les employeurs
Les auteurs de l'étude alertent par ailleurs les entreprises : l'automatisation des tâches qui incombaient auparavant aux salariés les plus jeunes pourrait réduire la production à long terme, car les postes de début de carrière sont, aussi, ceux où se forment, par la pratique, les compétences des professionnels expérimentés de demain. Par ricochet, il pourrait également y avoir une raréfaction des profils expérimentés sur ces tâches.
Cette étude vient en tout cas nourrir une angoisse réelle chez les étudiants, d'ores et déjà lucides sur les risques de l'IA vis-à-vis de l'emploi. Selon le dernier baromètre Talents conçu par l’école de management Skema, près de trois étudiants sur quatre (74%) perçoivent l'IA générative comme « une menace » sur les postes de début de carrière. De quoi nourrir l’inquiétude et la colère des lycéens qui manifestent dans les rues en France.
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