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Le grand invité Afrique

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    Conflit juridique autour du stade Olembé: «Le Cameroun conteste la sentence du Cirdi et va faire appel»

    12/09/2026
    Le chantier du complexe sportif d'Olembé au Cameroun fait de nouveau parler de lui. Annoncé par le gouvernement il y a une dizaine d'années comme un projet phare d'infrastructure sportive, parmi ceux qui étaient destinés à accueillir les matchs de la Coupe d'Afrique des nations qui s'est jouée dans le pays entre janvier et février 2022, le chantier pour l'achèvement des travaux du complexe est à l'arrêt. Au quartier Olembé, dans la périphérie ouest de la capitale Yaoundé, un écrin de 60 000 places est bien sorti de terre, mais les travaux d'embellissement et plusieurs structures annexes restent inachevés. Le complexe d'Olembé fait aussi désormais l'objet de plusieurs procédures contentieuses entre l'État et les différents constructeurs qui se sont succédé sur le chantier. Il en est ainsi du groupe italien Piccini, qui a obtenu le 4 septembre d'un tribunal arbitral, le Cirdi, basé à New York aux États-Unis, une sentence en sa faveur pour un dédommagement de 51 milliards de francs CFA. Le Pr. Cyrille Tollo, conseiller technique auprès du ministre des Sports, annonce que le Cameroun va s'opposer à cette décision qu'il considère injustifiée.
    À lire aussiLe Cameroun condamné à payer 78,5 millions d’euros à un constructeur italien pour le stade de foot d'Olembe
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    JOJ Dakar 2026: ces jeux permettent de préparer les jeunes athlètes «aux exigences des standards du CIO»

    11/09/2026
    La quatrième édition des Jeux Olympiques de la jeunesse aura lieu dans 50 jours au Sénégal qui sera le premier pays du continent africain à accueillir une compétition olympique. En prélude à cet événement historique, la flamme olympique est arrivée dans la nuit du jeudi 10 au vendredi 11 septembre à Dakar. Quel est l’enjeu sportif de cet événement ouvert aux athlètes âgés de 17 ans maximum ? Qu’est-ce que le Sénégal peut en attendre ? Dirigeant de l’agence Prims et initiateur du Dakar Sport Summit, un forum sur l’économie du sport qui se tient tous les ans dans la capitale sénégalaise, Malick Diouf est l'invité de RFI pour répondre à toutes ces questions.
    RFI : Sur le plan sportif, qu'est-ce que vous attendez de cette quatrième édition des Jeux olympiques de la jeunesse, les JOJ ?  
    Malick Diouf : Les JOJ viennent à bonne heure au Sénégal. C'est la première fois déjà que le Sénégal reçoit un événement de cette envergure, l'Afrique aussi. Sur le plan sportif, je pense que les Jeux olympiques de la jeunesse sont le pont vers Los Angeles 2028. C'est pour nous le moment de préparer nos athlètes dans les différentes fédérations. C'est une aubaine pour les fédérations d'avoir eu le temps de faire de la détection, de la formation et de développer les compétences même des techniciens ; pour les jeunes, aussi. Pour les fédérations, on a de nouveaux sports qu'il faut aussi développer comme le futsal. On a le Beach Wrestling qui a été pratiqué de façon très informelle, mais maintenant qui est formalisé.
    Comment s'appelle cette discipline en français ?
    C'est la lutte de plage, qui est pratiquée sur la plage. Le Sénégal, c'est un pays de lutte. La lutte est le sport national, même si le football est le sport le plus populaire. Mais la lutte est le sport national. Et la lutte traditionnelle qui est pratiquée sur les plages est érigée cette année en compétition pour les Jeux olympiques de la jeunesse. C'est un sport qui doit survivre, comme le futsal.
    On se souvient qu'aux JOJ de Nankin, en 2014, un certain Noah Lyles s'est illustré et, dix ans plus tard, l'athlète américain a gagné la médaille d'or aux Jeux olympiques de Paris à l’épreuve reine des 100 mètres. Est-ce que les JOJ de Dakar pourront permettre également de découvrir de futurs talents ?
    Oui, je pense que cela les met très tôt dans le bain de la compétition, des exigences de la compétition internationale, du CIO et des standards CIO. Il ne faut pas oublier que c'est le CIO qui organise et qui met les mêmes standards que pour les Jeux olympiques. Cela prépare les 2 700 athlètes qui vont participer à avoir un avenir de gagneurs, disons, pour les échéances à venir, que ce soit dans les championnats du monde ou les Jeux olympiques. Peut-être que les futurs détenteurs des records sortiront ces jours-ci.
    En fait, cela prépare les très jeunes athlètes sénégalais et africains au très haut niveau ?
    Oui, exactement. Au très haut niveau, mais aussi aux compétitions. Parce qu’ici, au Sénégal particulièrement, on n'avait pas l'habitude de faire compétir les jeunes athlètes, faute d'infrastructures, faute de suivi.  C'est l'occasion de les mettre dans le bain, mais aussi de continuer à suivre leur développement. Et je pense que compétir dans un environnement - devant son public - avec toute l'organisation qui répond aux standards des événements internationaux, cela va créer une émulation au niveau des athlètes et même des plus grands pour les prochaines échéances.
    Sur le plan des équipements sportifs, quels sont les grands travaux que le Sénégal a effectués pour ces JOJ ?
    Je pense que le Sénégal a une approche intelligente par rapport aux infrastructures. On ne s'est pas aventuré à construire de nouvelles infrastructures sportives. On a récupéré ce qu'on avait. Par exemple, le stade d'athlétisme Iba Mar Diop a été retapé et livré. On a la piscine olympique, qui a été aussi rénovée. Pour le site du village olympique, il s’agit de l’université Amadou Mahtar Mbow. Toutes ces infrastructures de jeux, ce sont des infrastructures qui existaient déjà et qu'on pourra continuer à utiliser.
    Vous dites que c'est l'université Amadou Mahtar Mbow, qui est sur le site de Diamniadio, dans la banlieue de Dakar, qui va accueillir le village olympique. Mais comment tous les athlètes, tous les spectateurs vont pouvoir circuler entre la capitale Dakar, ce site de Diamniadio et l'aéroport international ?
    On a le train express rapide, le TER, qui relie Dakar à Diamniadio. Ils ont finalisé les travaux de prolongement vers l'aéroport. Le dispositif prévu, c'est que les athlètes qui vont compétir sur Dakar vont voyager en TER. C'est aussi une approche qui va éviter de créer du trafic au niveau de l'autoroute et qui est également plus rapide en termes de temps de voyage.
    Sur le plan financier, comment le Sénégal a-t-il réussi à payer tous les fournisseurs, tous les entrepreneurs, alors qu'il traverse une très grave crise de la dette ? Elle représente plus de 130 % de son produit intérieur brut.
    Le Sénégal aussi a signé des conventions avec des partenaires financiers comme l'AFD, l'Agence française de développement, qui a participé aux rénovations des différentes infrastructures, comme, principalement, la piscine olympique et le Stadium Iba Mar Diop, mais aussi le centre équestre. On a eu l'appui des partenaires financiers internationaux et une partie a été financée par l'État du Sénégal.
    Pour 200 000 écoliers sénégalais, la fondation de la Première dame du Sénégal a promis de débourser quelque 500 millions de francs CFA afin de leur payer un ticket d'entrée. Cela fait polémique à Dakar. Est-ce que cet argent n'aurait pas été mieux utilisé ailleurs ?
    Oui, en fait, il faut comprendre que tous les 500 millions ne seront pas affectés à l'achat des billets. Il y a les sites de compétition et les sites de célébration. L'idée principale, c'est que toutes les régions de Dakar accueillent des fan zones et des sites de célébration. Il y a des actions combinées entre le ministère de la Culture, le ministère des Sports, la ville de Dakar, celles de Diamniadio et de Saly, et le Comité d’organisation des Jeux olympiques de la jeunesse (Cojoj), pour organiser des concerts tous les jours dans toutes les villes. Ils ont aussi prévu des expositions culturelles, donc les activités ne s'arrêteront pas qu'au site de compétition, mais il y aura différents sites. Pour financer ces sites, un événement a été organisé sur initiative du Président de la République pour inviter les chefs d'entreprises, les hommes d'affaires, à contribuer à cet effort de financement. Et donc, la fondation de la Première dame a reçu des dons qu'elle a reversés aux Jeux et aux Jeux olympiques de la jeunesse. Et les 200 000 billets, c'était un engagement pris par les entreprises, des partenaires, qui vont acheter ces 200 000 billets.
    J'imagine que ces JOJ créent des milliers d'emplois et que c'est une bonne nouvelle pour la jeunesse sénégalaise. Mais une fois qu'ils seront terminés le 13 novembre, est-ce que ces jeunes ne vont pas se retrouver au chômage ?
    C'est ça la question. Il y a plus de 3 000 jeunes qui ont été formés et employés, soit en emplois directs ou indirects, aux métiers qu'exige l'organisation des Jeux olympiques de la jeunesse. La question qu'on se pose est la même à la fin des Jeux : comment ils vont être utilisés ? Et je pense que c'est là où l'État, le Comité Nationale Olympique, nous, les fédérations réfléchissent à un plan de redéploiement de ces jeunes au niveau des fédérations sportives, dans les centres de conférence, dans les hôtels, etc. Mais ça ne suffira pas. Il faut que le Sénégal ait une approche Gesi, c’est-à-dire Grands événements sportifs internationaux, qu'on puisse attirer les grands événements au Sénégal, quel que soit le sport. Il faut qu'on ait cette approche d'organisation, d'événements sportifs. Et même pas que d'événements sportifs, parce que l'un des héritages des JOJ, c'est qu'on gagne en capacité par rapport à l'accueil et à l'organisation. Donc même les sommets internationaux qui se passent dans le monde, le Sénégal pourra prétendre les organiser afin d'utiliser au mieux le capital humain qui est à sa disposition.
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    Recherche spatiale au Sénégal: «Aujourd'hui, nous souhaitons pouvoir faire de notre pays une nation spatiale»

    10/09/2026
    Un site offshore au large des côtes sénégalaises pour lancer des fusées dans l'espace… Le projet est à l'étude, révèle sur RFI le directeur général de l'Agence sénégalaise d'études spatiales (Ases). Depuis mercredi 9 septembre, Maram Kairé est à Paris où il participe au premier Sommet international sur l'espace. En 2024, cet astronome avait déjà réussi à faire lancer un premier satellite sénégalais. Alors qu'aujourd'hui, celui-ci veut que son pays construise les siens et qu'il puisse un jour les lancer depuis son propre territoire, Maram Kairé répond aux questions de Christophe Boisbouvier depuis le Grand Palais, à Paris.
    RFI : Que répondez-vous à ceux qui disent que les 500 millions de dollars investis tous les ans en Afrique dans le spatial seraient mieux utilisés dans la construction de routes, d'écoles et d'hôpitaux ?
    Maram Kairé : Déjà, vous parlez de construction de routes, il s'agit de l'aménagement du territoire et la meilleure façon d'aménager nos territoires, aujourd'hui, c'est de prendre de la hauteur, c'est-à-dire être depuis l'espace, avoir une vue sur ces territoires. Donc, l'utilisation du spatial se justifie pleinement pour la construction de routes et le monitoring après les travaux. Deuxièmement, quand il s'agit d’hôpitaux, c'est la santé, c'est une priorité pour l'Afrique, certes, mais aujourd'hui on sait que le développement de la santé passe par le développement de la télémédecine. Et investir dans le spatial, c'est une réponse concrète à l'utilisation de la télémédecine pour se départir des problèmes de distance que nous avons aujourd'hui sur le continent. Donc, c'est juste une question de perspective. Le spatial aide à résoudre toutes ces questions et nous devons peut-être renforcer même l'investissement.
    Et pour l'amélioration des rendements agricoles, pour l'anticipation des sécheresses et des inondations, ça peut servir ?
    Tout à fait. Aujourd'hui, on parle d'agriculture intelligente. Je donne le cas du Sénégal. Nous sommes en train de mettre en œuvre un projet avec le soutien de la Banque ouest-africaine de développement. Ce projet a pour motivation le développement de l'agriculture intelligente partout sur le territoire, la gestion de la transhumance. Aujourd'hui, quand vous surveillez le bétail, il faut une vue globale également, et la surveillance donc des sols. Donc, toutes ces questions liées à l'agriculture trouvent une réponse pertinente dans l'utilisation des satellites. Les capteurs nous permettent de détecter la qualité des plantes, la qualité des sols et ne plus attendre la saison des pluies qui est aujourd'hui très éphémère, moins de trois mois pour certaines régions, mais plutôt anticiper grâce à une bonne météorologie qui dépend aujourd'hui des données satellitaires.
    Alors, vous parlez de la connexion à Internet, notamment pour les centres de santé et la télémédecine, mais pour cela, on a déjà les câbles sous-marins, non ?
    Oui, mais les câbles sous-marins n'arrivent pas à toutes les zones et, aujourd'hui, on a pas mal d'endroits qu'on appelle des zones blanches où vous ne pouvez pas avoir cette connectivité. Le satellite permet d'accéder, en tout cas, à ces dernières zones reculées où la connexion câblée ne peut pas arriver. Donc, aujourd'hui, c'est complémentaire. Nous devons faire en sorte que la distribution, donc, de la connexion soit équitable et que chaque citoyen, où que ce soit dans le territoire national, puisse avoir accès à ces services. Et ça, c'est le satellite qui nous permet de compléter les manquements liés à la connexion câblée.
    Il y a déjà une trentaine de pays africains qui ont fait lancer dans l'espace une soixantaine de satellites civils, mais ça coûte cher, non seulement pour payer les sociétés étrangères qui lancent ces satellites, mais aussi pour exploiter les données. Pourquoi les pays africains n’arrivent-ils pas à mutualiser toutes ces dépenses ?
    C'est la dynamique dans laquelle nous sommes. Aujourd'hui, l'Afrique réagit de cette façon en créant l'Agence spatiale africaine qui permet de coordonner les ressources, les synergies. Ça ne remplace pas du tout les efforts nationaux. Mais ce qu'il faut savoir, c'est que l'Afrique a pris le train en marche depuis pas très longtemps. Aujourd'hui, nous sommes non seulement dans la phase de structuration au niveau national, mais au niveau continental, les collaborations se multiplient. Beaucoup de projets satellitaires sont développés entre plusieurs États. Je cite l'exemple aujourd'hui d'un projet sur lequel nous sommes au Sénégal avec le Rwanda, le Kenya et le Ghana, et donc ça montre en fait cette dynamique de mutualiser les efforts et les ressources. Et ça, je pense que c'est ce qui va continuer avec le démarrage des activités de l'Agence spatiale africaine.
    Maram Kairé, vous rentrez de Pékin et de nombreux satellites africains sont financés par la Chine notamment, pas seulement d'ailleurs, par la Russie, par les États-Unis, par l'Europe. Est-ce à dire que l'Afrique est sous leur dépendance technologique, financière ?
    Non, l'Afrique n'a aucune ambition d'être sous la dépendance de qui que ce soit dans le domaine du spatial, c'est une question de souveraineté. Chaque État est libre de choisir ses partenaires. Aujourd'hui, le spatial est un chantier extrêmement vaste. Nous avons aujourd'hui rejoint les accords Artemis avec les États-Unis pour le retour de l'homme sur la Lune. Nous avons rejoint le projet de station orbitale lunaire de la Chine. C'est pour dire qu'il y a de la place pour tout le monde et nous travaillons juste avec les meilleurs. Ce que nous souhaitons aujourd'hui, c'est de pouvoir faire de notre pays une nation spatiale et nous travaillons avec les meilleurs partenaires, où qu'ils soient.
    Aujourd'hui, les satellites africains sont lancés depuis l'étranger, depuis Kourou par exemple en Guyane française. Quand est-ce que l'Afrique va pouvoir se doter de sa propre base de lancement ?
    Il y a eu des initiatives dans le passé et il faut rappeler, aujourd'hui, qu'une base a déjà existé au Kenya, par exemple, avec le soutien de l'Agence spatiale italienne. Nous sommes dans la dynamique de multiplier les bases au niveau du continent africain. Djibouti est sur un projet et la réflexion est menée également au niveau du Sénégal actuellement. Il faut être sur la côte avec une façade sur l'océan et, aujourd'hui, le Sénégal est en train donc d'étudier cette possibilité. Djibouti étudie et le Kenya est en train de réactiver sa base avec le soutien de l'Agence spatiale italienne. Donc, cette ambition, elle est là, et je pense que ça ne devrait pas tarder, que l'Afrique puisse lancer depuis son propre continent.
    Et vous avez trouvé déjà un site entre Dakar et Saint-Louis ?
    Pour le moment, c'est confidentiel. Nous sommes dans la phase de réflexion et nous espérons en tout cas pouvoir déterminer un site de lancement, pourquoi pas offshore.
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  • Le grand invité Afrique

    Mali: «avec l'intelligence artificielle, la désinformation russe passe à l'échelle industrielle», explique Bakary Sambe

    09/09/2026
    Au Mali, l'intelligence artificielle (IA) est de plus en plus sollicitée par les belligérants, dans la guerre de propagande, mais aussi dans la guerre des drones. C'est ce que révèle un rapport du Timbuktu Institute publié ce mercredi 9 septembre. Pourquoi l'intelligence artificielle risque-t-elle de faciliter le recrutement de jeunes Sahéliens dans les rangs jihadistes ? Bakary Sambe est directeur du Timbuktu Institute et enseignant-chercheur à l'université Gaston Berger de Saint-Louis du Sénégal.
    RFI : Vous dites qu'au Mali, les belligérants investissent le champ informationnel et s'approprient de nouveaux outils technologiques. Que leur apporte l'intelligence artificielle ?
    Bakary Sambe : Ce qu'on observe, c'est que l'intelligence artificielle générative est en train de devenir un nouveau front de la guerre de l'information au Mali. Chacun s'approprie l'outil à sa manière, selon ses moyens, son niveau de sophistication technique et ses objectifs. Avec l'intelligence artificielle sur ce front malien, on passe d'un usage assez artisanal, chez les groupes jihadistes par exemple, à une véritable machine professionnelle du côté des Russes.
    Du côté des jihadistes du Jnim, vous dites que l'usage de l'intelligence artificielle reste artisanal, mais que celle-ci nourrit quand même des campagnes de propagande ?
    Absolument. Si je devais résumer, je dirais que l'intelligence artificielle ne crée pas de nouvelles fractures au Mali. Elle amplifie celles qui existaient déjà. Par exemple, comme vous le dites, avec le Jnim, c'est l'usage le plus rudimentaire : des affiches de propagande générées par l'intelligence artificielle diffusées par sa branche médiatique sur Telegram et sur Signal. Donc un peu à l'image de ce qui se faisait déjà du côté de l'État islamique, il y a quelques années, à des fins de propagande et de recrutement.
    Dans leurs vidéos, les jihadistes du Jnim s'exprimaient jusqu'ici en arabe classique. Qu'est-ce que peut changer l'intelligence artificielle ?
    C'est vrai que le vrai danger, c'est la personnalisation à grande échelle des profils ciblés pour le recrutement djihadiste. Aujourd'hui, avec la traduction automatique par l'intelligence artificielle, un groupe comme le Jnim décline un message de recrutement en une quinzaine de langues du Sahel : le fulfulde, le bambara, le wolof, le tamasheq. Surtout, on peut adapter le discours selon le public visé. C'est-à-dire : un message sur la fierté pastorale pour les jeunes Peuls, un message sur la dignité sociale pour les jeunes urbains marginalisés... Et avec le doublage vocal, aujourd'hui, on peut même toucher des populations qui ne savent ni lire ni écrire, qui étaient jusqu'ici hors de portée de la propagande écrite.
    Du côté des indépendantistes du FLA, le Front de libération de l'Azawad, vous dites que l'intelligence artificielle permet de créer des personnages synthétiques. Quels personnages, par exemple ?
    Oui, le Front de libération de l'Azawad, lui, joue plutôt la carte de la décentralisation. On trouve des personnages entièrement synthétiques sur TikTok, par exemple, comme ce fameux compte « Azzghim ». Ces comptes sont relayés et amplifiés par tout un réseau de comptes, qui se renvoient la balle pour humaniser la cause de l'Azawad.
    Comment ces personnages synthétiques s'invitent-ils dans les faits de guerre de ces dernières années ? On pense, par exemple, à la bataille de Tinzaouatène en juillet 2024.
    Ces personnages sont utilisés selon les objectifs des belligérants. Par exemple, durant cette bataille de Tinzaouatène, il y avait des personnages manipulés, des personnages qui peuvent crier victoire, des personnages qui peuvent donner l'impression que la bataille était gagnée. Cela se fait du côté du FLA. Mais la propagande, elle, est encore d'une autre ampleur si l'on se penche sur le cas de l'Africa Corps russe.
    Du côté des Forces armées maliennes, les FAMa, et des paramilitaires russes de l'Africa Corps, qu'apporte l'intelligence artificielle de plus à des acteurs qui font déjà une propagande très sophistiquée sur Internet depuis plusieurs années ?
    Le cas de l'Africa Corps est sans doute le cas le mieux documenté de toute l'étude. L'Africa Corps s'appuie sur un relais médiatique African Initiative qui a été identifié comme le sous-traitant d'une opération baptisée « AI-Freak ». Un rapport conjoint a été publié par le renseignement britannique, mais aussi le service extérieur européen. Cette opération a notamment utilisé récemment des modèles OpenAI pour inventer de toutes pièces un faux commentateur universitaire censé diffuser un narratif pro-Kremlin sur le Mali. Le fil remonte jusqu'au réseau de l'ex-chef de Wagner, Evgueni Prigojine. Ce n'est pas un cas isolé du tout. On parle de 19 campagnes de désinformation russes qui ont été recensées depuis 2018 au Mali, au Burkina Faso et au Niger, produites, je cite, à une échelle industrielle. Avec l'IA, la désinformation russe change complètement d'échelle. On passe de l'artisanat à l'industrie, avec le déni plausible en prime.
    L'intelligence artificielle permet-elle aux paramilitaires russes de l'Africa Corps de transformer la défaite militaire de Kidal, le 25 avril dernier, en victoire informationnelle sur Internet ?
    Absolument. C'est ce qui s'est passé. Avec des deepfakes qui sont documentés, avec des campagnes coordonnées. Passant sous silence certaines choses comme la négociation entamée par les Russes de l'Africa Corps lors de l'offensive du FLA et du Jnim, lors des offensives comme à Tessalit, etc. C'est tout un autre narratif fondé sur la création de personnages, la diffusion de deepfakes, de la part de l'Africa Corps, qui montrent toujours l'Africa Corps dans une bonne posture, pour montrer bonne figure, pour ne pas perdre la face dans cette bataille.
    Vous dites que les paramilitaires russes convoquent l'intelligence artificielle pour affirmer que la France et l'Ukraine ont soutenu et équipé les assaillants du Jnim et du FLA pendant la bataille de Kidal du 25 avril ?
    Absolument. C'est tout le narratif sur l'implication de forces extérieures qui veulent nuire au Mali, en citant la France et l'Ukraine, pour montrer qu'il y a un complot extérieur contre le Mali, en relayant le discours officiel sur le terrain, mais aussi en rajoutant ce narratif qui permet de justifier la présence de l'Africa Corps comme un groupe paramilitaire qui est là pour protéger le Mali et protéger, en plus, les régimes de l'Alliance des États du Sahel.
    Vous dites que l'intelligence artificielle est utilisée dans la guerre informationnelle. Mais n'intervient-elle pas aussi dans la guerre tout court, dans la guerre qui tue, dans la guerre qui fait des morts et notamment dans la manipulation des drones kamikazes ?
    Absolument. On a vu récemment, rien que dans la récente crise au Niger, l'importance des drones kamikazes dans le dispositif sécuritaire dans ces pays. Aujourd'hui, la manipulation des drones prend toute une autre tournure avec les possibilités qu'offre l'intelligence artificielle sur le plan technologique, mais aussi sur le plan informationnel. Parce que la guerre ne se passe pas sur le champ de bataille, mais se passe par cette guerre des algorithmes.
    Vous dites qu'avec l'intelligence artificielle, il est plus facile, notamment pour les paramilitaires russes, de repérer des cibles dans le Nord-Mali et de faciliter les attaques des drones ?
    Absolument. L'intelligence artificielle permet aux paramilitaires de doubler leurs forces, de repérer des cibles, mais, hélas, a aussi causé beaucoup de bavures et beaucoup de dégâts. Notamment dans les massacres de certaines communautés, y compris parfois contre des non-combattants et contre les populations civiles.
    Pourquoi dites-vous que l'intelligence artificielle est un multiplicateur de forces ?
    C'est un multiplicateur de forces, notamment de forces communicationnelles. C'est-à-dire que, par exemple, le jihadisme de demain ne va plus recruter en masse. Il va recruter personne par personne et sur mesure, ce que n'offraient pas les canaux de communication officiels, avec le doublage des messages via les différentes langues du Sahel. C'est un multiplicateur de forces communicationnelles, mais aussi avec le ciblage, l'usage des drones, cela devient un multiplicateur de forces sur le plan militaire.
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    «En Centrafrique, il n'y aura pas de paix durable sans un dialogue inclusif», affirme Catherine Samba Panza

    08/09/2026
    « En Centrafrique, il n'y aura pas de paix durable sans un dialogue permanent et inclusif entre toutes les parties au conflit », affirme l'ancienne présidente Catherine Samba Panza, qui a conduit avec succès une médiation, de 2014 à 2016, pour mettre fin à la guerre civile de l'époque. Vendredi dernier, l'ancienne cheffe de l'État centrafricain était l'invitée à Paris de la seconde édition de la Fabrique de la diplomatie, organisée par le Quai d'Orsay et la Sorbonne nouvelle. Elle était accompagnée de Monseigneur Dieudonné Nzapalainga, le cardinal-archevêque de Bangui. Tous deux ont répondu aux questions de Christophe Boisbouvier.
    RFI : Catherine Samba-Panza, pourquoi dites-vous qu'une paix négociée au sommet ne sert à rien si la population ne se l'est pas appropriée ? Vous pensez notamment au conflit actuel dans les Grands Lacs et dans l'est de la RDC, où vous êtes impliquée au nom de l'Union africaine ?
    Catherine Samba-Panza : Oui, par exemple, tout à fait. Dans le cadre de ma mission de facilitateur, je me bats justement pour que les accords signés à Washington, à Doha, soient vraiment disséminés, pour que les populations puissent être au courant. Qu'est-ce qui a été décidé dans ces accords ? Comment ils vont être mis en œuvre et dans l'intérêt de qui ? Il est important qu'il y ait des relais en faveur des populations.
    Mais concrètement, comment les populations du Nord-Kivu et du Sud-Kivu peuvent-elles s'approprier l'accord de Washington du mois de décembre dernier ?
    Catherine Samba-Panza : Nous avons prévu, dans le cadre de nos missions de facilitateur, d'avoir des consultations au niveau de Kinshasa, mais également d'avoir des consultations éclatées dans l'est de la République démocratique du Congo, notamment à Goma, à Bukavu, dans l'Ituri, etc. Nous avons prévu des missions de terrain. Mais, en dehors des missions de terrain, il y a des relais de la société civile, il y a également les confessions religieuses, les chefs coutumiers, les femmes, les jeunes qui peuvent faire connaître le contenu de ces accords par les populations.
    Pourquoi dites-vous que les femmes sont exclues de beaucoup de négociations de paix ?
    Catherine Samba-Panza : Vous savez, quand on regarde les statistiques de l'ONU, des organisations régionales, il y a très peu de femmes qui sont à un certain niveau des processus de paix au niveau formel. Mais les femmes sont présentes dans les processus de paix au niveau local. Ce sont les femmes qui mènent le travail de terrain. Ce sont les femmes qui mènent le travail de médiation avec les groupes armés. Elles sont exclues au niveau formel des processus de médiation, mais elles sont là.
    Un accord est plus durable si les femmes se l'approprient ?
    Catherine Samba-Panza : Exactement. Toutes les études du monde sont unanimes : un accord n'est durable que si les femmes ou les communautés concernées ou affectées par le conflit sont impliquées.
    Monseigneur Dieudonné Nzapalainga, vous êtes également présent à cette Fabrique de la diplomatie à Paris, parce que vous êtes aussi un homme de paix, notamment en Centrafrique. Nous sommes donc à côté de la présidente Catherine Samba-Panza. Peut-on dire qu'entre 2014 et la présidentielle de 2016, quand elle a présidé la RCA, elle a conduit l'un des rares processus de paix qui a abouti à quelque chose de concret ?
    Dieudonné Nzapalainga : On peut le dire parce que nous étions à une étape charnière, marquée par une crise où la violence était au sommet. Il a fallu baisser les tensions. Il fallait apaiser les cœurs, faire converger les énergies, mobiliser les gens et leur indiquer une vision commune, aller aux élections. Pendant deux ans, ce travail a été fait de manière méthodique, courageuse, avec abnégation et détermination. Nous avons vu le résultat puisque nous sommes allés aux élections comme si on était dans un pays civilisé, sans tirer un coup de fusil. Les gens étaient alignés les uns derrière les autres. Ils ont voté au premier tour, voire au deuxième tour. Et moi, j'avais les larmes en voyant cette situation. Oui, il est possible que, si les hommes se fixent un destin commun, ils se l'approprient. Ils peuvent aussi tenir des paris. Et on l'a tenu en 2016.
    Je crois que le pape a aussi un petit peu aidé, puisque le pape François a visité Bangui un mois avant le premier tour de la présidentielle. Catherine Samba-Panza a-t-elle des qualités de médiatrice particulière qui font que des fois ça marche, des fois ça ne marche pas ?
    Dieudonné Nzapalainga : Mais nous sommes allés à la présidence. La présidente avait parlé et le pape a parlé. Le pape a encouragé tout le parterre des hommes et des femmes politiques à pouvoir transcender leur situation pour dire qu'il est temps de nous unir.
    Madame la présidente, quel est le message que vous avez retenu de votre rencontre avec le pape en ce jour de novembre 2015 ?
    Catherine Samba-Panza : Comme vous l'avez dit, la visite du pape en Centrafrique a été pour beaucoup dans l'apaisement des cœurs. Le pape nous a encouragés à travers son partage de paroles de paix. Les Centrafricains, de manière unanime, ont accueilli les messages de paix qui ont été apportés par le pape. Nous avons bénéficié d'une période exceptionnelle avec l'ouverture de la Porte Sainte à Bangui. Tout cela a apporté une certaine cohésion, une certaine réconciliation nationale.
    Il y a le pape, mais il y a votre propre action. Avec le recul, aujourd'hui, quel est, à votre avis, la principale qualité d'une médiatrice ?
    Catherine Samba-Panza : Beaucoup d'écoute, beaucoup de disponibilité. Avoir une vision et avoir la volonté de la paix et de la réconciliation nationale. Sans écoute, on ne peut pas savoir ce que l'autre attend de vous. Sans dialogue, on ne peut pas non plus échanger sur les questions essentielles qui divisent. Il est important de dialoguer, d'avoir un consensus sur la plupart des grandes décisions à prendre. C'est ce que j'ai fait pendant la transition, encouragée d'ailleurs par la Charte constitutionnelle de transition qui a prévu toutes ces étapes dans ses textes.
    Il y a eu en effet ce moment exceptionnel dans l'histoire de la Centrafrique, cette élection de 2016 gagnée par Faustin-Archange Touadéra. Et puis, quatre ans plus tard, votre pays a replongé dans la guerre civile avec la rébellion de François Bozizé et l'arrivée des troupes russes. Est-ce un cycle infernal ?
    Catherine Samba-Panza : Ce n'est pas un cycle infernal, mais je pense qu'après la transition et surtout les grandes orientations qui ont été apportées par le Pacte de paix et de réconciliation, il fallait consolider les acquis de la transition. C'était important. Le Pacte de réconciliation, qui a été adopté lors du Forum national de Bangui, avait tracé les grandes lignes de la conduite du pays pour les dix prochaines années. Les recommandations du Forum national de Bangui devaient constituer la base de toutes les décisions durant les dix prochaines années. C'était le cadre idéal de référence en termes de réconciliation nationale, en termes de développement économique pour la paix et la cohésion nationale. Malheureusement, nous n'avons pas su consolider les acquis du Forum national de Bangui et, évidemment, nous sommes retombés dans le cycle que vous appelez infernal.
    Aujourd'hui, beaucoup pensent que, sans l'intervention de troupes étrangères, il ne peut pas y avoir de paix en République centrafricaine. Que leur répondez-vous ?
    Catherine Samba-Panza : Les Centrafricains, fondamentalement, veulent la paix et ont confiance dans leur capacité de ramener la paix, de s'unir et de travailler pour le développement de leur pays. Il suffit de leur faire confiance. Mais il suffit également de créer la confiance à tous les niveaux : au niveau des partenaires, au niveau des investisseurs, mais surtout au niveau des Centrafricains eux-mêmes. Si on crée la confiance et que l'on ramène les Centrafricains autour d'une table pour un dialogue inclusif qui prenne en compte toutes leurs préoccupations et les propositions de sortie de crise, nous pouvons y arriver.
    Donc refaire la conférence de Khartoum. Que faut-il faire pour ramener la paix ?
    Catherine Samba-Panza : Nous n'avons pas besoin de refaire la conférence de Khartoum. Vous savez, il y a eu le dialogue politique inclusif qui s'est tenu il y a quelques années. Vous savez quelles sont les décisions qui en sont issues ? Les participants ont tout renvoyé aux recommandations du Forum national de Bangui. On dit que ce n'était pas la peine de perdre du temps à élaborer d'autres recommandations, alors que nous avons une foultitude de recommandations dans les tiroirs du pays. Je pense qu'on peut envisager cela autrement. Un dialogue permanent, une concertation permanente permettent déjà d'être en contact avec toutes les parties, tous les antagonistes de la crise, et d'essayer de trouver une solution commune à notre situation difficile.
    De ce point de vue, le pouvoir actuel ne fait pas assez pour le dialogue ?
    Catherine Samba-Panza : Nous constatons qu'il y a beaucoup de demandes pour un dialogue réel, inclusif. Il y a beaucoup de demandes à ce niveau. Maintenant, il appartient aux autorités légalement mises en place de voir dans quelle direction s'orienter pour un retour réel à la paix et à la relance économique du pays.
    Vous avez dit, dans votre discours ce vendredi à Paris, que vous pensiez que la France avait un rôle à jouer dans les conflits militaires en Afrique. Quel rôle la France peut-elle jouer ?
    Catherine Samba-Panza : Quand je parle de la France, il n'y a pas que la France, il y a toute l'Union européenne derrière. Vous savez, sans la communauté internationale, sans la France, sans l'Union européenne, notre sortie de crise en 2016 en République centrafricaine ne serait pas allé loin. On a besoin de la communauté internationale. On a besoin des partenaires comme la France pour nous appuyer dans notre démarche stratégique de sortie de crise en termes financiers, en termes d'appui logistique, en termes également de soutien économique. Cela est très important. Nous sommes dans un monde interconnecté et nous avons besoin des uns et des autres pour pouvoir avancer.
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