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- Vous avez certainement déjà vu cette affiche rouge, surmontée d’une couronne blanche, avec ces cinq mots : « Keep Calm and Carry On ». Autrement dit : « Gardez votre calme et continuez ». On retrouve aujourd’hui cette formule sur des mugs, des tee-shirts, des coussins et toutes sortes d’objets. Mais saviez-vous qu’elle a été inventée pendant la Seconde Guerre mondiale et qu’à l’époque, elle n’a pratiquement jamais été utilisée ?
Tout commence en 1939, quelques semaines avant le déclenchement de la guerre. Le gouvernement britannique redoute les bombardements allemands et même une possible invasion du Royaume-Uni. Il faut donc préparer la population à affronter les épreuves sans céder à la panique.
Le ministère de l’Information imagine alors une campagne de propagande composée de trois affiches.
La première proclame : « Votre courage, votre bonne humeur et votre détermination nous apporteront la victoire. »
La deuxième affirme : « La liberté est en danger. Défendez-la de toutes vos forces. »
Et la troisième, beaucoup plus sobre, annonce simplement : « Keep Calm and Carry On ».
Le message est clair : même face aux bombardements, il faut garder son sang-froid, maintenir les activités quotidiennes et ne pas laisser la peur désorganiser le pays.
L’affiche présente un graphisme volontairement minimaliste : des lettres blanches sur fond rouge, surmontées d’une couronne symbolisant l’autorité royale.
Le gouvernement en fait imprimer environ 2,5 millions d’exemplaires !
Mais voici le paradoxe : contrairement aux deux autres affiches, celle-ci n’est jamais officiellement diffusée.
Pourquoi ? Parce qu’elle doit être réservée aux situations les plus graves, notamment après un bombardement particulièrement dévastateur ou en cas d’invasion.
Or, les responsables britanniques craignent également que ce slogan paraisse trop paternaliste, comme si le gouvernement doutait du courage de la population.
Finalement, la campagne est abandonnée. En 1940, la plupart des affiches sont détruites et recyclées pour récupérer du papier.
L’histoire aurait pu s’arrêter là.
Mais en 2000, un libraire nommé Stuart Manley découvre un exemplaire original au fond d’une boîte de livres anciens, dans sa librairie Barter Books, à Alnwick, dans le nord de l’Angleterre.
Séduit par son esthétique, il l’expose. Les clients l’adorent ! Des reproductions sont bientôt commercialisées, et le slogan devient un phénomène mondial.
Il est même détourné à l’infini : « Keep Calm and Drink Coffee », « Keep Calm and Eat Chocolate », et bien d’autres variantes.
Ironie de l’histoire : cette affiche, conçue pour rassurer les Britanniques pendant la guerre, est devenue mondialement célèbre plus de soixante ans après sa création, en pleine période de paix.
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations. - En 1944, sur une petite île du Pacifique, des officiers japonais commettent un crime de guerre particulièrement atroce : ils font exécuter des aviateurs américains, puis consomment certaines parties de leurs corps. Pourquoi ? Par nécessité alimentaire ? Par vengeance ? Ou pour des raisons plus troublantes encore ?
L'histoire se déroule à Chichi-Jima, une île japonaise située à environ 1 000 kilomètres au sud de Tokyo. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle abrite une importante garnison militaire, régulièrement bombardée par l'aviation américaine.
Entre août 1944 et mars 1945, huit aviateurs américains, capturés après la destruction de leurs appareils, sont exécutés par leurs geôliers. Certains sont décapités, d'autres tués à la baïonnette.
Mais l'horreur ne s'arrête pas là. Les enquêtes menées après la guerre établissent que plusieurs cadavres ont été mutilés et que des officiers japonais ont consommé de la chair humaine, notamment des morceaux de cuisse et de foie.
Comment expliquer une telle barbarie ?
Contrairement à ce qu'on pourrait penser, il ne s'agissait pas simplement de survivre à la famine.
Certes, les forces japonaises du Pacifique souffraient de graves difficultés d'approvisionnement. Mais à Chichi-Jima, le cannibalisme revêtait aussi une dimension symbolique.
Certains officiers pensaient qu'en mangeant le foie de leurs ennemis, ils pourraient s'approprier leur courage et leur force. Le major Sueo Matoba, directement impliqué dans ces atrocités, évoqua notamment l'idée d'acquérir la force d'un tigre.
À cela s'ajoutaient la haine de l'ennemi, le désir de vengeance et une culture militaire particulièrement brutale, dans laquelle la reddition était souvent considérée comme déshonorante.
Ces actes ne représentaient évidemment pas l'ensemble des soldats japonais.
L'affaire comporte également un détail historique stupéfiant.
Le 2 septembre 1944, un jeune pilote américain de vingt ans est abattu au-dessus de Chichi-Jima. Il parvient à sauter en parachute au-dessus de l'océan, puis est secouru par un sous-marin américain.
Son nom ? George Herbert Walker Bush, futur président des États-Unis !
S'il avait été capturé, il aurait probablement subi le même sort que les autres aviateurs.
Après la guerre, les responsables sont jugés à Guam en 1946. Le général Yoshio Tachibana, commandant de la garnison, est condamné à mort et pendu.
Fait juridique étonnant : le cannibalisme n'étant pas explicitement prévu comme infraction autonome dans le droit international de l'époque, les accusations portent notamment sur les meurtres et la privation de sépulture honorable.
L'incident de Chichi-Jima demeure ainsi l'un des épisodes les plus terrifiants et méconnus de la guerre du Pacifique.
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations. - Quand un artiste sort une nouvelle collection de chansons, on dit qu’il publie un « album ». Mais pourquoi ce mot, qui désigne aussi un recueil de photographies, s’est-il imposé dans l’univers musical ? La réponse nous ramène à une époque où les disques ressemblaient davantage à des livres qu’aux vinyles que nous connaissons aujourd’hui.
Tout commence avec le mot latin albus, qui signifie « blanc ». Dans la Rome antique, on appelait album un tableau blanchi sur lequel étaient affichées des informations publiques. Au fil des siècles, le terme a évolué pour désigner un cahier ou un recueil destiné à conserver des souvenirs, des dessins ou des photographies.
Au XIXe siècle, les albums de photographies deviennent particulièrement populaires. Ils se présentent sous la forme de grands livres reliés, contenant des pages dans lesquelles on glisse des images.
Et c’est précisément ce principe qui va inspirer l’industrie musicale.
Au début du XXe siècle, les enregistrements sont commercialisés sur des disques tournant généralement à 78 tours par minute. Leur principal défaut ? Leur durée extrêmement limitée : environ trois à cinq minutes par face.
Imaginez maintenant que vous souhaitiez écouter une symphonie de quarante minutes. Impossible de la faire tenir sur un seul disque ! Il faut plusieurs disques, parfois cinq ou six, voire davantage.
Pour les ranger et les vendre ensemble, les fabricants imaginent alors des coffrets ressemblant à des albums photographiques. Chaque disque possède sa propre pochette, et toutes ces pochettes sont reliées dans un volume, comme les pages d’un livre.
On appelle naturellement ces recueils des « albums de disques ».
Dans les années 1930, les maisons de disques commencent à commercialiser des ensembles cohérents d'enregistrements, réunissant les œuvres d’un même artiste ou d’un même compositeur.
Puis survient une révolution technique.
En 1948, la maison Columbia Records introduit le disque microsillon 33 tours longue durée, appelé LP, pour Long Playing. Grâce à ses sillons beaucoup plus fins, un seul disque peut désormais contenir environ vingt minutes de musique par face.
Plus besoin de réunir cinq ou six disques dans un gros livre ! Un unique vinyle suffit souvent à contenir toute une collection de morceaux.
Mais le mot « album », lui, reste.
Et il survivra à toutes les évolutions technologiques : les cassettes, les CD, puis les plateformes de streaming.
Aujourd’hui, lorsqu’on écoute un album sur Spotify, on utilise donc un mot hérité d’un objet disparu : ce grand livre dans lequel nos arrière-grands-parents rangeaient leurs disques.
Une belle illustration de la façon dont les mots survivent parfois aux technologies qui les ont fait naître.
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations. - Votre prénom peut-il prédire vos résultats au baccalauréat ? Aussi étonnant que cela puisse paraître, les statistiques montrent des différences spectaculaires selon les prénoms.
En 2015, le sociologue Baptiste Coulmont a analysé les résultats d’environ 350 000 candidats au baccalauréat général et technologique ayant obtenu au moins 8 sur 20, et dont les résultats étaient accessibles.
Et les chiffres sont saisissants.
Parmi les 328 candidates prénommées Joséphine, 22 % ont obtenu la mention « très bien ». Chez les 982 Dylan, cette proportion tombe à seulement 2,6 %. Autrement dit, les Joséphine ont été proportionnellement huit fois plus nombreuses à décrocher cette distinction.
Et ce n’est pas tout !
Toujours en 2015, plus de 20 % des Diane et des Alice ont décroché la mention « très bien ». À l’autre extrémité, seuls 0,8 % des 247 Bryan ont obtenu cette distinction. Les Mohamed et les Anissa affichaient également des taux inférieurs à 2 %.
Entre ces extrêmes, certains prénoms se situent dans la moyenne. Ainsi, environ 11,5 % des 4 000 Camille ont obtenu une mention « très bien ». Exactement la même proportion que les 200 candidats prénommés Alban.
Ces différences se retrouvent d’une année à l’autre.
En 2014, 21,7 % des 341 Adèle avaient décroché une mention « très bien », contre seulement 2,4 % des 205 Wendy.
En 2016, ce sont les Diane qui arrivent en tête : 26 % des 245 candidates obtiennent la meilleure mention. Suivent notamment Esther avec 25 %, Joséphine avec 24 %, Alice avec 23 % et Victoire avec environ 22 %.
À l’inverse, seulement 1 % des Bryan obtiennent cette mention, 2 % des Dylan, 3 % des Jordan et environ 4 % des Kevin.
Mais pourquoi de tels écarts ?
La réponse tient principalement à l’origine sociale. Les prénoms sont socialement marqués : certaines familles favorisées choisissent plus fréquemment des prénoms comme Joséphine, Diane ou Apolline, tandis que Dylan ou Bryan sont davantage associés à certains milieux populaires.
Or, les enfants de familles favorisées disposent statistiquement de meilleures conditions pour réussir leurs études.
Le prénom révèle aussi des différences de parcours scolaire : certains sont beaucoup moins représentés parmi les candidats au bac que parmi les enfants nés dix-huit ans auparavant.
Attention, donc : ces chiffres ne mesurent pas l’intelligence et ne prédisent pas le destin d’un individu. Ils illustrent une corrélation, non une causalité.
Ce n’est pas le prénom qui détermine la réussite scolaire, mais les inégalités sociales qu’il peut contribuer à révéler.
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations. - Johannes Gutenberg est l’un des hommes qui ont le plus profondément changé l’histoire de l’humanité. Pourtant, l’inventeur de l’imprimerie moderne n’a jamais fait fortune grâce à sa découverte. Pire encore : il a perdu le contrôle de son entreprise au profit de celui qui l’avait financée.
Comment expliquer un tel paradoxe ?
Tout commence vers 1450, à Mayence, dans l’actuelle Allemagne. Gutenberg met au point un procédé révolutionnaire : l’impression à l’aide de caractères métalliques mobiles, réutilisables et assemblés pour former des pages entières.
Certes, des techniques d’impression existaient déjà en Asie. Mais Gutenberg perfectionne en Europe un système permettant de reproduire les textes beaucoup plus rapidement qu’en les recopiant à la main.
Seulement, son invention coûte extrêmement cher à mettre en œuvre. Il faut fabriquer les caractères, construire les presses, acheter du papier et rémunérer les ouvriers.
Gutenberg manque d’argent.
Il fait alors appel à Johann Fust, un riche bourgeois de Mayence, qui lui avance environ 1 600 florins en plusieurs versements. Une somme considérable.
Grâce à cet investissement, Gutenberg entreprend l’impression de sa célèbre Bible à 42 lignes. Environ 180 exemplaires sont produits, une prouesse extraordinaire pour l’époque.
Mais avant même que cette innovation puisse lui rapporter une fortune, la situation tourne au cauchemar.
En 1455, Fust réclame le remboursement des sommes avancées, augmentées des intérêts. Gutenberg ne peut satisfaire ses exigences.
L’affaire se termine devant la justice.
Les documents conservés ne permettent pas de reconstituer entièrement le jugement. Mais Gutenberg perd vraisemblablement une grande partie du matériel et de l'activité consacrée à l'impression de sa Bible.
Fust, lui, s'associe à Peter Schöffer, ancien collaborateur de Gutenberg. Ensemble, ils développent une imprimerie prospère, exploitant et perfectionnant cette technologie révolutionnaire.
Gutenberg se retrouve ainsi privé d'une grande partie des bénéfices commerciaux de son innovation.
Il semble avoir poursuivi certaines activités d'impression, mais sans retrouver la position dominante qu'il aurait pu espérer.
Son sort s'améliore finalement en 1465, lorsque l'archevêque de Mayence, Adolphe de Nassau, le nomme parmi les membres de sa cour.
Contrairement à une idée répandue, il ne s'agit pas véritablement d'un anoblissement. Gutenberg reçoit surtout des avantages matériels : des vêtements, du grain, du vin et des exemptions fiscales. De quoi lui assurer une certaine sécurité.
Il meurt en 1468, sans avoir accumulé de grande fortune.
L'ironie de l'histoire est saisissante : Gutenberg a permis la diffusion massive des connaissances, transformant durablement la religion, la science et la culture européennes.
Mais celui qui a révolutionné la circulation des idées n'a jamais réussi à transformer son génie en richesse personnelle.
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