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    Turquie: «Yellow Letters», un film choc sur la répression après la tentative de coup d'État de 2016

    24/04/2026
    Entre 2016 et 2018, la Turquie a vécu sous état d'urgence dans la foulée de la tentative de coup d'État du 15 juillet 2016. Pendant cette période, des milliers de professeurs, enseignants et syndicalistes turcs opposés au régime du président Recep Tayyip Erdogan ont été limogés. Accusés d'avoir des liens avec des organisations terroristes, ils avaient été mis au ban de la société. Récompensé de l'Ours d’or du Meilleur film de la Berlinale 2026, Yellow Letters, le long-métrage d'İlker Çatak, se penche sur leur sort et réveille de douloureux souvenirs chez ces anciens membres du corps enseignant.
    De notre correspondante à Ankara,
    Can Irmak Özinanir, 44 ans, cligne des yeux à la sortie du cinéma. Il vient de voir le film Yellow Letters dont il entend parler depuis plusieurs jours. Cet ancien universitaire a été limogé par décret-loi en 2017 en Turquie. Ce film raconte en partie son histoire, ces années de flou, dans l'attente d'une décision de justice favorable. « L'incertitude, c'est le sentiment dominant ces dernières années. Ne jamais savoir ce qu'il va se passer. Et c'est une période d'incertitude qui s'installe dans le temps long. Il y a des périodes où j'avais une grande confiance en moi car nous avons bénéficié d'une grande solidarité. Mais il y a aussi des périodes où je me suis senti très seul et où cela s'est traduit par de la colère envers mon entourage », raconte Can Irmak Özinanir.
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    « Pas besoin de l'État pour vivre, pour survivre »
    Nous sommes ici dans les couloirs de la célèbre université d'Ankara, celle qu'a choisie le réalisateur Ilker Catak pour démarrer son film. Mustafa Kemal Çoşkun, 56 ans, fait partie des universitaires limogés par décret-loi. Il a fini par être réintégré il y a trois ans, après plusieurs années de petits boulots.
    « Quand on est communiste, on apprend vite. J'ai appris beaucoup de choses. Par exemple, après avoir été limogé, j'ai monté un cabinet d'études. Après, j'ai repassé les concours d'entrée à l'université d'Ankara et j'ai intégré la faculté d'informatique. J'ai appris la programmation. J'ai aussi appris un programme Da Vinci Resolve. Je me suis mis à mon bureau et j'ai appris. On a pas besoin de l'État pour vivre, pour survivre », confie-t-il.
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    Aucune décision de justice ne fera justice
    Au centre d'Ankara, dans le quartier de Kizilay, le bar Zurafa a ouvert ses portes il y a un peu plus d'un an. C'est Veli Sacilik, 49 ans, qui le gère avec sa compagne. Amputé de son bras droit lors d'un séjour en prison, c'est le seul métier qu'il peut faire aujourd'hui, assure-t-il. Comme de nombreux fonctionnaires, il a perdu son travail pendant l'état d'urgence. Alors, quand Yellow Letters est sorti, il a tenu à emmener sa fille de 15 ans voir le film : « J'ai emmené ma fille voir le film car elle a aujourd'hui le même âge que le personnage d'Ezgi dans le film, et qu'elle a vécu des périodes très similaires. Je voulais qu'elle comprenne ce que son père et sa mère avaient traversé. »
    Comme d'autres limogés, Veli Sacilik accuse la Cour européenne des droits de l'homme de les avoir abandonnés à leur sort. La Cour avait en effet stipulé que toutes les voies internes de justice devaient être épuisées avant d'examiner leurs dossiers.
    Pour l'heure, les réintégrations se font au compte-gouttes. Certains ont repris les chemins de l'université, d'autres attendent encore une décision du Conseil d'État. Mais ils l'assurent : aucune décision de justice ne leur rendra ces dix années d'errance.
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    «Siga siga», un art de vivre récupéré par l'industrie touristique

    24/04/2026
    Si vous venez en Grèce, on vous servira du « siga siga » à toutes les sauces. C'est une expression dont les Grecs sont particulièrement friands. Et celle-ci est devenue une tendance dans le tourisme. 
    « Pour prendre un café, on s'assied pendant deux heures », explique Alex, un comédien de profession qui sirote son café depuis un bon moment à la buvette du parc Areos, dans le centre d'Athènes, la capitale de la Grèce. Littéralement, « siga siga » veut dire « lentement, doucement ». Et il n'est pas rare de voir des Grecs reprocher en ces termes à des étrangers de boire leur café beaucoup trop vite.
    « La culture grecque de l'Antiquité a beaucoup à voir avec la conception du temps. Et ça, c'est une part véritablement importante de la culture qui s'est transmise à travers les siècles. La vie n'a aucun sens si on court tout le temps. Il faut la vivre "siga siga" », développe Alex.
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    Le « siga siga », une nouvelle tendance du tourisme
    À quelques pas de la buvette, une dizaine d'hommes sont regroupés autour d'une minuscule table où deux joueurs s'affrontent au backgammon. C'est un groupe d'amis, tous retraités, qui vivent leur propre version du « siga siga ». Mais quand le mot est lancé, ils se hérissent.
    « ​​​​​​​En Europe, ils vont encore dire que nous ne travaillons pas », s'inquiète l'un d'entre eux. « ​​​​​​​Nous avons ici des rythmes différents de l'Europe ou de l'Amérique, par exemple », explique un autre.
    Les étrangers, ils adorent ça, le « ​​​​​​​siga siga ». D'ailleurs, c'est une nouvelle tendance dans le secteur du tourisme. « Siga siga » devient une vision de la vie aux antipodes de la culture de la productivité, une façon de se recentrer sur l'essentiel.
    C'est un état d'esprit. Effie Papadopoulou a fondé Slow Travel Greece en 2010, la première agence de ce type en Grèce. Maintenant, la mode s'est étendue, de même que la tendance « ​​​​​​​wellness », le tourisme « bien-être ». La retraite de yoga dans les Cyclades, pour Effie, c'est vraiment bateau : « Au lieu de cela, j'organise des ateliers de peinture d'icônes dans un milieu rural avec des artistes locaux. Pour moi, le "slow travel", c'est nourrir son âme, pas suivre des tendances. Et les retraites yoga, c'est vraiment tendance. »
    L'esprit « ​​​​​​​siga siga », c'est peut-être dans le fameux poème du Grec Constantin Cavafy qu'on le retrouve le mieux : « Quand tu partiras pour Ithaque. Souhaite que le chemin soit long. Riche en péripéties et en expériences. N'écourte pas ton voyage. »
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    «Nous payons un lourd tribut»: au Liban, hôpitaux et secouristes sont aussi dans le viseur d'Israël

    23/04/2026
    À Nabatiyeh, grande ville commerçante du sud du Liban devenue ville fantôme, les services de secours ont été durement frappés par les bombardements israéliens. Au total, au Liban, plus de 100 secouristes ont perdu la vie depuis la reprise de la guerre, le 2 mars 2026. Les hôpitaux sont aussi menacés et des centres de santé ont été détruits ou ont dû fermer, notamment dans la banlieue sud de Beyrouth et dans le sud du Liban. Le ministère de la Santé libanais dénonce des attaques répétées contre le secteur de la santé.
    De notre correspondante de retour de Nabatiyeh,
    À Nabatiyeh, au Liban, les secouristes sont considérés comme des héros. Uniforme bleu et rouge, gilet pare-balles, Mohamad Khayyat ne profite pas vraiment de cette trêve de papier. « Il y a une trêve, mais même les drones sont toujours là : hier, il y avait beaucoup d'avions de guerre dans le ciel, et la veille aussi. C'est clair qu'ils violent déjà la trêve. Nous, en tant qu'équipe de secours, nous restons présents et prêts à servir les gens en cas d'incident », confie-t-il.
    Responsable des opérations des ambulanciers de Nabatiyeh, Mohamed a perdu plusieurs collègues. « Malheureusement, nous avons payé un lourd tribut – un tribut qui ne peut pas être compensé : la perte de nos jeunes, de nos vies. »
    Il dénonce le ciblage à répétition des secouristes par Israël. « La première fois, deux jeunes, Joud et Ali, étaient sur une moto quand ils ont été ciblés. Puis, deux jours avant la trêve, notre martyr Mahdi a été directement ciblé alors qu'il était dans une ambulance, en train d'accomplir son devoir pour aider nos collègues des autres associations de secours, qui avaient déjà été frappés par une première et une deuxième frappe. Nous sommes allés leur porter secours et soutien pour évacuer les blessés. Notre ambulance a elle aussi été ciblée par une troisième frappe. »
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    « C'est comme s'ils nous poussaient à partir »
    Ces trois frappes successives ont fait quatre morts qui viennent s'ajouter aux plus de 100 secouristes tués par Israël depuis le début de la guerre. À l'hôpital du Secours populaire de Nabatiyeh, les chambres des patients hébergent désormais les soignants et les pompiers. « ​​​​​​​On héberge les gens des organisations qui aident comme la nôtre. Sinon, on ne pourrait pas travailler, explique Mona Abou Zeid, qui dirige l'hôpital. Regardez, vous voyez cet immeuble ? Maintenant, il est complètement à terre. Il était à 200 mètres, mais le souffle était très fort, c'était un grand immeuble. La fumée est arrivée jusqu'ici, le verre était cassé partout. Des gens dormaient ici. »
    Au moins 59 centres de soins et six hôpitaux ont été détruits ou ont dû fermer. « ​​​​​​​On ne se sent pas très en sécurité. Il n'y a aucun respect du droit international, qui protège les secouristes, les hôpitaux. À la fin, si personne ne nous protège, aucune loi, qui va protéger la population ? Le jour où ils vont bombarder l'hôpital, qui va rester ​​​​​​​? C'est comme s'ils nous poussaient à partir. »
    Viser intentionnellement des secouristes ou des hôpitaux est un crime de guerre.
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    40 ans après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, les habitants se souviennent

    22/04/2026
    Ce dimanche 26 avril, l'Ukraine commémorera les 40 ans de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl. Une catastrophe environnementale et humaine qui a entraîné l'évacuation de dizaines de milliers de personnes de la région dans les jours qui ont suivi l'explosion du réacteur numéro 4. Parmi elles, des travailleurs de la centrale qui ont vu leur vie basculer ce 26 avril 1986. Ils partagent leurs souvenirs et racontent les conséquences de la catastrophe nucléaire pour eux et pour leurs familles.
    De notre correspondante à Kiev, 
    À Troieshchyna, un quartier résidentiel du nord-est de Kiev, des cerisiers en fleurs et des barres d'immeubles identiques d'une vingtaine d'étages se dressent. C'est dans ces bâtiments qu'après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, des liquidateurs et leurs familles ont été évacués. Volodymyr Vassilievitch faisait partie de la police routière qui évacuait des civils à l'époque. Il nous raconte les premiers jours après la catastrophe. « Nous avons embarqué dans un véhicule blindé, se rappelle-t-il. La cabine était recouverte de plomb pour bloquer les rayons radioactifs et nous sommes partis à l'hôpital. »
    Entre avril 1986 et 1988, Volodymyr a participé à des dizaines d'évacuations. Aujourd'hui, on estime qu'environ 300 000 personnes ont été déplacées de la zone. À l'époque, l'ampleur du désastre et de ses conséquences humaines et environnementales n'était pas encore connue, aussi bien pour les évacués que pour les fonctionnaires en charge des opérations.
    Volodymyr, lui, a été irradié pendant ses nombreuses missions et diagnostiqué à l'automne 1986. Après un premier séjour à l'hôpital, il a repris les évacuations puis a fait un accident cardiovasculaire. « En 1987, un AVC m'a paralysé tout le côté gauche. Je ne pouvais plus parler, explique-t-il. Mon visage et ma langue étaient déformés comme ceux d'un cadavre. J'avais alors 46 ans et j'en ai maintenant 86. »
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    Des alentours interdits au public
    En bas de son immeuble, Lioubov, 55 ans, discute avec ses voisines. Dans son enfance, elle a passé ses vacances dans ce qui est devenu la zone d'exclusion. « Mon oncle était liquidateur, il travaillait à la centrale. Avant cela, ça ressemblait à un conte de fées. Vous savez, il y a une rivière là-bas, si belle, et une forêt, des lacs, décrit-elle. Et quand nous sommes revenus au fil des années, tout était encore là, intact, comme si c'était hier. »
    Elle a aussi essayé de voir le nouveau sarcophage qui protège le monde des émanations radioactives du réacteur quatre, mais les alentours de la centrale sont inaccessibles au public. « Peut-être qu'il faut une autorisation spéciale. Il paraît que cette année, personne n'est autorisé à entrer dans la zone », relate-t-elle.
    Et pour cause, la zone d'exclusion est également devenue un théâtre de guerre. En février et mars 2022, elle a été occupée par les troupes russes. Pourtant, la mémoire de la catastrophe de Tchernobyl devrait servir de mise en garde pour prévenir tout nouvel incident nucléaire majeur, dont les conséquences pourraient s'étendre bien au-delà des frontières de l'Ukraine.
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    Turquie: quatre ans après l'adoption de «loi sur la désinformation», la presse muselée par le pouvoir

    21/04/2026
    En 2022, le gouvernement turc faisait adopter une loi punissant de prison tous ceux condamnés pour « propagation d’informations contraires à la vérité ». À l’époque, les ONG de défense de la liberté de la presse dénonçaient un nouvel instrument pour museler la presse indépendante, ce que démentait le pouvoir. Quatre ans plus tard, le constat est sans appel, les journalistes sont les premières victimes de cette loi « sur la désinformation ». 
    Retrouvez l'intégralité de ce reportage dans l'émission Accents d'Europe.

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